Bayard, le cheval-fée

Il y a quelques jours, j’ai découvert une nouvelle légende grâce au Peuple Féerique. Il s’agit de celle d’un animal célèbre dans les Ardennes françaises et belges : le Cheval Bayard.

Ce cheval est extraordinaire, dans tous les sens du terme : héros de plusieurs légendes, sa célébrité dépasse celle de ses cavaliers. Il possède aussi des pouvoirs étonnants et une force incroyable.

Bien que de nombreux récits du Moyen-Âge et des périodes postérieures nous sont parvenus, je vais me concentrer sur une seule légende, la plus connue : celle des quatre fils Aymon. Bayard et cette légende sont indissociables, et c’est elle qui raconte la plupart des fabuleux exploits du cheval.

Quatre fils Aymon

Les Quatre Fils Aymon chevauchant Bayard (miniature du XIVè)

La légende

Aymon de Dordogne avait quatre fils : Renaud, Alard, Guichard et Richard. Une année, à la Pentecôte, il décide de se rendre à Paris pour les présenter à Charlemagne. Renaud, l’aîné, se distingue lors des joutes et Charlemagne le fait adouber chevalier. Il lui offre alors un cheval extraordinaire : Bayard, dont on dit qu’il « était fée », c’est-à-dire touché par la magie, capable de s’en servir. Cependant, le séjour à Paris ne se termine pas aussi bien qu’il avait commencé parce que, lors d’une dispute, Renaud tue le neveu de Charlemagne. Il décide alors de s’enfuir de la capitale royale. Bayard réalise alors son premier exploit : il allonge sa croupe pour que les quatre frères puissent y monter.

Les quatre frères Aymon, chassés par leur père de Dordogne, décident alors de se réfugier dans les Ardennes, leur pays d’origine. Bayard se révèle être un cheval très rapide, capable de franchir d’un bond les vallées et d’avaler de très longues distances en une journée. Ils se retranchent dans la forteresse de Montessor, appartenant à leur cousin l’enchanteur Maugis. Celle-ci finira par tomber entre les mains de Charlemagne et les quatre frères devront se cacher dans la forêt ardennaise et vivre de peu. On dit que seul leur cheval Bayard resta fort et sain, car les feuilles le nourrissaient mieux que le blé. Enfin, ils chercheront à retourner chez leur mère, en Dordogne, mais leur père les chassera à nouveau, fidèle à son serment de vassalité envers Charlemagne.

Après s’être rendu maître de la forteresse de Montauban, Renaud décide de se rendre à nouveau à Paris pour affronter et se moquer de Charlemagne. Cependant, il décide de se déguiser : grâce à l’aide de son cousin Maugis, il change le fier bai Bayard en un cheval blanc et boiteux, et lui-même prend l’apparence d’un adolescent. Il peut ainsi se présenter à une course organisée par le Roi. Son apparition déclenche l’hilarité mais Bayard, bien que déguisé, a gardé toutes ses capacités et gagne aisément la course. Renaud prend ainsi le trophée du vainqueur : la couronne de Charlemagne. Alors qu’il sort de la ville, un portier le reconnait et tente de le retenir, mais Bayard lui lance un coup de sabot mortel et Renaud peut ainsi disparaître.

De retour à Montauban auprès de ses frères, il se fait rattraper par l’armée de Charlemagne. Les quatre frères l’affrontent vaillamment, mais auraient perdu sans l’intervention providentielle de Maugis chevauchant Bayard. Renaud et ses frères commencent à se lasser de cette querelle avec le roi et Roland, le célèbre neveu de Charlemagne, accepte de jouer les négociateurs entre son oncle et les frères Aymon.

Charlemagne cependant tente de faire pendre Richard, capturé pendant le sommeil de ses frères. Bayard réveille alors Renaud d’un coup de sabot dans son écu, et le chevalier part délivrer son frère. Maugis intervient une nouvelle fois et, grâce à sa magie, parvient à capturer Charlemagne et à l’amener aux quatre fils Aymon. Ceux-ci supplient le roi de faire la paix avec eux, mais il refuse, et dès qu’il est libéré, reprend sa traque avec acharnement.

