Litha, la nostalgie du solstice d'été

Hier, c’était mon anniversaire.

J’ai beaucoup de chance : je suis née au solstice d’été. Enfin, selon les années… Pas cette année apparemment, puisque le solstice solaire a lieu aujourd’hui.

Cependant, le symbole est quand même là, et j’aurai tort, alors que je vous ai parlé des autres grandes fêtes majeures du calendrier celtique, de ne pas vous parler du solstice d’été, que certains appellent Litha.

En fait, ce nom est surtout adopté par les néo-païens, d’après un livre de Bède le vénérable, De Temporum Ratione, qui explique le fonctionnement de l’année chez les anglo-saxons ayant hérité des coutumes celtes.

Litha, donc, serait une période propice au pouvoir. Comme à chaque grande fête, mais plus particulièrement Samhain, Yule et Beltane, le voile entre les mondes est très fin, et c’est l’occasion de rencontrer (plus ou moins heureusement) le Petit Peuple qui sort de ses retraites de l’Autre Monde.

Comme ces fêtes, c’est une fête de magie et de pouvoir, dédiée à la générosité de la Terre. On célèbre l’amour, la guérison et la protection. Les récoltes sont imminentes, les fruits sont déjà dans les arbres, et les paysans peuvent déjà annoncer si l’année sera prospère ou non.

Avec toutes ces certitudes, Litha est emprunte d’une forme de nostalgie : alors qu’on a vu les jours s’allonger chaque fois un peu plus depuis six mois, on a intimement conscience que désormais, ils se raccourciront. La course de l’année est au sommet de sa gloire, et comme toute roue, doit à présent irrésistiblement redescendre. Peut-être est-ce pour ça que Litha est une des grandes fêtes les moins connues aujourd’hui.

Néanmoins, c’est l’occasion de faire une pause, entre les semences et la récolte, et on aurait tort de ne pas en profiter. Le mois entourant le solstice était propice aux mariages (on retrouve la notion d’amour et de protection). Certains vont même jusqu’à étendre cette symbolique à la lune de miel : en effet, ce nectar est principalement récolté à cette période de l’année, et il était de coutume d’en faire manger les fiancés (ou leur faire boire de l’hydromel) pendant le mois précédent leurs noces. Cela devait accroître leur fertilité et leur permettre de donner naissance, peu après Imbolc (tout un symbole, de nouveau), à un enfant beau et fort.

Traditionnellement, donc, la lune de miel n’est pas la joyeuse période des ébats des tourtereaux tout juste mariés, mais celle précédant leur union et devant apporter la fertilité dans leur foyer.

Aujourd’hui, on retrouve un peu du solstice d’été et de ses célébrations dans les feux de la Saint Jean, fête chrétienne qui est directement l’héritière de la fête du solstice.

Cependant, les celtes ne sont pas une civilisation au culte solaire prononcé (pour preuve, le début de l’année commence à Samhain, et non à Yule ou à Litha), et les cérémonies et la symbolique du solstice d’été se sont perdues dans les âges de manière bien plus importantes que d’autres fêtes de l’année.

Même les plus grands sites celtiques ne peuvent faire l’objet que de spéculations. Stonehenge est le premier concerné. Cet ensemble fascinant de pierres debout est aligné sur les solstices et sur les équinoxes, en faisant un monument unique en son genre. Son axe central, lui, est aligné sur le solstice d’été. Cependant, les chercheurs en tout genre (historiens, anthropologues, archéoastrologues…) sont bien en peine de donner une signification à ce site : lieu de culte ? lieu d’observation ? les deux ? Contrairement à Newgrange dont la symbolique autour du solstice d’hiver est somme toute assez claire par rapport à ce qu’on connait des Celtes, Stonehenge garde tout son mystère.

Stonehenge dans l’axe du solstice d’été (gravure, 18è siècle)

C’est sans doute pour cela qu’il rassemble chaque année lors du solstice des milliers de néo-païens et autres amoureux de la culture celte et des cultures anciennes.

Le solstice d’été garde tous ses mystères…

D’ailleurs, si vous avez des connaissances qui viennent compléter mes maigres sources, je serais ravie !

