Tintagel a-t-il vraiment existé ?

Lorsque vous vous rendez en Cornouailles, à l’Ouest de la Grande Bretagne, vous pouvez visiter sur la côte nord de cette péninsule les ruines du château de Tintagel, la forteresse où a été conçu puis est né Arthur, de sa mère Ygerne, duchesse de Cornouailles, et son père Uther Pendragon, Roi de Grande Bretagne. Sur son promontoire rocheux, les falaises battues par les vagues de l’océan Atlantique, on est transporté dans le climat rigoureux décrit sans les livres.

Tintagel

Le château de Tintagel (crédit IDS.photo)

Pourtant, de nombreux historiens remettent en cause l’attribution de ce site historique à la légende arthurienne.

D’après eux, ce château en ruine aurait été construit par un seigneur des Cornouailles du XIIè siècle, Richard de Cornouailles, qui voulait ainsi se rattacher de façon tangible à Arthur. N’habitait-il pas dans le château de son illustre ancêtre ? Ce château serait donc, d’après les historiens, près de six siècles plus jeune qu’Arthur. Elle aurait même été bâtie après l’Histoire des Rois de Bretagne de Monmouth, puisqu’on estime le début de la construction à 1141, alors que l’œuvre du chanoine breton a été rédigée entre 1135 et 1138.

Mais des fouilles, menées dans les années 1930, montrent que le site était occupé depuis le Vè ou le VIè siècle, c’est-à-dire durant l’épopée arthurienne. On y a retrouvé notamment des tessons de poteries. Mais l’archéologue en charge de ces fouilles déclara qu’il ne s’agissait pas des restes de la forteresse d’un grand roi comme Arthur, mais plutôt ceux d’un ancien important monastère celtique, comme il y en avait de nombreux sur les îles de Grande Bretagne.

Bref, la légende de ce château a pris un grand coup, et le site aurait bien pu perdre le nom même de Tintagel. Mais il y a eu un important rebondissement en 1998 : en inspectant les décombres du château, des archéologues de l’université de Glasgow découvrent une étrange pierre gravée. Parmi d’autres inscriptions, elle porte la mention du mot « Artognov« . Certains interprètent cette pierre comme une épitaphe ancienne et ce nom comme le bas latin pour Arthur. Cependant, d’autres font remarquer que cela peut aussi vouloir dire, dans une langue dérivée du gaulois, « le fils de l’ours », et que ce surnom est trop général pour être rattaché à Arthur (Arthur dérivant d’artus, qui veut bien dire en breton « ours »). L’inscription n’étant pas datée, toutes les interprétations sont encore possibles.

inscription pierre tintagel

Reconstitution de l’inscription de la « pierre d’Arthur » trouvée à Tintagel

La légende a encore donc toute sa place, surtout en sachant que les châteaux, à l’époque d’Arthur, n’étaient certainement pas en pierre bien solide comme le montrent la plupart des romans, calqués sur un moyen-âge beaucoup plus tardif, mais en bois ! Les traces sont donc difficiles à trouver, et les archéologues et les amateurs de la matière de Bretagne ont encore de beaux jours devant eux et de quoi rêver, en surplombant les falaises de Tintagel, à une époque où la belle Ygerne arpentait ces lieux.

Source :

Le Roi Arthur, le mythe à l’épreuve de la science, in Les Cahiers de Science & Vie, n° 117, Juillet 2010

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