Maugis préfère sortir de ce conflit et se retire dans son ermitage des Ardennes, où il terminera ses jours. Les quatre frères, eux, devront supporter le siège de leur forteresse à Montauban. La famine les tient, et ils mangeront même leurs montures, à l’exception de Bayard. Ils avaient envisagé de le manger, mais sa faiblesse les fait renoncer à le saigner dans les murs du château.

Bien les en prit, car ils parviennent finalement à s’échapper du siège grâce à un souterrain et se retrouvent en pleine nature. Bayard retrouve une partie de ses forces, et les quatre frères boivent un peu de son sang, ce qui leur rend la santé.

Roland et ses barons obligent Charlemagne à faire la paix avec les frères Aymon. Ils négocient ainsi le départ en Palestine de Renaud, qui doit aussi remettre Bayard au roi. Le chevalier accepte sans aucune hésitation : même s’il tenait particulièrement à son cheval, il préfère par dessus tout obtenir enfin la paix avec le roi.

Charlemagne ordonne alors que Bayard soit jeté dans le Rhin, une meule autour du cou. Alors qu’il assiste à la noyade de l’animal, il voit le cheval ruer et se débattre et, de ses sabots, arracher à chaque coup un éclat de la meule, qu’il finit ainsi par détruire. Libéré, il parvient à regagner la rive opposée, s’ébroue, et disparait dans la forêt ardennaise.

Depuis, on raconte que Bayard y vit encore, et qu’on peut entendre son hennissement au solstice d’été.

Bayard en Dordogne

Les quatre fils Aymon arrivant en Dordogne (manuscrit médiéval)

Les autres chevaux-fées

Bayard n’est pas le seul cheval-fée de la littérature médiévale. On en retrouve dans de nombreuses légendes, capables de porter plusieurs cavaliers, galopant à des vitesses incroyables. Cependant, Bayard, bien qu’associé au monde souterrain (sa nature de cheval, la couleur bai de sa robe…), est un des rares chevaux-fées au rôle positif.

En effet, dans les autres légendes, si on entend parler d’eux, c’est pour avoir pris au crépuscule des voyageurs égarés sur leur dos, fascinés souvent par la beauté de l’animal et/ou la richesse de son harnachement. Le cheval, souvent alors appelé « cheval mallet », les entraîne alors dans une course diabolique toute la nuit et ne les déposera qu’à l’aube, bien loin de leur destination d’origine dans le meilleur des cas, ou les précipitant à terre en leur brisant les os, et par-là même les conduisant droit aux Enfers. Il existe des moyens de se protéger de tels chevaux, en portant sur soi de quoi « payer » le voyage : une médaille de Saint Benoît, un sou marqué ou une croix des sorciers.

Dans de nombreuses régions de France (et certainement d’ailleurs aussi), on rencontre un cheval diabolique, qui peut entraîner la mort des voyageurs qu’il transporte. D’autres régions connaissent aussi cependant l’histoire d’un cheval féérique mais protecteur, au même titre que Bayard.

Et vous ? Quelles légendes connaissez-vous sur les chevaux ? Connaissez-vous des chevaux-fées, diaboliques ou protecteurs ? Je serais ravie de découvrir de nouvelles légendes !

Sources :

La légende de Bayard et les images viennent de Wikipédia, dans un article rédigé par Fabyrinthe, plutôt complet, tant sur les origines du cheval que sa symbolique. A consulter si vous voulez en savoir plus.

