Les Douze Travaux d'Hercule – Partie 5 : le guerrier

Nous avions laissé Hercule tout à sa gloire, après avoir institué les Jeux Olympiques et libéré Prométhée. On en est à un peu plus de la moitié des travaux, puisqu’il en reste 5, mais tous vont désormais se dérouler en dehors de la Grèce, et impliquer de longs voyages.  Aujourd’hui, je ne vais en raconter que deux, les travaux 8 et 9, parce que le dixième est beaucoup trop long et fera l’objet d’un billet à lui tout seul.

Néanmoins, il y a matière à raconter pour ces deux travaux, qui ont pour point commun de concerner deux peuples belliqueux : les Thraces et les Amazones. Les plus avertis auront donc reconnu les travaux des juments de Diomède et de la ceinture d’Hyppolité. Comme pour les épisodes précédents, les dieux, visiblement très intéressés par cette épopée, se mêleront à l’histoire. Que nous allons découvrir dès maintenant !

Hercule contre les Amazones

Hercule affrontant les Amazones (amphore à figures noires, 6è s. avt. J.C.)

La descente aux Enfers

Vous allez me dire : eh, mais c’est plus tard, ça ! On avait parlé des juments de Diomède ! Et vous n’aurez pas tout à fait tort. Cependant, Hercule n’est pas descendu une fois, mais deux, rendre visite à Hadès et sa femme Proserpine. On va raconter l’histoire dans l’ordre :

Eurysthée, après la victoire d’Hercule sur le taureau de Crète et la gloire qu’il a recueillie à aider les dieux dans leur combat contre les géants, décida d’envoyer notre héros en Thrace, ce royaume guerrier au Nord de la Grèce, afin d’en ramener les quatre juments de Diomède, qui avaient la charmante réputation de manger de la viande humaine. Pour ce faire, il autorisa Hercule à rassembler une compagnie autour de lui.

Le héros ne comprenait pas vraiment en quoi fracasser le crâne de quelques Thraces et ramener des juments était plus compliqué que ce qu’il avait déjà affronté, mais il céda à la pression des volontaires et laissa son ami Abdéros affréter un navire. Cependant, notre valeureux guerrier avait le mal de mer, et il préféra demander à ses compagnons de le retrouver sur le rivage du royaume Thrace, lui-même préférant faire la route à pied, ce qui, grâce à sa formidable endurance, ne devait pas prendre plus de temps que le trajet en bateau.

Il remonta donc la péninsule du Péloponnèse, et remonta jusqu’en Thessalie, où il décida de rendre visite à un de ses amis, Admète, le souverain du royaume. Cependant, au palais, l’ambiance n’était pas à la chaleur d’une réception : Admète venait de perdre sa tendre épouse et s’en sentait particulièrement coupable. Je me dois de faire un petit écart pour expliquer les circonstances de cette disparition :

Parce que Zeus avait tué son fils Esculape, Apollon avait décidé de massacrer ses cyclopes, les meilleurs ouvriers du père des dieux. Pour le punir, Zeus l’envoya accomplir un an d’esclavage auprès d’Admète et de sa femme. Le beau dieu se lia rapidement d’amitié avec le couple royal et avec toute la maisonnée, qui était bien incapable de résister à son charme. Un jour, Apollon découvrit que les Parques, maîtresses de la vie et de la mort, s’apprêtaient à couper le fil de vie d’Admète, et il en informa le roi. Il lui expliqua aussi que son unique chance serait que quelqu’un accepte de mourir à sa place, pour que les Parques aient quand même leur âme. Admète chercha dans toute sa maisonnée la personne assez charitable pour accomplir ce sacrifice, mais il ne trouva aucun volontaire. Le cœur lourd, il alla donc parler à sa femme, Alceste, qui accepta immédiatement de sauver la vie de son mari. Au moment même où il l’enlaçait pour la remercier, le corps de sa femme s’effondra : les Parques avaient coupé le fil qui la retenait à la vie.

Hercule arriva quelques jours plus tard, en pleine organisation des funérailles. Cependant, Admète, bon ami et bon hôte, ne fit pas peser son chagrin sur son invité, et l’accueillit chaleureusement. Il offrit à Hercule un excellent festin agrémenté de très bons vins, même s’il ne l’honora pas de sa compagnie. Peu importe pour le héros : la bonne chaire est toujours bienvenue. Alors qu’il s’empiffrait et se saoulait joyeusement, il constata le regard choqué des serviteurs, et pensa enfin à demander ce qui se passait. Les serviteurs, fidèles à leur roi, refusèrent tout d’abord de répondre, mais quand Hercule saisit l’un d’eux, sa colère de plus en plus visible, ils jugèrent plus prudent de l’informer des funérailles de la reine et ce qui avait causé sa mort. Honteux par son comportement, il décida de se racheter.

