Annigan ou le mythe du viol du Soleil

Voici un article trouvé sur un autre blog, dédié à la Lune, et mystique et mystérieux comme cet astre nocturne : Portraits de Lunes. L’auteure reprend ici une vieille légende inuit, où, contrairement à beaucoup de culture, le soleil est une déesse et la lune un dieu. J’ai trouvé cette légende très belle, et bien que je n’ai aucune connaissance de la culture inuit, j’ai eu envie de la partager avec vous.

Alors la voici :

 

Les Inuits ont une légende qui met en scène un dieu lunaire et une déesse solaire. Ils sont frère et sœur, et vivent ensemble depuis l’origine du monde, dans une entente qui, à défaut d’être parfaite, est bonne. Ils se partagent le ciel, et il fut un temps où les heures des nuits et des jours étaient à nombre égal. C’était avant le vent de folie qui souffla sur Anningan, qui perdit la raison et s’éprit violemment de sa sœur. Un jour, alors que la déesse solaire Malina s’y attendit le moins, son frère, le dieu lunaire Anningan la viola. Alors la déesse Malina s’enfuit, et commença une chasse et une course, qui n’en finissent plus depuis. Elle n’a de cesse de fuire son horrible frère, qui la poursuit de ses incestueuses assiduités.

La nuit de l’attaque d’Anningan contre sa sœur Malina eut des répercussions importantes. Ils ne vécurent plus jamais en harmonie, et les jours et les nuits ensuite n’eurent plus le même nombre d’heures en tout temps, toute saison. Anningan avait brisé le cœur de sa sœur, rompu leur lien de confiance et rompu l’harmonie des jours et des nuits. Malina, cette nuit-là, n’avait pas subi les outrages de son frère sans se débattre farouchement, et d’ailleurs on raconte que durant le combat qu’elle mena pour sauvegarder sa vertu, une lampe pleine à ras bord d’huile de phoque se renversa et couvrit les mains de Malina de noir. De ses mains noircies, alors qu’il commettait son crime, la déesse du soleil parvint à repousser son frère échoué sur son corps et repu. Ce faisant, de ses mains sales, elle laissa sur son visage blanc des taches noires. Ensuite, elle prit la fuite et courut le plus loin possible pour ne plus jamais être rejointe et prise de force à nouveau par son odieux frère. Les Inuits racontent que les taches sur la Lune sont les traces noires laissées sur le visage d’Anningan par sa sœur Malina.

 

Anningan se lança à la poursuite de Malina, et n’a de cesse depuis de la poursuivre éternellement. Forcené, son éternelle poursuite fait de lui un être de plus en plus maigre et décharné, à chaque nuit qui passe. C’est ainsi que les Inuits explique que la Lune s’amincit de soir en soir chaque mois à partir de sa phase décroissante. À la fin du mois, quand Anningan disparaît soudain, réduit à une taille famélique indicible, les Inuits racontent qu’il quitte trois jours, chaque fois (chaque mois) pour aller se sustenter, manger et refaire ses forces, pour mieux revenir pourchasser sa sœur. Chaque nuit sans lune, il refait ses forces pour mieux reprendre sa terrible course.

Depuis le viol du soleil, la déesse solaire Malina se tient le plus loin possible de son frère, et c’est ce qui explique qu’ils se lèvent à des moments différents, marquants les jours et les nuits. C’est depuis ce temps aussi, que les saisons sont si marquées par une grande noirceur qui perdure des mois, et un soleil haut qui perdure des mois, à son tour, l’autre portion de l’année.

Source :

Inuit Mythology par Evelyn Wolfson (auteur) et William Sauts Bock (illustrateur), Éditions Barnes and Noble

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