Les chevaux-fées : La Petite Encyclopédie du Merveilleux, Edouard Brasey, éditions du Pré aux Clercs

17 reflexions sur “Bayard, le cheval-fée

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    1. Gwenn Auteur de l'article

      C’est une jolie légende, et bien documentée ! On retrouve régulièrement des histoires de chevaux plus ou moins magiques au Moyen-Âge et même plus tard, en effet. Rarement dociles, fiers et sauvages, parfois furieux, voire diaboliques comme cet El Forchal…
      Le cheval, meilleur compagnon de l’homme dit-on ? Normal alors qu’il ait la part belle dans les légendes ! 🙂

  2. Amélie Tsaag Valren

    Mais de rien ! Fées, elfes, dragons & autres créatures des royaumes de féerie a été écrit au début de la vague de popularité féerique, et je pense qu’il est desservi par son titre, qui laisse à penser qu’il s’agit d’un livre pour enfants alors que ce n’est pas du tout le cas. Et il n’y a pas de « Bible » des fées, car les fées se rencontrent plus facilement en vadrouillant entre les champs qu’entre les pages d’un livre, mais c’est juste mon avis…

    Pierre Dubois, en plus d’avoir une très belle plume, il est vraiment gentil (et pourtant je peux dire qu’au début, je n’osais pas l’aborder, il me faisait peur^^). Si tu as l’occasion de le croiser sur un salon et la patience d’attendre qu’il dédicace (il passe une demie-heure par dédicace et il arrive à te parler en même temps qu’il dessine, c’est impressionnant :o), tu verras xD

    Sinon, le Fabyrinthe est mon site, il n’y a plus que moi dessus. Mais je peux publier tes articles dessus, si tu veux.

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Moi, ce titre me fait penser aux anciens titres de livres « encyclopédiques » sur les sujets de la magie, du merveilleux, ou simplement d’un certain bestiaire, de l’antiquité, du Moyen-âge, jusqu’à encore récemment l’époque romantique. C’est peut-être pour ça que je fais l’analogie avec une « bible », pas au sens religieux, mais au sens d’un livre qui se veut être LA référence sur un tel sujet, une somme des connaissances passées en plus de celles accumulées par les auteurs.
      Je suis d’accord sur le fait que les fées se trouvent plus facilement dans les champs, voire même en ville, si j’en crois l’attitude parfois étrange de mon chat qui passe des heures à fixer des coins apparemment vides… 🙂
      Aller dans un salon consacré à la féérie, j’en rêve depuis plusieurs mois maintenant. Mais à présent que j’en ai les moyens, c’est du temps que je manque… 🙂 Mais j’y arriverai un jour, si possible avant l’été prochain ! 🙂

      J’étais persuadée que le Fabyrinthe était collaboratif. Ça doit être une belle charge de travail toute seule… Publier mes articles ? Je n’y vois personnellement aucun problème, mais je ne suis pas sûre qu’ils soient à la hauteur du site. Tes articles sont beaucoup plus exhaustifs. Maintenant, si tu veux apporter un autre style, une autre vue, je suis tout à fait d’accord.

  3. Amélie Tsaag Valren

    Avec plaisir tant que les sources sont citées, c’est le but ! Sur la façon de rédiger un tel article, je peux répondre, un peu… le plus important, c’est pas d’avoir des sources, car maintenant les livres consacrés à la féerie sont légiion, c’est de les sélectionner. Par exemple, sur le petit peuple, il n’y avait quasiment rien d’écrit, en France, avant Pierre Dubois (chez les anglo-saxons il y a briggs qui jamais n’a été traduite en français, et c’est un bien grand tord). La plupart des auteurs français s’inspirent de Pierre Dubois, parfois mot pour mot. P

    Pour écrire l’article des fées j’ai surtout utilisé ce livre : Michel Le Bris (dir.) et Claudine Glot (dir.), Fées, elfes, dragons & autres créatures des royaumes de féerie, Paris, Hoëbeke, novembre 2002, 226 p. (ISBN 2-84230-159-5), qui est l’un des travaux les plus « sérieux » que l’on puisse trouver, et qui contient à la fois des pages écrites par Claudine Glot, Michel le Bris, Claude Lecouteux, des universitaires, des journalistes, et puis des pages écrites par Pierre. Je pense (et j’en ai vu beaucoup des livres de féerie, vu que je chronique) que c’est l’un des meilleurs qu’on peut avoir. Avec La Grande Encyclopédie des fées, que j’ai surtout utilisée pour avoir de jolies phrases.

    Sur le cheval Bayard j’ai, à l’inverse, travaillé surtout à partir de sources anciennes car il n’y a quasi rien eu de nouveau entre les années 1950 (les travaux de Dontenville), et Hervé Gourdet, qui remet cette légende au goût du jour !

