La mort de Cuchulainn

La légende de la mort de Cuchulainn est une des plus connues des légendes irlandaises. En plus de raconter la disparition de ce fameux héros, elle permet d’introduire la déesse Medbh, la Morrigan, la déesse guerrière et passionnée.

La mort de Cuchullain

La mort de Cuchullain (Statue de bronze de Oliver Sheppard, devant le General Post Office à Dublin)

Il existe en réalité plusieurs légendes sur la mort de Cuchulainn, qui se ressemblent plus ou moins. Je vais vous en raconter une, extraite du petit livre d’où je tiens aussi mes autres légendes irlandaises (Le Saumon de la Connaissance, la Chaussée des Géants, Diarmuid et Grainne…), que j’ai complétée avec d’autres sources, pour reprendre dans son ensemble la relation ambigüe entre la déesse et le héros.

Cuchulainn rencontra la Morrigan tout au long de son existence, alors qu’elle le mettait à l’épreuve pour son ardeur à la bataille ou en tant qu’amant. Il la rencontra la première fois petit, alors qu’il était sorti à la recherche de son mentor. Elle le provoqua au combat, gagna, et se moqua de la couardise de l’enfant.

Plus tard, alors qu’il était déjà un adulte célèbre pour ses faits guerriers, elle lui apparut sous la forme d’une femme volant une génisse, qu’elle emmenait hors de l’Ulster. Il voulut l’en empêcher, en la provoquant et l’insultant. Alors qu’elle disparut, comme un fantôme, elle lui répondit qu’elle « veillerait sur sa mort ». Cuchulainn comprit qu’il n’aurait jamais du provoquer cette femme.

Une autre fois, lors des batailles qui opposaient l’Ulster au Connaght pour le Taureau Brun de l’Ulster, elle lui apparut comme une superbe jeune femme aux cheveux roux et à la cape rouge (les couleurs de l’Autre Monde) et le séduisit ouvertement. Cuchulainn, manquant décidément de tact envers les femmes, lui répondit qu’il n’avait pas le temps ni la tête à l’amour, et retourna au combat affronter un nouveau champion de la reine Maeve. La Morrigan, furieuse de cet affront, lui prédit qu’elle viendrait à lui sous trois formes différentes, qu’il la blesserait à chaque fois, et que seule sa bénédiction pourra la soigner. Elle apparut dès le combat suivant, sous la forme d’une anguille qui le fit trébucher. Mais ce faisant, il lui brisa les côtes. Dans le combat suivant, elle apparut sous la forme d’une louve, qui précipita sur le héros un troupeau de vaches affolées. En se défendant, Cuchulainn lui creva un œil. Enfin, elle lui apparut sous la forme d’une génisse menant le troupeau, mais il lui cassa une jambe.

La Morrigan lui apparut alors une quatrième fois, vieille femme trayant le lait d’une vache et portant les trois blessures qu’il lui avait causées. Ayant soif, il lui demanda son lait, et elle lui en offrit trois coupes. A chaque coupe, il la bénit et elle put guérir de ses blessures.

Mais la Morrigan ne s’arrête pas là. La bénédiction de Cuchulainn ne suffit pas à laver l’affront de son refus. Elle lui apparait alors une dernière fois, sous la forme d’une vieille femme lavant son linge. C’est un motif traditionnel pour les présages de mort. Et lorsque Cuchulainn se rendit au combat, ses ennemis eurent en effet le dessus. Epuisé, il s’attacha à un pilier de pierre avec la ceinture de son épée, et continua à se battre jusqu’à sa mort. Un corbeau vint alors se poser sur son épaule, et but à ses blessures. Selon certaines légendes, c’était la Morrigan, qui venait « veiller sur sa mort ».

Morrigan et corbeau

La Morrigan et le corbeau (crédits : Lamorien)

Le corbeau noir est en effet l’un des symboles de la Morrigan, celui qui annonce la mort de ceux sur lesquels il se pose. La Morrigan est une de ces déesses complexes du panthéon irlandais, souvent associée à la guerre et à la violence, mais aussi passionnée et séductrice. Elle était tour à tour violente, aimante, séductrice… Cuchulainn fut tout au long de sa vie de guerrier poursuivi par Medbh (un autre nom de cette déesse), qui cherchait à obtenir ses faveurs. Et comme on ne peut rien refuser à cette déesse, il paya lourdement le prix de son refus.

Crédits :

Récit : Ancient Irish Legends de Padraic O’Farrell et autres textes anglophones

Image : Lamorien

2 reflexions sur “La mort de Cuchulainn

  1. Drenagoram Auteur de l'article

    Il en est des desseins ,
    Bien des Traits à percer ,
    Et en lien des Chemins ,
    Sur d’ Etranges Reflets ,
    Tout autant de Miroirs ,
    Qu’il nous faut Regarder .
    Pour y voir une Histoire ,
    Quatres Lignes Gravées ,
    Aux passés de nos Mains.
    A ces Signes , un beau Soir ,
    On peut lire dans le Vain ,
    Qu’il est déjà trop Tard ,
    Et l’Espoir de Changer ,
    En devient Illusoire .
    Faute d’avoir Ignoré ,
    Au loin , tout nos Désirs ,
    Et nos Songes Mort-Nés.
    NéO~

    http://drenagoram4444.wordpress.com/

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Oui, à se demander quelle est la part de destinée et de libre arbitre dans notre vie. Car il est impossible de voir en même temps tous les chemins qui s’ouvrent à nous pour en choisir le meilleur. Etre au bon endroit au bon moment, voilà une chose qui semble avoir échappé à ces héros des temps anciens.

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