Excalibur, l’épée magique

J’ouvre aujourd’hui le monde arthurien non pas avec un point global sur ce que représentent les nombreuses légendes entourant le mythique Roi Arthur, mais avec un billet, que j’ai trouvé sur le Château des Rêves, le blog d’une amie. Passionnée d’histoire médiévale, membre d’une troupe de reconstitution historique, elle partage cet amour de l’histoire sur son blog, avec ses écrits, ses créations, et en partageant certaines connaissances.

Dans ce billet, elle présente les faits, légendaires comme historiques, autour de l’épée d’Arthur, Excalibur. A partir de son billet, j’ai ajouté mes propres connaissances, qui peuvent apporter un point de vue supplémentaire.

L'épée Excalibur, gravure d'Howard Pyle (1902)

L’épée Excalibur, gravure d’Howard Pyle (1902)

Excalibur est une épée mythique qui a appartenu au roi Arthur, roi des Bretons, dans les textes légendaires de la matière de Bretagne écrits au Moyen Âge.

L’épée, comme son fourreau, étaient magiques. L’épée permettait à son possesseur de remporter victoire dans toutes les batailles, et le fourreau protégeait de toute blessure. Virtuellement, le Roi Arthur, porteur des deux artefacts, était donc invincible sur les champs de bataille.

Comment Arthur est entré en possession d’Excalibur

Deux traditions légendaires racontent cet événement : soit Arthur retire l’épée d’un rocher dans lequel elle est enfichée, soit il reçoit cette arme de la Dame du Lac.

L’épée dans le roc

C’est Robert de Boron qui raconte le premier cet épisode à la fin du XIIe siècle dans Merlin. Le trône du royaume de Bretagne était vacant et convoité par de nombreux nobles qui se battaient fréquemment pour se l’approprier. Devant cette discorde, le magicien Merlin convoque les barons du royaume à Logres pour la veille de Noël. Dans la nuit apparaît mystérieusement un bloc de pierre carré supportant une enclume dans laquelle est plantée une épée. Sur la lame est écrit que celui qui parviendrait à l’en retirer deviendrait le roi de toute la Bretagne. Personne n’y parvient, sauf le jeune Arthur. C’est la version reprise notamment dans le livre L’Épée dans la Pierre de l’écrivain britannique Terence Hanbury White, qui inspira le célèbre dessin animé de Walt Disney Merlin l’Enchanteur en 1963.

Excalibur dans le roc

Excalibur dans le roc

La Dame du Lac

L’autre variante met en scène la Dame du Lac : selon Sir Thomas Malory, chevalier anglais du XVe siècle qui condensa en un seul ouvrage une grande partie de la geste arthurienne, notamment des écrits français, elle aurait été donnée par la première Dame du Lac, qui aurait précédé Viviane, l’épée retirée de la stèle de granit ayant été auparavant brisée dans un combat contre le roi Pellinor, père de Messire Lamorat de Galles (considéré comme le troisième chevalier au monde, après Messires Lancelot et Tristan) et de Perceval le Gallois. Pour gagner l’épée, Arthur fit une promesse à la Dame du Lac et ne tint pas parole, celle-ci ayant été décapitée sous ses yeux, dans son château. Merlin aurait demandé à Arthur : « Qui des deux est le plus précieux ? L’épée ou le fourreau ? » Arthur répondit : « L’épée, assurément. » « Faux, c’est le fourreau car, tant que tu le posséderas, tes ennemis ne pourront te tuer. » La sœur du roi, ayant eu vent de cela, fit dérober le fourreau et le donna à son amant, avec pour mission de tuer Arthur. Cependant, grâce à l’intervention de Messire Hector des Mares, le demi-frère de Lancelot et de Bénoïc, celui-ci fut sauvé et put retrouver son précieux fourreau.

Personnellement, je connaissais encore une autre version, toutefois proche de celle-là : à son couronnement, Arthur reçoit l’antique épée et le fourreau nouvellement brodé de runes magiques, qui lui confèrent son pouvoir, en échange de la promesse de respecter et de continuer à vénérer les coutumes du Vieux Peuple et d’Avalon, île d’origine de Viviane, et surtout représentation des traditions magiques et païennes, par opposition à la jeune religion chrétienne qui fait peu à peu son chemin dans le royaume. Arthur, sous l’influence de sa femme Guenièvre, finira par rejeter ses traditions d’origine, s’attirant par là-même les foudres de Viviane, puis de Morgane, qui n’auront de cesse de récupérer l’épée magique qu’il ne mérite plus.

