Diarmuid et Grainne, les amoureux irlandais

Diarmuid et Grainne est une légende très connue en Irlande et au-delà, représentant le plus fameux des triangles amoureux de l’Irlande celtique. Cette légende se place dans le cycle de la Fianna, au temps de Fionn MacCumhaill (qui est aussi le héros des légendes du Saumon de la Connaissance et de la Chaussée des Géants). Cette fois, il n’est pas le héros du conte, même s’il reste un protagoniste d’importance.

Comme son nom l’indique, l’histoire parle de deux jeunes gens, Diarmuid et Grainne, lui étant soldat de la Fianna, dirigée par Fionn, et elle fille du Haut-Roi d’Irlande et jeune épousée de Fionn. Leur amour destructeur a traversé les siècles, et c’est la version de Padraic O’Farrell que j’ai décidé de reprendre, pour vous narrer l’aventure de ces amoureux au destin exceptionnel.

Amour, destinée, trahison, vengeance… Cette légende avait décidément tout pour traverser les temps. A vous de la découvrir :

Diarmuid était un jeune homme particulièrement beau, et Grainne était la plus belle et élégante jeune femme du pays.

 

Diarmuid et Grainne

Le Dieu de l’Amour, Aengus Og, adopta Diarmuid. Inconscient de sa destinée tragique, l’enfant grandit et devint un membre important de la Fianna, la garde du Roi. Son père, Roc, découvrit que sa femme était adultère avec l’un des servants d’Aengus Og. Elle donna naissance à un garçon, mais Roc tua le nourrisson et se servit de ses druides pour transformer le petit corps en un sanglier sauvage. Pour achever sa vengeance, il ordonna au sanglier de tuer Diarmuid si jamais celui-ci venait à se présenter chez son père naturel.

En grandissant, Diarmuid adopta certains traits maternels. Alors qu’il chassait avec trois autres membres de la Fianna, ils cherchèrent refuge chez un vieil homme. Celui-ci les divertit longuement avec ses paraboles. Lorsque les quatre jeunes gens se retirèrent, la superbe fille de leur hôte se glissa dans leur chambre. Tous les quatre tentèrent de la séduire, mais elle choisit Diarmuid pour la nuit. Il dut lui donner du plaisir car elle plaça un ball seirce, c’est-à-dire un point de beauté, sur son front. Elle lui dit qu’elle était la Déesse de la Jeunesse, et que ce point de beauté assurera à Diarmuid qu’aucune femme ne résistera jamais à ses charmes.

Grainne était la fille du très célèbre Haut-Roi d’Irlande, Cormac Mac Art, qui aurait dirigé le pays vers le troisième siècle de notre ère. Elle reçut de nombreuses propositions de mariage, mais les refusa toutes. Ses proches souhaitaient qu’elle épouse Fionn Mac Cumhaill, bien qu’il soit veuf d’un premier mariage et vieillissant. L’intelligente jeune femme n’était pas vraiment d’accord, mais la réponse ambigüe qu’elle donna à Oisin, qui était le messager de Fionn, conduisit aux préparatifs du mariage. Ce fut seulement lors d’un banquet précédant les noces qu’elle prit conscience des plans de Fionn. Elle chercha alors des yeux autour de la table un amant plus à son goût. Aussitôt qu’elle vit le point de beauté sur Diarmuid, elle fut déterminée à s’enfuir avec lui.

Quand Fionn et ses soldats eurent bu plus que de raison, Grainne appela sa servante et lui demanda de remplir la plus grande meidir (coupe à boire) de vin et de la lui apporter. La fille obéit et Grainne lança un sort sur la coupe. Il y avait quatre poignées sur ces coupes carrées et Grainne en offrit une à Fionn. Il but et, comme de coutume, présenta la boisson à la reine, qui à son tour la fit passer au prochain en rang. Un par un, les buveurs s’endormirent, jusqu’à ce que la coupe arrive à Diarmuid. Avant qu’il ne puisse l’apporter à ses lèvres, Grainne attira son visage à elle. Elle l’embrassa et le supplia de s’enfuir avec elle et de l’aimer.

