Les Douze Travaux d’Hercule – Partie 1

Cela fait depuis un moment que j’ai envie de parler d’Hercule. Cela m’obsédait tellement que j’ai même décidé (dans une phase de retour certain à l’enfance) de revoir le film de Disney du même nom. Bref, il est grand temps d’aborder le sujet et de clarifier les choses une fois pour toutes !

J’ai entendu parler pour la première fois d’Hercule alors que j’avais sept ou huit ans. J’ai alors eu, pour mon anniversaire ou pour Noël, je ne me rappelle plus, un livre retraçant quelques uns des plus grands mythes grecs : le voyage d’Ulysse, Jason et la toison d’Or, le cheval de Troie… et bien sûr les douze travaux d’Hercule. Comme c’était une version pour les enfants, on faisait l’impasse sur ce qui avait provoqué les évènements, et on retrouvait directement notre jeune héros face à son premier défi, le lion de Némée ; de même que chez Disney, tout est la faute du méchant Hadès (qui n’a en fait rien à faire dans l’histoire…).

Hercule et le lion

Hercule et le lion de Némée, Héraclès et le lion (amphore à figures noires, 550-540 av. JC)

Mais je pars du principe que toi, lecteur, tu as un peu plus de sept-huit ans, et que tu es donc capable de (re)découvrir le véritable mythe d’Hercule, et faisons fi de cette vertueuse omission.

Cependant, tout raconter en un seul billet serait beaucoup trop long, et je vais donc partager cette incroyable épopée en plusieurs « chapitres ». Et naturellement, puisqu’on va découvrir les choses dans l’ordre, je vais raconter dès maintenant ce qui a amené Hercule à accomplir ces douze travaux.

La naissance et l’enfance d’Hercule

Le destin d’Hercule est tracé par sa naissance-même. Comme le précise Diodore de Sicile dans sa Bibliothèque Historique, il est deux fois fils de Zeus. En effet, il descend de Zeus par sa mère, qui est la petite fille de Persée, fils de Zeus. Et le père d’Hercule n’est autre que le dieu lui-même.

Zeus est connu comme un coureur de jupons invétéré, et la mère d’Hercule, Alcmène, est une de ses nombreuses conquêtes. Pour pouvoir la séduire, il prit l’apparence du fiancé de cette dernière, Amphytrion, alors absent car parti en guerre. L’histoire raconte qu’il apprécia tant la nuit passée avec la princesse qu’il la prolongea en empêchant le jour de se lever le lendemain, si bien qu’elle ne se rendit pas compte du temps passé. Lorsqu’il partit, il lui laissa une coupe en souvenir et un enfant à naître. Bien que Zeus n’avait aucunement l’intention de mettre la jalouse Héra au courant de cette nouvelle infidélité, elle finit par l’apprendre, et détesta avant même sa naissance ce petit bâtard.

Quand Amphytrion revint, il fut surpris du manque de chaleur dans l’accueil de sa fiancée, et, malgré la longue nuit qu’ils passèrent ensemble pour leurs retrouvailles, de son manque d’enthousiasme. Alcmène, en conséquence de ces deux rencontres, fut enceinte de jumeaux.

Lorsque Alcmène accoucha, ce fut une terrible épreuve pour elle. En effet, poussée par la colère, Héra retarda la naissance des jumeaux, et le travail dura sept jours et sept nuits. En revanche, elle fit naître le fils de sa fille, Eurysthée, avant terme, afin qu’il soit l’héritier du royaume de Mycène, promis par Zeus au premier héritier de Persée. Si bien que Zeus, devant tenir parole, dut faire d’Hercule non le roi, mais le sujet d’Eurysthée. Il parvint par contre à convaincre Héra d’élever Hercule au rang des dieux si celui-ci accomplissait dix travaux pour son roi. Héra accepta et les jumeaux d’Alcmène purent naître. Le premier, fils d’Amphytrion, fut nommé Iphiclès, et le second, fils de Zeus, Alkeidès.

Cependant, Alcmène, craignant la rancune d’Héra, décida d’abandonner Alkeidès aux portes de la ville, qui furent ensuite renommées le « Champ d’Héraclès ». La déesse Athéna le découvrit, et le trouvant adorable, usa d’un stratagème pour attirer Héra dans les parages. Lui montrant l’enfant qui pleurait de faim, elle lui proposa de l’allaiter. Héra ne reconnut pas le bâtard qu’elle détestait et accepta. Comme le dit si bien Diodore de Sicile, il est curieux de voir que la mère qui aurait du le chérir avait abandonné l’enfant alors que celle qui aurait du le haïr, lui sauva la vie en lui offrant le sein. Mais le bébé tira trop fort sur ledit sein et, hurlant de douleur, Héra le repoussa. Athéna, satisfaite, rapporta l’enfant à ses parents, qui acceptèrent de l’élever.

Mais Héra n’en avait pas fini avec Alkeidès. Une nuit, elle envoya deux serpents dans le berceau des jumeaux. Alors qu’Iphiclès hurlait de peur, Alkeidès prit un serpent dans chacune de ses petites mains et les étrangla proprement. Les parents accoururent, attirés par les cris, et virent l’enfant jouer avec les animaux comme avec des hochets. C’est à cet exploit qu’Alkeidès fut renommé Héraclès (« celui à qui Héra donne la gloire », un titre, réel, que je trouve particulièrement ironique), soit Hercule en latin comme en français.