La disparition d’Excalibur

Digne fils d’Uther, Excalibur au côté, le roi Arthur a réuni et pacifié les deux Bretagnes. À sa mort, l’épée fut jetée dans un lac magique par Bedivere. L’épée avait la réputation d’être incassable (tout comme la Durandal de Roland) et de trancher toute matière.

Certains narrateurs ajoutent même (ce qu’ont adoré les différents cinéastes pour sa beauté visuelle et dramatique) que lorsque l’épée fut jetée dans le lac, un poing fait d’eau l’attrapa et l’enfonça au plus profond des eaux. Ce lac n’était autre que le lac qui entoure Avalon, et le poing était celui de l’esprit de Viviane, satisfaite d’avoir enfin récupéré l’épée, qu’on ne verra plus jamais par la suite.

Excalibur retourne dans le lac de Vivianne après la mort d'Arthur

Excalibur retourne dans le lac de Vivianne après la mort d’Arthur

Étymologie

La première mention de l’épée d’Arthur sous cette forme est due à Chrétien de Troyes. L’étymologie de ce nom ancien, connu sous plusieurs variantes (Excalibor, Escalibor, Excaliber) n’est pas déterminée avec certitude, d’autant que « Excalibur » n’est pas le seul nom connu pour cette épée : par exemple, dans le conte Le Chevalier au Papegau, elle s’appelle Chastiefol. Deux familles étymologiques ont été identifiées : une d’origine celtique et une d’origine latine.

L’origine celtique, la plus ancienne

L’épée d’Arthur s’appelle « Caledfwlch » en gallois (prononcez « kalètvoulr »), à rapprocher du breton Kaledvoulc’h et/ou Kaled foulch (« Taillefer »). Ces mots sont composés de « caled », « kalet » qui signifie « dur » et de « bwlch », « boulc’h », qui signife « entaille ». Ce terme se rapproche phonétiquement de l’irlandais Caladbolg/Galatbrog (« dure foudre »), qui selon la légende fut le nom de l’épée de Nuada, roi des dieux de l’Irlande, les Tuatha Dé Danann. Pour Bromwich et Evans, spécialistes de la littérature médiévale galloise, ces deux variantes du nom ont une origine commune. L’un des plus anciens documents donnant « Caledvwlch » comme nom à l’épée d’Arthur est le texte gallois du XIe siècle « Culhwch ac Olwen » (« Culhwch et Olwen ») qui la présente comme une des plus précieuses possessions du roi breton.

L’origine latine

Au XIIe siècle, Geoffroy de Monmouth est le premier auteur à nommer cette épée dans une autre langue que le gallois. Dans son Historia Regum Britanniae, il latinise le nom en Caliburnus, terme qui pourrait être apparenté à chalybs, mot latin signifiant « acier ». Le mot est repris par les poètes français peu après, et la forme évolue en « Escalibor » puis « Excalibur ». L’ajout du préfixe « ex » renforce l’idée d’une étymologie latine : Ex cal[ce] liber[atus] (libéré du caillou).

Il est intéressant de constater l’influence sur la geste arthurienne de plusieurs grands courants de pensée : le celticisme, la pensée romaine, et la pensée catholique. Ces différentes influences, alors même que les légendes du cycle arthurien ne concernent finalement qu’une génération humaine, rendent très complexes ces mythes, et il est dur d’en démêler les origines, les « vraies » légendes de celles modifiées par les autres courants de pensée. Excalibur en est une bonne représentation, puisque même pour cette épée, aussi fameuse soit-elle, on ne peut être sûrs des légendes y ayant trait.

Cette épée est liée à de nombreuses histoires, et nul doute que j’aurais l’occasion d’en reparler.

28 reflexions sur “Excalibur, l’épée magique

  1. celeste

    Quelles est utilisation basique pour un chevalier ou un homme en général?, Sa dimension merveilleuse ?, Quelle est le moment importants ou cet objet intervient dans la légende ?