    Pour de nouvelles légendes, il y a mon site aussi. J’écris beaucoup sur le cheval.

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Merci pour ces sources ! Je ne connaissais pas du tout cette « bible » des Fées, elfes, dragons et autres créatures… Un nouveau livre à ajouter à ma future collection 🙂
      Pierre Dubois est un incontournable, évidemment, et j’ai eu de la chance de recevoir sa grande encyclopédie des fées à Noël.
      J’aime bien mélanger les sources, pour obtenir différents points de vue, parfois différentes légendes, c’est toujours enrichissant.
      Mais comme je « débute » dans les recherches « sérieuses », forcément, je m’attaque à une montagne. Pas grave, je suis patiente 🙂
      J’ai vu les différents articles consacrés aux chevaux sur Fabyrinthe. Si tu as un site à toi, je serais heureuse de le visiter !

      Concernant les sources, c’est une éthique professionnel (en réel, je fais de la communication web), alors c’est naturel de citer d’où viennent mes nouvelles connaissances, surtout quand c’est un aussi bon site que Fabyrinthe.

  4. Amélie Tsaag Valren

    Voilà qui me fait plaisir itou. J’ai aussi rédigé l’article des fées qui avait été annoncé sur le Peuple féerique, écrit grâce à la relecture de Claudine Glot, et doublement primé en septembre 2010. Petite nouvelle en avant-première : je viens de m’inscrire au concours de septembre 2011, où je vais travailler l’article des lutins, mon compère Prosopee ayant prévu de travailler, lui, sur les dragons. C’est là : http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Wikiconcours/septembre_2011/%C3%89quipes/%C3%89quipe_7

    1. Gwenn Auteur de l'article

      J’ignorais complètement qu’il y avait un concours sur Wikipédia ! 🙂 Faudrait que je me penche un peu plus sur la communauté Wikipédia, je suis certaine de trouver des tas de choses intéressantes… Je serai curieuse de voir tout le travail de documentation qui permet d’aboutir à un article comme « fée » ou « Bayard, le cheval-fée ».
      Claudine Glot figure plusieurs fois dans ma liste de livres à lire, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de sérieusement me construire une bibliothèque (c’est aussi en partie pour ça que ce blog ralentit un peu).
      En tout cas, lutins et dragons, voilà de beaux articles en perspective ! Ne t’étonnes pas s’ils se retrouvent ici ! 🙂

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Mais de rien ! C’est un très bon article qui m’intéresse, donc je partage 🙂
      Je suis ravie de mettre un nom sur cet article, plutôt que le générique Fabyrinthe !

  5. herve gourdet

    Bravo pour l’article et le site. Ca fait plaisir de voir que petit à petit, cette histoire, cette belle grande épopée européenne commence à revoir le jour… il était temps. immense merci pour la faire partager 😉

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Mais de rien ! 😉 C’est justement pour ce genre d’épopées que j’ai créé ce blog ! Alors si vous en connaissez d’autres à (re)faire découvrir, je suis toute ouïe (ou toute yeux 🙂 )
      Merci pour votre passage !

  6. Drenagoram Auteur de l'article

    Et de Quatre en Chemins ,
    Se retrouvent Fuir la Troupe ,
    Le Bon Roi en Vilain ,
    Veut la Tête et la Croupe ,
    A cheval en Principes ,
    Mais Content de son Sort ,
    Il veut pendre par les Tripes ,
    Intérieur en Son Fort ,
    Mais Bayard n’en à Cure ,
    Plus d’une Fois par son Hors ,
    Se révèle être d’Effets ,
    Une Tout autre Nature ,
    Un Esprit Equidé ,
    Digne Héraut d’Aventures.
    NéO~
    belle Soirée Dame Gwenn 🙂

        1. Gwenn Auteur de l'article

          Oui, je l’avais remarqué, cette fois 🙂 Ce n’est pas pour ça que j’ai choisi d’en parler, mais je ferais peut-être bien de me mettre à la symbolique de ce nombre. 😀

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