Samhain, le Nouvel An celte

Halloween hier, la Toussaint aujourd’hui, les Défunts demain. Une trinité de fêtes originellement dédiées au souvenir et aux ancêtres. Les rues de nombreux pays, anglo-saxons ou non, se sont parées d’orange et de noir. Des enfants en costumes ont déambulés dans les rues, réclamant des bonbons. Les tombes vont être fleuries, les morts dans les mémoires de nombreuses familles.

Ces trois fêtes communément pratiquées, en famille, entre amis, religieusement ou dans la fête, ont toutes trois pour origine une seule et même fête, sans doute la plus importante du calendrier celtique : Samhain, le Nouvel An celtique, l’un des moments où le voile entre notre monde et l’Autre s’amincit tellement que les esprits peuvent voyager facilement, les ancêtres peuvent nous visiter, les mourants rejoindre l’Autre Monde…

samhain

 

Samhain a fait l’objet de nombreuses spéculations, et il est aujourd’hui difficile d’en tirer le vrai du faux. Je vais essayer ici de retrouver les faits, ce qu’on en connaît, et les légendes qui entourent la fête.

Les celtes considèrent que la lumière est issue des ténèbres. Dans cette logique, les jours commencent à la tombée de la nuit et les années à l’entrée dans la période hivernale.

Samhain n’est pas calée directement sur le calendrier solaire ou lunaire, mais sur le rythme des pratiques agricoles (elles-mêmes basées sur les calendriers astraux). En effet, ces quelques jours entre Octobre et Novembre correspondent à l’arrêt des pratiques agricoles, les récoltes ont été stockées, les bêtes sont rentrées, et il est temps d’attaquer la période la plus froide de l’année, avec l’arrivée des premières gelées. Samhain est donc l’occasion de profiter une dernière fois de l’abondance avant l’hiver, souvent rigoureux dans les pays celtiques. D’ailleurs, Samhain, étymologiquement, signifie « fin de l’été ».

Les ancêtres et les esprits occupent une place importante dans la culture celtique. Comme lors de nombreuses fêtes, le voile entre notre monde et l’Autre est au plus mince. Les esprits et les fées passent alors plus facilement, et viennent errer sur la Terre, profitant de la nuit s’allongeant toujours plus. Les mourants, eux, quittent ce monde en plus grand nombre.

Samhain s’étalait sur plusieurs jours, ou plus exactement plusieurs nuits. Début de l’année et de l’hiver, il est aussi annonciateur du renouveau. En effet, de nombreuses légendes parlent de Samhain comme étant l’union symbolique entre la Déesse et le Dieu, donnant naissance à une nouvelle année au solstice d’hiver, lorsque le soleil finit par l’emporter sur les ténèbres et commence à croître à nouveau. La légende exacte change selon que l’on considère les Dieux celtiques comme des entités véritablement différentes, ou comme l’expression d’une seule Déesse et d’un seul Dieu.

Si l’on choisit la première version, on verra alors la Morrigan et le Dagda s’unir. La Morrigan est la déesse de la guerre, « désignant » les morts sur le champ de bataille, déesse brutale et passionnée dans tous ses aspects, que ce soit la violence d’un combat, ou la passion charnelle avec un amant d’une nuit. Le Dagda est considéré comme le père des dieux, le plus excessif, un bon vivant aimant la bonne chair(e). Ces deux dieux hors des normes de perfection posées par Brigid ou Lugh s’unissent chaque année à Samhain, provoquant la mort de nombreux malades, mais aussi participant à la naissance d’autres, et surtout de la nouvelle année, accomplissant chacun ainsi son rôle de donneur de vie.

Selon les adeptes de la théorie selon laquelle tous les dieux et déesses du panthéon celtique ne sont finalement que l’expression des différentes faces d’un seul dieu et d’une seule déesse, Samhain est le jour de la mort du Dieu, principe solaire, qui renaîtra de la Déesse, principe lunaire, lors du solstice d’hiver, au moment où les journées commencent à croître à nouveau, et les ténèbres sont vaincues pour un nouveau cycle.

Quelque soit la croyance, les rites qui avaient lieu à l’époque avaient certainement pour but d’éloigner les ténèbres et les mauvais esprits qui traversaient le voile, tout en rendant hommage aux esprits bénéfiques et aux ancêtres. De grands feux rituels devaient être allumés, des offrandes données en mémoire des ancêtres. On portait masques et costumes pour effrayer les mauvais esprits.

Les festivités duraient certainement trois semaines. En effet, les celtes établissaient des calendriers soli-lunaires très précis, et il est possible de retrouver précisément les dates importantes à leurs yeux. L’un de ces calendriers, le calendrier de Coligny, une plaque de bronze gravée des mois et des jours de l’année celte accompagnés de leurs noms, retrouvée dans la région lyonnaise, marque le dix-septième jour du mois de Samonios (l’équivalent gaulois de Samhain, qui est un nom irlandais) comme étant la « fête des trois nuits de samonios ». C’était donc une fête d’importance primordiale pour tous les peuples celtes, et pas seulement les celtes irlandais.

Le mois de Samonios sur le calendrier de Coligny

Le mois de Samonios sur le calendrier de Coligny

On comprend donc que ces traditions aient perduré, au moins de façon parcellaire, jusqu’à renaître récemment avec le folklore anglo-saxon. Les fêtes de la Toussaint et des Défunts ont été déplacées au mois de novembre au 8ème siècle pour correspondre avec ces traditions, et ainsi faciliter la christianisation des différents peuples, en leur donnant un calendrier religieux proche de celui qu’ils connaissaient.

Halloween, lui, vient du nom anglais « All Hallow Even », qui signifie « veille de tous les saints » et est donc à l’origine la traduction de la Toussaint. Cette fête ne ressemblait pas à ce que l’on voit aujourd’hui, mais correspondait à une fête celtique christianisée, comme ont su si bien le faire les Irlandais. Lors de leurs vagues successives d’émigration vers les Etats-Unis, ils ont emporté cette fête avec eux, l’ont transformée au fil des générations, pour en faire la fête beaucoup plus commerciale qu’on connait aujourd’hui. On peut cependant retrouver derrière les masques et les costumes portés par les enfants la tradition millénaire du déguisement, destinée à tromper les mauvais esprits et s’en protéger. Les croyances les plus profondes sont toujours là.

2 reflexions sur “Samhain, le Nouvel An celte

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Je suis d’accord avec la deuxième proposition, les deux existent, l’une est plus ancienne et l’autre, celle que vous proposez, en est une évolution linguistique vers un anglais plus moderne. Si la traduction par « Veille de la Toussaint » est littéralement presque exacte, j’y mettrais néanmoins une nuance, puisque cette fête prédate la Toussaint chrétienne, et que le mot Toussaint fait référence aujourd’hui à la religion chrétienne. La « veillée de tous les saints » serait sans doute plus exact, d’après les lectures que je peux avoir sur cette fête (il faudrait que je vous retrouve des références pour appuyer ceci).
      Merci en tout cas pour cet apport, cela montre bien comment on peut voir différemment cette fête selon son éducation et ses croyances, qui nous amènent à avoir également des lectures différentes.

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