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Je réponds aux deux commentaires d’un coup 🙂 :
      On ne sait rien sur l’apparence d’Excalibur, tout simplement parce que c’est une épée légendaire, non pas au sens qu’elle soit tellement connue qu’elle est rentrée dans les légendes, mais qu’elle est née dans les légendes directement. Son apparence varie du coup complètement d’un auteur à l’autre, et c’est complètement en fonction du goût de l’auteur : respect de la période historique, épée grandiose…
      Et j’ai du mal à comprendre la notion d’ « utilisation basique » pour un chevalier ou un homme… L’utilisation d’Excalibur ? C’est une épée destinée à unir les peuples, et à protéger son porteur, via son fourreau. Si on doit interpréter le rôle qui lui a été donné par les différents auteurs, c’est d’être vues par les soldats qui servent Arthur afin de reconnaître qu’il est un Roi « Elu », et bien sûr de servir au combat. Ce n’est pas une épée décorative, en tout cas 🙂
      Pour les chevaliers, là aussi, ça dépend des époques. Mais l’essentiel est qu’un chevalier est un soldat à cheval (ce qui est un signe de richesse).
      Pour les hommes en général ? Joker 🙂

  2. Smaragdina

    Bonjour Gwenn,

    Comment peut-on interpréter l’Excalibur qui apparait dans un rêve ? Est-ce qu’il est possible de transposer la réalité de l’épée dans le symbolisme onirique ?

    Merci, je trouve ce blog très intéressant !

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Je ne connais malheureusement pas grand chose à la symbolique onirique, même si elle mérite de s’y pencher un jour 🙂 Je ne peux donc pas vous aider, désolée :/
      Merci pour votre visite !

  3. Xaios

    Que c’est magnifique tout ce copier-coller de wikipédia ! 😉 tu m’a rien appris de nouveau ^ ^ mais bon tant que ton sujet t’a plus c’est le principal 🙂

  4. fleur

    Je suis tous à fait d’accord avec vous mais il me semble qu’il vous manque plusieurs parties du récit merci de votre site mais il me manque beaucoup de réponses à mes questions;
    J’ai tous de même appris beaucoup de choses avec votre site.

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Le sujet est tellement vaste qu’il aurait été bien compliqué de tout couvrir avec le tout premier article de ce blog. Néanmoins, je vais peut-être développer dans d’autres articles…
      merci en tout cas pour votre visite et votre commentaire 🙂

    1. Gwenn Auteur de l'article

      ah bah tu seras bien en peine de lui répondre… Puisque aucun spécialiste en la matière n’est d’accord sur la réponse… Mais je suppose que c’est la version la plus commune que tu veux ? Elle a donc été forgée à Avalon, spécifiquement pour Arthur, qui l’a eue une fois qu’il est devenu roi. Si tu veux prendre un peu de risques et gagner des points supplémentaires, tu peux parler de l’idée que l’épée n’est PAS magique. C’est simplement une très bonne épée pour un très bon roi. C’est l’histoire racontée par Geoffroy de Monmouth, qui a écrit « L’Histoire des Rois de Bretagne », l’un des tous premiers écrits connus parlant d’Arthur. Dans son chapitre 147, il dit simplement : « [Arthur] se ceignit aussi de son épée de grande valeur, Caliburn, qui avait été fabriquée dans l’île d’Avallon » (pas de faute à Avalon, c’est une ancienne orthographe). Aucune mention de magie nulle part.
      Voilà, j’espère que ça t’aide ! 🙂 Et j’espère que ça t’intéressera suffisamment pour que le sujet arrête de te « faire chier » 😉

  5. Pedro

    bonjour j’est un exposer sur excalibur donc j voulais te poser de question donc voila les questions comment cet objet est-il apparu? comment a-t-il été créé? par qui ou et quand ? 2e question quelles sont ses caractéristique quels pouvoir a-t-il? qui ont été ses possesseur successifs? pourquoi ? 3e question quelle est son histoire ? pourquoi cet objet est célébré que symbolise -t -? que représente-t-il ? pourquoi voila mes question