Le lendemain matin, Admète fut informé qu’Hercule rentrait tout juste d’une virée nocturne. Un peu inquiet, il décida d’aller voir son ami pour découvrir ce qu’il en était. Quelle ne fut sa surprise quand il découvrit aux côtés d’Hercule… Alceste, que le héros venait juste d’aller chercher des Enfers. Après avoir réuni le couple, Hercule reprit sa route vers le royaume de Thrace.

Hercule ramenant Alceste de l’Hadès (amphore à figures noires, 530-520 avt. J.C.)

Les juments de Diomède

Il n’eut aucune difficulté à trouver les juments, et assomma leurs gardiens pour les emmener. Le temps qu’il atteigne le rivage où patientaient ses amis arrivés en navire, l’alerte fut donnée et des guerriers Thraces se rassemblèrent pour attaquer les grecs. Hercule confia les juments à son ami Abdéros, en l’informant qu’elles mangeaient la chair humaine, et répondit à lui tout seul à l’attaque des Thraces, menés par Diomède en personne. Il fut si valeureux qu’il mit en déroute les fiers guerriers. Ses compagnons avaient capturé Diomède, et tous retournèrent sur le bateau.

Là, ils eurent une mauvaise surprise : malgré l’avertissement d’Hercule, Abdéros n’avait rien pu faire face aux juments, et s’était malheureusement fait dévorer. Furieux, Hercule leur jeta Diomède en pâture, et les animaux mangèrent leur maître. Sur le chemin du retour, le héros offrit de grandes funérailles à son ami, et fondit à côté de sa tombe la ville d’Abdéra en son honneur.

Lorsqu’ils rentrèrent à Mycène, Eurysthée parut une nouvelle fois effrayé par les terrifiants animaux que ramenait Hercule, pourtant à sa demande, et les laissa échapper. Les juments s’enfuirent en direction de l’Olympe, où leur destin est partagé : Diodore de Sicile raconte qu’elles ont été consacrées à Junon et que la lignée se perpétua jusqu’à Alexandre le Grand, mais Apollodore affirme qu’elles se sont fait détruire par les bêtes sauvages.

Diomède dévoré par ses chevaux (huile sur toile par Gustave Moreau, XIXè s.)

La ceinture des Amazones

Le neuvième travail revêtait un intérêt personnel pour Eurysthée puisqu’il s’agissait de satisfaire au caprice de sa fille, qui exigeait d’obtenir la ceinture d’Hippolyté, la reine des Amazones. Les Amazones étaient un peuple fier et belliqueux, vivant dans une contrée encore plus éloignée de la Grèce que les Thraces. Ce peuple était composé uniquement de femmes, qui accomplissaient comme les hommes les tâches les plus dures, et s’entraînaient régulièrement à la guerre. Elles n’acceptaient les hommes qu’au moment de concevoir, et ne gardaient que les petites filles, les nourrissons mâles étant tués ou abandonnés. Elles se coupaient le sein droit pour mieux manier l’arc et l’épée, mais gardaient le gauche pour allaiter. Hercule n’avait pas besoin d’une grande intelligence pour comprendre que cette mission allait être particulièrement délicate.

Il prit donc une nouvelle fois la mer, en direction du royaume des Amazones, qui se trouvait au Nord, au bord de la mer Caspienne. Hélas, le mauvais temps le força à faire halte sur l’île de Paros, où habitaient les descendants de Minos. Ceux-ci, d’ailleurs, tuèrent deux des compagnons d’Hercule alors qu’ils débarquaient sur l’île. Rendu irritable par la traversée, furieux d’avoir perdu deux compagnons sans sommation, notre héros ravagea proprement et rapidement l’île. Les habitants, effrayés, envoyèrent une ambassade à Hercule en lui proposant deux hommes pour remplacer ses deux compagnons de route. Hercule accepta et choisit Alcéos et Sthélénos, les fils d’Androgée, lui-même étant fils de Minos (celui-là même qui sera tué plus tard à Thèbes, ce qui engagera la ville à verser un tribut au roi crétois pour le Minotaure). L’équipage de nouveau au complet et la mer s’étant calmée, le navire reprit sa route vers le nord, au grand soulagement des habitants de l’île.

Il fit une nouvelle halte houleuse en Mysie (actuelle Turquie), où Hercule aida son ami Lycos à vaincre les Bébryces contre lesquels il était en guerre, et ainsi à agrandir notablement son royaume. Enfin, il parvint sur les rives sud de la mer Caspienne, où se trouvait le royaume des Amazones. L’équipage débarqua à Thémycire, où, à leur grande surprise, ils étaient attendus par Hyppolité en personne. C’était une femme magnifique et altière. Mais si tous les hommes avaient les yeux fixés sur sa superbe silhouette, Hercule vit sa ceinture dorée, et il comprit que ce ne serait pas si facile de l’obtenir : elle avait été donnée à la reine des Amazones par Arès en personne, le dieu de la guerre honorant ainsi la cheftaine de ce peuple fier et guerrier. Cette ceinture représentait donc bien plus qu’un accessoire de valeur sur la tenue d’Hyppolité.

