L'Hydre

J’ai eu envie, après avoir décrit le deuxième travail d’Hercule, de m’attarder sur cette créature étrange qu’est l’hydre.

J’ai eu du mal à trouver des sources extérieures au mythe d’Hercule, mais j’ai pu compléter mes maigres connaissances sur ce monstre fantastique, en découvrant notamment qu’on ne le rencontrait pas qu’en Grèce, mais aussi en Egypte ou… en France.

Hydre

 

L’hydre est un monstre marin, rattaché aux serpents ou aux dragons. Il possède dans la plupart des légendes entre cinq et sept têtes, mais Hercule dut en affronter une centaine, parce qu’il avait commencé à les couper, avant de se rendre compte qu’une tête coupée en produisait deux nouvelles.

Elle vit dans des marais (comme le marais de Lerne), dans des grottes (comme dans les légendes du Moyen-Âge français) ou dans des fleuves (l’hydre égyptienne vit dans le Nil)

Son haleine et son sang sont empoisonnés. Hercule plonge ses flèches dans le sang de la créature qu’il vient de terrasser pour les rendre mortelles, et les eaux souillées par la présence de la bête sont impropres à la consommation, jusqu’à en faire périr les poissons qui y vivent.

Au sujet de l’hydre égyptienne, Pierre de Beauvais écrivait au XIIIè siècle dans son Bestiaire :

L’hydre possède cette nature et cette coutume que lorsqu’elle voit le crocodile en train de dormir sur la rive du fleuve, elle va se rouler dans la boue afin de pouvoir plus facilement glisser dans le gosier du crocodile. Quand celui-ci aperçoit l’hydre, il se précipite sur elle et l’engloutit toute vivante. L’hydre, ainsi avalée toute vive, met alors en pièces les entrailles du crocodile, et ressort de son corps bien vivante.

Edouard Brasey, auteur de la Petite encyclopédie du merveilleux, ajoute :

Dans les contes merveilleux [médiévaux], l’hydre se confond avec la bête à sept têtes, dont le héros doit trancher non seulement les chefs, mais également les langues. En effet, si un traître s’empare des crânes pour se glorifier injustement de l’exploit – récompensé généralement par la main de la fille du roi -, le héros authentique paraît au moment ultime et exhibe les langues pour preuve de sa bravoure.

La bête à sept têtes mentionnée est une variante de la bête de l’apocalypse qu’aiment tant les narrateurs médiévaux pour l’édification des chrétiens. D’ailleurs, l’hydre, encore aujourd’hui, est considérée comme un mal qui ne meurt jamais, même si on en vainc quelques aspects (qu’on en élimine quelques têtes).

Le seul moyen de vaincre l’hydre, en dehors de la cautérisation qu’a du utiliser Hercule en raison du trop grand nombre de têtes, est de les trancher toutes en même temps. Vouloir les considérer les unes après les autres revient à les laisser se multiplier.

Voici maintenant une légende, bien plus proche pour la plupart d’entre nous que l’Egypte ou la Grèce, puisqu’elle se déroule dans l’Orne, à Villedieu-lès-Bailleul, qui s’appelait encore Villedieu-les-Roches, sans doute à cause du promontoire rocheux qui est au centre de cette histoire :

Suivant la légende, un serpent habitait cette caverne aux murailles de diamants et d’or. Il sortait de temps en temps pour aller se baigner dans un petit lac voisin, après quoi il parcourait la campagne à la recherche de sa proie. Lorsque la faim le pressait, il allait vite en besogne, car le monstre n’était rien moins qu’une hydre à plusieurs têtes. Les habitants de Villedieu et des pays environnants s’épuisaient en vaines lamentations ; cependant le désespoir leur inspira la découverte d’un moyen de salut. Ils imaginèrent de porter à l’entrée de la caverne une grande cuve pleine de lait, qu’ils avaient remplie à frais communs.

Le monstre parut satisfait du régime anodin auquel on voulait le soumettre. La paix et la sécurité se rétablirent tout d’abord. Mais un jour, soit par oubli, soit par impuissance, les habitants de Villedieu manquèrent de procurer à leur hôte sa ration habituelle. Notre serpent qui, depuis quelque temps, ne faisait point assez forte chair pour soutenir un long jeûne, se mit en route, aiguillonné à la fois par le vengeance et la faim. Un jeune homme s’étant remontré sur son passage, il le dévora. Neveu du seigneur de Bailleul, il était aussi chéri des vassaux que son oncle en était détesté. Cependant, le seigneur de Bailleul, malgré sa dureté bien connue, fut vivement affligé de la mort de son neveu ; il jura que le jour des représailles ne se ferait pas attendre.

De monstre à tyran la guerre s’allume vite, mais celle que projetait le baron de Bailleul demandait quelques préparatifs indispensables. L’adroit seigneur commença l’attaque par une ruse bien calculée : il fit déposer deux moutons à l’entrée de la caverne, et, de plus, remplir la cuve où s’abreuvait le dragon, d’eau-de-vie au lieu de lait. Celui-ci dévora les deux moutons, en se félicitant de ce que la leçon donnée aux habitants de Villedieu produisait de tels fruits ; puis, il s’endormit dans l’enivrement de son succès et de la cuve d’eau-de-vie qu’il avait vidée. Le moment était venu pour le seigneur de Bailleul d’assurer sa vengeance ; nouvel Hercule endosse son armure, plus solide qu’une peau de lion ; sa longue épée vaut une massue.

Il marche droit à la caverne, surprend le monstre endormi, il frappe d’un coup si terrible qu’il lui enfonce sa principale tête. Mais celui-ci se révèle assez formidable encore pour engager un combat à outrance : il aveugle son ennemi par les vomissements de flamme qu’il lui lance au visage, et le baron de Bailleul tout intrépide qu’il est, recule épouvanté. A peine est-il dehors, qu’un craquement effrayant se fait entendre, comme si la terre allait s’effondrer sous la fureur du reptile ; les roches de Villedieu éclatent de toutes parts et jonchent la plaine de projectiles énormes ; une lave ruisselante envahit le lac, puis, la commotion s’apaise, et le silence se rétablit sur cette scène de désastre.

Hydre

Hydre (par Todd Lockwood)

Le lendemain, les vassaux du seigneur de Bailleul s’approchèrent en tremblant de ce lieu désolé : ils trouvèrent le corps du baron calciné dans son armure, et, plus heureux qu’ils n’auraient osé l’espérer, ils se virent délivrés à la fois des deux monstres qui les tyrannisaient : le serpent et le baron.

Et vous, connaissez-vous d’autres légendes, locales ou non, qui impliquent une hydre ? N’hésitez pas à les partager dans les commentaires !

Sources :

Edouard Brasey, La petite encyclopédie du Merveilleux, Le Pré aux Clercs, 2007

La légende est issue du site : La France Pittoresque.

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