Le Grand Mariage selon les Celtes

Contrairement à ce que son nom indique, le grand mariage n’est pas une cérémonie d’union au sens où on l’entend aujourd’hui. Le Grand Mariage correspond en fait à une cérémonie de couronnement traditionnel pour les Rois et Grands Rois de l’époque celtique.

En Irlande, cette cérémonie était intitulée banais righe, ce qui signifie littéralement « banquet de mariage ». En effet, lors d’un couronnement, le Roi épouse la terre qu’il va gouverner, sous la forme d’une déesse de la Nature et de la Souveraineté, souvent personnifiée par une prêtresse ou une jeune femme.

Cette cérémonie, au delà du folklore et des coutumes, représente un aspect très important des croyances celtiques : en effet, les Celtes pensaient que la Terre, la Nature, était aussi vivante qu’eux et qu’ils ne devaient leur existence qu’à sa bonté et sa générosité. Il s’agissait donc de s’attirer ses faveurs, afin qu’elle puisse continuer à leur fournir en abondance l’abri et la nourriture dont ils avaient besoin. Le Roi, représentant d’un peuple, s’unifiait donc à son couronnement avec la Déesse de la Souveraineté, représentante de la Nature.

Les druides avaient un rôle particulièrement important dans cette cérémonie, ou devrais-je plutôt dire  ces cérémonies. En effet, la toute première étape, avant même l’intronisation du nouveau Roi, consistait à le désigner, le titre royal n’étant théoriquement pas héréditaire. Déjà à ce moment, le druide cherchait à nommer celui qui non seulement régnerait le mieux sur son peuple, mais aussi dans la meilleure harmonie possible avec la terre nourricière. Certains textes anciens expliquent que les druides n’hésitaient pas à recourir à la divination pour cela :

« On tuait un taureau blanc, et un homme seul devait consommer à satiété de la viande et du bouillon, puis s’endormir de cette satiété, et une [parole] de vérité était chantée sur lui par quatre druides ; il voyait dans son rêve l’aspect de l’homme qui devait être élevé à la royauté, par son apparence, par son caractère, son allure et le travail qu’il faisait. Quand l’homme se réveillait de son sommeil, il racontait sa vision. » (traduction du vieil irlandais de Serglige Con Culaind (Maladie de langueur de Cu Chulainn)

Représentation romantique d'un druide

Représentation romantique d’un druide

Une fois le roi désigné selon les pratiques locales, on le couronnait. Souvent, c’était le druide qui présidait la cérémonie, parfois assisté d’une prêtresse qui devait faire office, le temps de l’intronisation, d’épouse-incarnation de la Déesse. Dans tous les cas, une femme jouant ce rôle offrait au roi une coupe d’une boisson sacrée, peut-être de l’hydromel. Des pommes, symbole d’éternité et de prospérité, comme dans de nombreuses cultures, étaient consommées. Enfin, les bardes récitaient au nouveau roi ses droits et ses devoirs, qui allaient principalement envers le peuple et la nature : la geis, dans la culture irlandaise.

Le rôle de la Déesse dans cette cérémonie est aussi très important. Comme je l’ai déjà dit, il s’agit de s’attirer ses faveurs et de s’assurer de son abondance pendant le règne à venir. On pensait en effet que la Déesse avait le pouvoir de ruiner le royaume, de répandre la famine en rendant les champs et le bétail infertiles, si le Roi ne respectait pas les règles établies et menait le royaume au désastre.

On raconte souvent que la Déesse de la Souveraineté était une femme avide d’hommes, toujours plus jeunes. Elle changeait régulièrement de mari, qu’elle choisissait ensuite de quitter ou suivait jusqu’à la mort. Loin de voir cette déesse comme une veuve noire des temps anciens, il faut comprendre chaque mari comme le roi, et chaque nouveau mariage comme chaque nouveau couronnement. La Déesse, éternelle et régalienne, s’alliait aux différents rois successifs, littéralement pour le meilleur et pour le pire.

En plus de ces faits, vérifiés par les textes retrouvés, on peut retrouver, dans certains romans, des versions plus ou moins fantasmées de la cérémonie de couronnement. Certains considèrent cette cérémonie de « mariage » comme une cérémonie particulièrement codifiée, aux rituels précis et significatifs. Ainsi, on peut lire que le roi et l’incarnation de la Déesse jouaient le mariage jusqu’à la nuit de noce, qu’ils accomplissaient de manière ritualisée. Si la jeune femme, suite à cette nuit, se retrouvait enceinte, on considérait que c’était un bon présage pour le royaume.

D’autres vont encore plus loin, et décrivent précisément la teneur de ces rituels. L’exemple que je connais est celui des Dames du Lac, de Marion Zimmer Bradley. Alors qu’elle prend le parti des femmes pour raconter la matière de Bretagne, elle prend aussi le parti des anciennes religions, et principalement des croyances celtiques, face au christianisme naissant en Grande Bretagne. Elle raconte ainsi précisément la cérémonie païenne qui mène le Roi Arthur sur le trône, avec le soutien du Vieux Peuple (entendre les fées et leurs fidèles) et Excalibur à son côté. Le rituel est appelé « Grand Mariage », et suit la tradition d’une prêtresse s’unissant avec le futur roi. Lors de cette cérémonie, Arthur doit montrer qu’il est à présent un protecteur valeureux pour son peuple, et doit pour cela, vêtu d’une peau de cerf fraîchement équarri, tuer un autre cerf. Une fois cette chasse accomplie, il retourne auprès de la prêtresse pour s’unir avec elle.

Je n’ai trouvé aucune preuve, littéraire au moins, de l’existence de ces rituels. Si vous connaissez des documents qui parleraient de rituels utilisés lors de la cérémonie de couronnement, je suis preneuse !

La cérémonie de couronnement était un évènement majeur pour les celtes. Ils affirmaient ainsi leur lien à la terre nourricière, et rappellent ainsi leur promesse faite à la déesse Eriu de respecter la terre qu’ils avaient reçue.

2 reflexions sur “Le Grand Mariage selon les Celtes

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Merci beaucoup !
      J’ai mis du temps à tirer les idées au clair, car j’ai été longtemps persuadée que la version que propose Marion Zimmer Bradley était basée sur des faits, et j’y croyais dur comme fer… Mon envie de romantisme, sans doute ! 😉

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