La reine des Amazones les accueillit tous chaleureusement, et invita Hercule chez elle. Là, le héros lui expliqua le but de sa visite, et, à sa grande surprise, Hyppolité accepta de lui céder sa ceinture et ne se fit pas prier pour l’enlever (et sans doute enlever en même temps le reste de sa tenue…). Hercule n’en revenait pas de sa chance : sans violence, il parvenait à accomplir rapidement un des travaux demandés par Eurysthée. Sa nuit fut donc très douce.

Hercule et Hyppolité (Huile sur toile par Rubens, XVIIè s.)

Mais c’était sans doute beaucoup trop facile aux yeux du destin. Au matin, une Amazone circula parmi ses consœurs, répandant l’idée qu’Hercule était là pour conquérir ces femmes libres, et tuer leur Reine. Cette Amazone belliqueuse n’était autre qu’Héra, qui refusait que son beau-fils ait la tâche aussi facile et agréable. Les Amazones saisissent donc leurs armes pour défendre leur souveraine. Hercule, réveillé par ces bruits, crut qu’on venait le tuer et que la Reine l’avait trahi. Furieux, il la tua sans même lui laisser le temps de se réveiller, et ordonna à son équipage de rejoindre rapidement le bateau afin de prendre le large. Lui-même s’empara de la ceinture d’Hyppolité, et couvrit la retraite de ses camarades en tuant un bon nombre d’Amazones.

Un retour mouvementé

En effet, si Hercule avait souhaité rentrer rapidement à Mycènes pour être débarrassé de ce travail, il en fut pour ses frais. Un héros peut difficilement entreprendre un tel voyage sans aventures.

La première survint à Troie. Alors qu’il faisait simplement escale pour la nuit, Hercule trouva le roi de Troie, Laomédon, en plein chagrin. Une nouvelle fois, le dieu Apollon est lié à ce drame : le roi Laomédon était connu pour son avarice et son outrecuidance, et Apollon et Poséidon décidèrent de le mettre à l’épreuve. Sous l’apparence de simples ouvriers, ils conclurent un contrat avec le roi de Troie, qui promit une importante rétribution s’ils parvenaient à renforcer efficacement les murs de Pergame, une ville un peu plus au sud de Troie. Evidemment, les deux dieux y parvinrent sans effort. Mais quand ils vinrent demander leur dû, le roi le leur refusa et les chassa de la ville. Pour se venger, Apollon lança une épidémie de peste, et Poséidon créa un monstre marin qui venait très régulièrement attaquer la cité.

Les oracles furent consultés, et ils informèrent le roi que ces malheurs cesseraient s’il sacrifiait sa fille, Hésione, au monstre marin de Poséidon. Laomédon la fit donc enchaîner face à la mer, afin de la livrer en pâture. Ce fut à ce moment-là qu’arriva Hercule. Il promit de libérer Hésione, mais uniquement si Laomédon lui cédait les deux magnifiques juments que Zeus avait offertes au roi en compensation de l’enlèvement de son fils Ganymède, dont le dieu était tombé éperdument amoureux. Le roi accepta, et Hercule délivra donc Hésione, non sans massacrer le monstre marin. Mais il eut la même mauvaise surprise qu’Apollon et Poséidon : une fois sa fille en sécurité au palais, Laomédon refusa catégoriquement de céder au héros les deux juments promises. Hercule, pressé, partit donc en promettant de revenir pour prendre de gré ou de force son dû.

Néanmoins, son voyage ne se termina pas tranquillement. En effet, il fit une nouvelle halte, chez le roi Poltys et son frère Sarpédon, tous deux fils de Poséidon. Sarpédon s’étant montré insolent, Hercule le tua avant de repartir. Un peu plus loin, chez les Thraces, il colonise l’île de Thasos et l’offrit à Alcéos et Sthélénos, les deux fils d’Androgée. Enfin, encore un peu plus loin, il tua Polygonos et Télégonos, fils de Protée et petits-fils de Poséidon, qui avaient eu l’idée (courageuse ou très stupide) de le provoquer en duel.

Il parvint finalement à Mycènes, où il put remettre la ceinture d’Hyppolité à la fille d’Eurysthée.

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2 reflexions sur “Les Douze Travaux d'Hercule – Partie 5 : le guerrier

  1. Drenagoram Auteur de l'article

    Un Héros en Douze Fois
    Qui n’Hercule devant Rien ,
    Laissant Thraces pour un Roi ,
    Donnant nOmbre en son Sein ,
    A ce Jouer du Destins ,
    Pour des Régles sans Troie ,
    Il mit Dieux et Déesses ,
    A connaitre sa Faim ,
    On ne Peut faire de l’Ombre ,
    Sans mourir au Soleil ,
    Il est l’Heure pour qu’il Sombre ,
    Après Toutes ces Merveilles.
    NéO~

    belle Soirée.

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Jolis jeux de mots 🙂
      Mais attends un peu avant qu’il sombre, il lui reste encore trois travaux, et les plus glorieux de tous… Après, si tu veux… 😉

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