Diarmuid était en plein dilemme. Il voulait rester loyal à Fionn, mais les règles de la Fianna stipulaient que l’amour d’une femme ne se refusait jamais. Ses amis, Oisin, Oscar et le cousin de Fionn Caoilte Mac Ronan, n’avaient pas bu à la coupe, et il leur demanda conseil. Ils lui dirent d’aller avec Grainne, car c’était au fond des romantiques, et ils savaient que Fionn était trop âgé pour la jeune femme. Diarmuid n’était pas convaincu. Il présenta à Grainne une pâle excuse, expliquant que puisque Fionn était endormi, toutes les portes de la forteresse seraient fermées et bien gardées.

« Pas la petite porte cochère secrète de mon jardin », répondit Grainne avec un clin d’œil qui fit penser à Diarmuid que c’était certainement un euphémisme. Ses amis l’encouragèrent, et il accepta. Grainne le conduisit dehors dans la nuit. Il y eut un grand choc quand le sortilège se leva et que Fionn et les membres de la fête se réveillèrent en constatant le couple manquant. Le grand chef était furieux et il ordonna à la Fianna de les traquer et de tuer son homme de main, qui l’avait trahi. Mais la Fianna ne voulut pas prendre part dans ce qu’elle considérait comme un acte de jalousie d’un vieil homme, et il dut engager des mercenaires.

Les amants parcoururent toute l’Irlande, craignant sans cesse d’être capturés. Certains disent qu’ils firent passionnément l’amour dans des endroits, monticules de terre, cercles de pierres ou menhirs isolés, qui portent aujourd’hui le nom de Leaba Dhiarmada agus Grainne (le lit de Diarmuid et Grainne).

Un exemple des lits de Diarmuid et Grainne

Un exemple des lits de Diarmuid et Grainne

D’autres affirment que la culpabilité qu’éprouvait Diarmuid l’empêcha de succomber à la séduction de Grainne. Ils prétendent que Diarmuid laissa même quelques signes subtils lors de sa fuite pour en convaincre Fionn.

A chaque fois que la bande de mercenaires réussissait à mettre la main sur les amants, Diarmuid les repoussait facilement. Il humilia même parfois ses attaquants. Une fois, il les laissa attachés en paire par les pieds, comme des poulets qu’on voulait abattre. Les fugitifs franchirent prairies et landes ; ils ne mangeaient jamais à l’endroit où ils cuisinaient, ils ne dormaient jamais où ils mangeaient. Finalement, Diarmuid fut fatigué de cette traque. Il construisit une hutte avec des branches et des racines, et planta une palissade de défense avec du bois de peuplier. Là, certains racontent que les amants se livrèrent à une telle passion que les oiseaux de la forêt chantaient dans une harmonie complexe, et que les vents chauds murmuraient des paroles passionnées sur les flancs des collines.

Une tribu appelée Nevin découvrit la structure. L’un d’eux grimpa dans un arbre et vit Grainne brossant ses cheveux et Diarmuid affûtant une lance. Il le dit aux autres et ils allèrent reporter ceci à Fionn. Avec quelques uns des membres de la Fianna, il accompagna les Nevin sur place et entoura la clôture. Fionn ordonna à deux hommes de se positionner à chacune des six entrées.

Poliment, Diarmuid demanda au géant un fruit, mais celui-ci refusa dans un rugissement et chargea Diarmuid. Ils se battirent, frappant, esquivant et blessant l’autre jusqu’à ce que le chef trébuche. Diarmuid lui arracha sa lance des mains et le frappa avec à la tête à trois reprises. Le géant s’effondra. Quand il heurta le sol, le choc fut si fort que les pommes de chaque arbre d’Irlande et les baies de chaque buisson tombèrent. Diarmuid en ramassa quelques unes et les donna aux mercenaires.