Sources :

Le Livre des Symboles Celtes, de Joules Taylor, ed. Contre-Dires

3 reflexions sur “Litha, la nostalgie du solstice d'été

  1. ObïOxOïdO

    Bonsoir, Gwen,

    J’ai bien apprécié votre article mais ce que j’aime surtout c’est votre envie de parler de mythes, de légendes et de magie. Cela donne l’impression d’une personne qui découvre en même temps ce qu’elle délivre au lecteur d’autant plus que vous concluez ainsi: « D’ailleurs, si vous avez des connaissances qui viennent compléter mes maigres sources, je serais ravie ! »

    Alors, je me dis que vous allez paut-être apprécier cet extrait :

    « Les solennités caractéristiques de la veille de la Saint-Jean, sont les feux de la Mi-été. On les allume en France, en Suisse, dans la catholique Irlande, et dans quelques-unes des îles écossaises de l’ouest encore asservies à la papauté. On les allume dans toutes les terres des partisans de Rome, et on promène dans leurs champs de blé des torches enflammées. Voici comment Bell dans ses Tableaux du dehors, décrit les feux de Saint-Jean de Bretagne en France : « Chaque fête est marquée par des traits qui lui sont particuliers. Celle de Saint-Jean est peut-être après tout la plus étonnante. Pendant le jour, les enfants quêtent des souscriptions pour allumer les feux de Monsieur Saint-Jean. Vers le soir, un feu est d’abord suivi d’un autre, puis de deux, de trois, de quatre ; alors un millier de feux s’élancent, du sommet des collines, jusqu’à ce qu’enfin tout le pays apparaît enflammé. Parfois, les prêtres allument le premier feu sur la place du marché ; quelquefois il est allumé par un ange, qu’on fait descendre par un mécanisme du haut de l’église avec un flambeau à la main : il met le feu au bûcher, et disparaît ensuite. Les jeunes gens dansent autour de la flamme avec une rapidité vertigineuse ; car ils disent que si l’on danse autour de neuf de ces feux avant minuit on se mariera l’année suivante. On place des sièges auprès des feux pour les morts dont les âmes dit-on, doivent venir se donner la triste satisfaction d’écouter encore une fois leurs chants nationaux et contempler les joyeux ébats de la jeunesse. On conserve des fragments de ces torches comme talismans préservatifs du tonnerre et des maladies nerveuses ; et la couronne de fleurs qui surmonte le principal feu est tellement convoitée, qu’on se la dispute bruyamment (4). » Voilà comment on célèbre la fête en France.

    Passons maintenant en Irlande. « Le jour de cette grande fête des paysans irlandais… »

    La suite est au lien suivant: http://godieu.com/doc/babylones/index_cadre.html

    J’ai découvert un peu par hasard (tout comme votre blog d’ailleurs) un livre qui s’intitule « Les deux Babylones » de Alexander Hislop. J’aime y aller butiner de temps à autre.

    Peut-être en ferez-vous autant?

    Amicalement.

    1. Gwenn Auteur de l'article

      En effet, je découvre beaucoup de choses presque en même temps que vous, que ce soit parce que le sujet m’avait attirée et je profite de mes recherches pour en parler sur ce blog, ou parce qu’une légende lue m’a plu et que je veux vous en faire part…
      C’est un chemin que je parcours avec vous. 🙂

      Merci pour cet extrait, c’est intéressant. J’évite d’habitude les ouvrages qui veulent « réinventer » les dogmes de la religion (chrétienne, juive ou musulmane), car ils oscillent souvent un peu trop entre théorie du complot (« L’Eglise vous a manipulé pendant deux mille ans ! ») et endoctrinement sectaire. Je vais jeter un coup d’œil à celui-là, pour voir ce qu’il en est. Peut-être qu’en y mettant de la distance, je pourrai y retrouver des choses intéressantes, même de mon point de vue perdu quelque part entre l’athéisme et le paganisme… 😉

      Amitiés à vous aussi

  2. Drenagoram Auteur de l'article

    Au Coeur de l’Une Litha est d’Hors ,
    Baigne les Corps d’une Onde de Mère ,
    Donne sa Lumière au Chant de Flore ,
    Quatrain d’Essence à Fleur des verts .
    La Course du Temps suspend son Vol ,
    C’est la Saison d’être en Chemins ,
    Depuis l’Aurore le Choeur d’Eole ,
    Trouve sa Voix loin de Samhain.
    La Roue dès lors entame son Cycle ,
    Déclinant Ronde en Chaque Matin ,
    Lentement la Source parle d’Eclipse ,
    D’un Frêle Echo dans le Lointain .
    Déjà au Loin s’en va l’Hier ,
    Parler de l’Hôte au Terme d’Accords.
    NéO~
    D’un Uni Vers , Deux Chercheurs d’Hors.
    Becs de Soltice

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