Héraclès et les serpents (fresque, Pompéi, 1er s avt JC)

Héraclès et les serpents (fresque, Pompéi, 1er s avt JC)

La famille dut s’installer par la suite à Thèbes, et Amphytrion donna à ses enfants la meilleure éducation possible, tant dans les arts et les matières de l’esprit que dans les sports et les arts du combats : lui-même leur enseignera le maniement du char, Linos, le frère d’Orphée, leur apprendra la musique et les lettres, Eurytos, le maître d’Ulysse, leur enseignera le tir à l’arc, Autolycos, le grand-père d’Ulysse, la lutte, et Castor et Pollux les arts de la guerre et du maniement des armes.

Un jour, après un regrettable incident (Hercule, manquant de patience, avait lancé sa lyre sur Linos, ce qui l’a tué sur le coup…), Amphytrion décida d’envoyer son fils adoptif dans les champs, garder les troupeaux. Il se montrait très efficace, et nul ne s’approchait trop près de son arc ou de sa lance.

Ses premiers exploits

Son tout premier exploit ressemble fortement à sa première tâche, puisqu’il dut tuer le lion de Cithéron pour le compte de Thespios. Celui-ci l’hébergea les cinquante jours qui furent nécessaires à la traque et à la mise à mort du fabuleux animal. Thespios avait cinquante filles, et il rêvait de les marier à ce demi-dieu d’à peine dix-huit ans qui devait tuer le fameux lion. Cependant, il ne parvenait pas à se décider laquelle devait l’épouser. Alors il envoya chaque soir une fille différente chez son hôte, sans que ce dernier ne se rende compte de rien. De ces unions naquirent les Thespiades, les colonisateurs de la Sicile. Lorsque Hercule eut tué le lion, il récupéra la peau pour s’en faire un manteau, se servant de sa tête comme d’un casque.

Son deuxième exploit fit de lui un héros connu de tous : Thèbes était soumise à un lourd tribut annuel qu’elle devait verser à Erginos, le roi des Minyens. Un jour qu’il rentrait des champs, il croisa les deux percepteurs chargés de collecter le tribut, et leur coupa les membres avant de les chasser de la ville. Erginos, furieux, demanda au roi de Thèbes de livrer l’insolent. Si Créon, le roi, était prêt à céder à son puissant voisin, Hercule ne l’entendait pas ainsi. Il réunit la jeunesse de Thèbes et leur donna les armes accrochées dans les temples, comme offrandes aux dieux. En effet, les Minyens avaient désarmés les Thébains, ne leur laissant que ces armes anciennes. Il mena ensuite sa petite armée à la rencontre des Minyens et les affronta. Lui-même fit des dégâts considérables, en tuant de ses mains le roi Erginos. Ayant gagné la bataille, il investit Orchomène, la capitale des Minyens, et rasa les temples et détruisit la ville. Thèbes devint la capitale de la région.

L’exploit se répandit très rapidement en Grèce, faisant d’Hercule un héros. Créon, reconnaissant, fit de lui son fils en lui donnant sa fille Mégare en mariage et l’administration de la ville.

Eurysthée, jaloux de son succès, ordonna alors à Hercule de se rendre chez lui pour accomplir dix travaux réputés impossibles. Hercule consulta l’oracle de Delphes à ce sujet, indécis. L’oracle lui dit qu’il devait accomplir ces travaux, et qu’en échange, il gagnerait l’immortalité. Hercule rentra chez lui bien embêté : d’un côté, l’immortalité le tentait, mais de l’autre, il refusait d’obéir à un homme de rang inférieur, un simple roi alors que son propre père était le père des Dieux.

Héra, voyant ce dilemme, s’en servit pour provoquer chez le héros une violente crise de démence. A coups de flèches, il tua ses fils. Revenu de sa folie, il ne put que constater sa faute et se  cloîtra chez lui un temps, refusant de sortir. Le temps apaise la douleur, et finalement, il fut prêt à partir expier sa faute en allant servir Eurysthée.

Hercule en folie

Hercule en folie (bas relief d’Antonio Canova)

Sources :

La Bibliothèque Historique, livre IV, chapitres IX et suivants, de Diodore de Sicile, traduction de Ferdinand Hoefer, 1851, disponible en ligne sur mediterrannees.net

La Bibliothèque, livre II, chapitres 5 et suivants, d’Apollodore, traduction d’Ugo Bratelli, 2001, disponible en ligne sur le site d’Ugo Bratelli

Compléments d’informations et crédits images : Les 12 Travaux d’Hercule, site consacré à cette épopée.

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2 reflexions sur “Les Douze Travaux d’Hercule – Partie 1

  1. marjorie m.

    Tu as piqué ma curiosité, et pourtant je suis prof de français, je devrais connaître, la honte! En ce moment je me plonge dans Aspects du mythe… et j’y suis plongée, en immersion totale.
    A bientôt.

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Heureuse d’apprendre que j’ai éveillé ton intérêt !
      On connait tous (presque tous) les travaux d’Hercule, mais on oublie souvent pourquoi il a du les accomplir.
      Personnellement, je trouve les parties annexes du mythe (introduction, fin, aventures parallèles…) beaucoup plus démonstrateurs de la personnalité d’Hercule que ces travaux. Donc forcément, j’en parle ! 😉
      Encore quelques chapitres, et la totalité du mythe sera là ! 🙂

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