Les voyous retournèrent auprès de Fionn avec les baies, mais il y sentit l’odeur de la main de Diarmuid et châtia ses mercenaires pour avoir essayé de le tromper. Puis il retourna avec quelques uns de ses hommes à Blackwood, mais il n’y avait plus personne sous les arbres. En effet, Diarmuid et Grainne occupaient la demeure du géant dans les branches, et mangeaient les fruits magiques. Pour passer le temps, Fionn joua aux échecs avec Oisin. Il avait presque gagné, mais Diarmuid, qui avait regardé la scène depuis les branches, lança une baie sur une pièce qui pourrait faire gagner Oisin. Après trois lancers, Fionn rugit de rage et le défia dans la canopée. A nouveau, Aengus vint à la rescousse de Grainne et l’emmena en un endroit sûr. Comme avant, Diarmuid sauta par dessus la foule qui attendait et courut pour rejoindre son père adoptif et Grainne à Bru na Boinne (le Palais de la Boyne, ou Newgrange, dans le comté de Meath). Ils restèrent là jusqu’à ce qu’Aengus aille retrouver Fionn pour lui demander de faire la paix. Vieux et fatigué par cette chasse, Fionn accepta. Le couple se maria et reçut de nombreux cadeaux de valeurs et des domaines avant de s’installer à Rathgraney, près de Tara (le siège du Haut-Roi, à l’époque), dans le comté de Meath. Quatre fils et une fille naquirent avant que le couple invite un jour à diner Fionn et Cormac Mac Art. Grainne voulait s’assurer que les évènements passés étaient bien oubliés, et elle encouragea les trois hommes à chasser ensemble.

Rapides comme ils l’étaient, ils atteignirent rapidement Ben Bulben, dans le comté de Sligo, où Fionn constata qu’un sanglier féroce les poursuivait. Il encouragea Diarmuid à le combattre. Fionn jubila quand le sanglier enfonça ses défenses dans le ventre de Diarmuid. Le valeureux guerrier avait rencontré le destin sous la forme de son demi-frère. Il n’y avait qu’un seul espoir : il savait que de l’eau versée dans sa bouche par les mains de Fionn avait le pouvoir de guérir ses blessures. Il demanda à Fionn cette faveur mais, bien qu’il y ait un puits non loin, le vieil homme refusa. Diarmuid mourut. Ses collègues rapportèrent son corps à Meath pour l’enterrement. Aengus Og y assista et offrit à Grainne le corps mort en lui promettant qu’il lui parlerait tous les jours.

La Fianna fut grandement soulagée quand Grainne fut enfin la femme de Fionn.

Source :

Ancient Irish Legends, Padraic O’Farrell, Ed. Gill & Macmillan

8 reflexions sur “Diarmuid et Grainne, les amoureux irlandais

  1. Deveneta

    L’injustice dans toute sa splendeur…Comme souvent chez les héros mythologique, les dieux sont si ironiques, pas étonnant qu’ils ne soient plus vénéré aujourd’hui. Ils ont causé eux même leur perte, mais reste, pour les jeunes enfants de l’époque, des modèles, des leçons d’éducation. Les Mythologies, celtique, grec, égyptienne, sumérienne etc, sont la meilleure école de la vie.

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Personnellement, je trouve dommage qu’ils soient oubliés, alors que justement, on pouvait tant apprendre de leurs défauts. Après tout, toute religion a cherché à éduquer par des récits, des légendes. Comment apprendre d’un dieu parfait ? Quoique, dans la mythologie celtique, Lug était celui qui se rapprochait le plus du dieu parfait, et c’était finalement presque le modèle à ne pas suivre, tant il était inhumain dans sa perfection… (J’avais écrit cet article à ce sujet).

  2. Lodoss

    Je viens de découvrir votre site ( en faisant des recherches sur Diarmuid) et c’est une très agréable surprise. Merci de nous faire partager tous ces contes et légendes dont je suis particulièrement friand(surtout de l’univers celte).

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Merci à vous pour votre commentaire ! 🙂 C’est très encourageant !
      J’aime aussi particulièrement l’univers celte, même si je suis curieuse de tous les mondes, et vous risquez de trouver régulièrement de nouveaux contes et légendes issus de ces contrées.
      Et si vous en trouvez d’autres, ou d’autres versions, ailleurs, n’hésitez pas à partager vos pistes ! Ce blog se construit aussi sur l’échange ! 🙂
      A bientôt j’espère !

Laisser un commentaire