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Bonjour !
      J’espère que je ne réponds pas trop tard, et je vais essayer de répondre à chaque question 🙂
      Pour l’origine d’Excalibur, malheureusement, on ne sait pas. J’avais l’intention d’en faire un article à part entière, mais je n’ai pas encore assez de sources pour appuyer tout ce que j’ai pu lire. Il y a globalement deux courants : le premier attribue la création de l’épée à la Dame du Lac ou à Merlin, pour Arthur, et le deuxième dit que l’épée est beaucoup plus ancienne, celtique (voir où j’en avais parlé).
      Pour ses pouvoirs, on dit que l’épée permet à son porteur de ne jamais recevoir de blessure mortelle en combat tant qu’il la manie et tant qu’il croit aux principes qu’elle véhicule (la foi celtique, souvent). Le fourreau dans lequel elle est rangée serait gravé de runes permettant d’assurer la bonne santé du porteur.
      Les porteurs successifs, voilà une question nébuleuse, qui dépend entièrement de la version d’Excalibur et de ses origines qu’on choisit. Si c’est la première piste, dans ma réponse juste au dessus, il n’y a eu que Arthur : elle a été créée pour lui, et elle a été reprise à sa « mort ». Si on croit que c’est une épée plus ancienne, on lui attribue tout un tas de porteurs, à commencer par le roi Nuada, et tout un tas de noms, ce qui la rend difficile à tracer pour quelqu’un qui n’est pas assez spécialiste en la matière (comme moi, qui n’ai finalement pas tant de sources à ce sujet 😉 )
      Sa symbolique et le fait qu’on s’en souvienne encore, voilà qui mériterait un article à soi, aussi. Tout dépend là aussi de deux choses : on considère que Excalibur est une épée d’un roi chrétien là pour défendre les valeurs chrétiennes face au monde païen et barbare (la littérature arthurienne classique, à commencer par Chrétien de Troyes), et l’épée symbolise la fonction de grand roi d’Arthur, et ses victoires. Si, comme moi, je dois le reconnaître, on estime que Excalibur a une origine celtique (Avalon ou plus ancien), Excalibur est l’attribut de cette religion sur Arthur, qui doit alors être un roi de l’équilibre s’il veut être un grand roi : il doit embrasser à la fois la religion celtique et la religion chrétienne, et ce n’est qu’en respectant les deux qu’il parviendra à perdurer. Excalibur est alors la garantie de sa foi celtique, et lorsqu’il démontre qu’il ne l’a pas, il perd d’ailleurs Excalibur.
      J’espère que je ne t’ai pas noyé sous ma réponse 😉

        1. Gwenn Auteur de l'article

          euh, merci ? 😉
          Désolée, j’ai tendance à faire de mes articles des romans, ce blog n’est certainement pas adapté à une lecture éclair, c’est vrai 🙂 Mais ça fait du bien de temps en temps de prendre son temps ! 🙂

      1. Djada

        Bonjour à vous.
        Personnellement, j’ai toujours pensé que Merlin avait demandé à la Dame du Lac de créer une épée pour un roi qui serait bon. Il ne faut pas oublié que Merlin était celui qui très tirait les ficelles.

        Quant aux « sources » …peut-on s’y fier ?

        1. Gwenn Auteur de l'article

          Merlin tirant les ficelles, là aussi, ça dépend des versions… 🙂 Je n’avais jamais entendu parler de cette version, mais je suis loin de les avoir toutes entendues !
          Quant aux sources, les sources littéraires bien entendu ! Et oui, on peut s’y fier dans la mesure où après tout, chaque auteur est libre d’imaginer ce qu’il veut 🙂

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Il faudrait déjà déterminer ce qu’on appelle la « version initiale » 🙂
      Dans celle de Geoffroy de Monmouth, souvent considérée comme la première, car la plus vieille à l’écrit, on n’explique pas d’où vient Excalibur. Arthur a une épée qu’il a appelée Caliburn, voilà tout.
      Ensuite, différentes origines existent. J’en ai présentée quelques unes ci-dessus, et je suis en train de faire des recherches pour une origine plus celtique : l’épée de Nuada, un des quatre trésors de l’autre monde celtique. Mais il y a peu de sources, alors cela prend du temps 🙂

  6. Blanche

    Et bien, je suis contente d’être à l’origine d’un très bon billet de ta part !
    Je suis épaté par tant de chose sur ton blog ! Un vrai bonheur de découvrir toute ces légendes !
    A très vite ! Et surtout bonne continuation ^_-

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Merci beaucoup ! 🙂
      Cet article m’a permis de commencer avec le monde arthurien, j’ai plein d’idées maintenant pour cette catégorie. Si tu veux te servir, je serais ravie de te renvoyer l’ascenseur ! ^^

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