Les Douze Travaux d'Hercule – Partie 8 : Les Pommes des Hespérides

Pauvre Hercule. Toutes proportions gardées, plus ses tâches sont longues, plus je mets de temps à vous les raconter…

Pourtant, on en arrive presque à la fin de son épopée, avec la dernière des épreuves du Roi Eurysthée. Ce n’est cependant pas la fin de son aventure, et d’autres parties suivront encore.

Pour cette dernière épreuve, il est demandé à Hercule de se rendre dans le merveilleux jardin des Hespérides et d’en ramener trois pommes d’or.

Atlas et les Hespérides (John Singer Sargent, 1925)

Les différents auteurs que nous suivons depuis le début, et en premier lieu Diodore de Sicile et Apollodore, ne s’accordent pas du tout sur le déroulement de cette tâche. Autant sur les autres, on pouvait en retirer un fil conducteur commun, autant cette fois, ils le font partir dans deux directions complètement différentes.

Je vais donc essayer de vous raconter cette dernière tâche le plus précisément possible, mais ne m’en voulez pas si certains passages restent obscurs ou confus. Les anciennes fresques nous parviennent rarement intactes…

Ce qui s’est passé

Comme cela fait bien deux mois que je n’ai pas abordé l’histoire d’Hercule, je vais vous faire un rapide petit point avant de reprendre le fil de ses aventures :

Hercule est l’un des nombreux bâtards de Zeus, sans doute le dernier, car le souverain des dieux aurait préféré ne pas être déçu par un nouvel enfant après avoir donné naissance à un tel héros. Si Zeus est très fier de son fils, Héra, sa femme, l’est beaucoup moins, et fait tout pour ruiner l’avenir de l’enfant. Après une tentative de meurtre, elle se décide, alors qu’il est marié et a deux enfants, de lui donner une crise de folie qui lui fera tuer toute sa petite famille.

Pour expier ses fautes et pouvoir prétendre au statut de dieu malgré son crime, Hercule accepte de se soumettre à dix épreuves qui lui seront données par le roi Eurysthée. La nature du châtiment en elle-même est une épreuve pour le fier héros, mais il s’y soumet avec plus ou moins de bonne volonté. (Vous retrouverez les détails dans la première partie de cette série).

Hercule commence donc ses fameux travaux : le lion de Némée, l’Hydre de Lerne, le sanglier d’Erymanthe (partie 2), la biche aux cornes d’or, les oiseaux du lac Stymphale (partie 3), les écuries d’Augias, le taureau de Crète (partie 4), les juments de Diomède, la ceinture d’Hippolyté (partie 5) et enfin le troupeau de Geryon (partie 6) forment l’ensemble de ces travaux. En chemin, Hercule rencontre d’autres héros (Thésée, Prométhée…), des dieux (Apollon, Artémis…), des êtres légendaires (les centaures, les Amazones, l’hydre, la biche aux cornes d’or…). Mais Eurysthée ne valide pas deux de ces épreuves : l’Hydre de Lerne parce que notre héros s’est fait aider de son neveu, et les écuries d’Augias parce qu’il avait demandé paiement, ce qui était formellement interdit. Le roi décide donc d’ajouter deux épreuves.

Nous voilà ainsi avec les douze travaux que nous connaissons aujourd’hui. La dernière fois, nous avions parlé de Cerbère, le gardien des enfers, et cette fois, nous allons aborder la toute dernière épreuve d’Hercule, qu’il entreprend presque dix ans après le début de ses travaux : les pommes du jardin des Hespérides.

Les brebis des Hespérides

Qu’est-ce que ce fameux jardin des Hespérides ? Là commencent les divergences entre les récits. Nous allons commencer par la version de Diodore de Sicile, qui est toute une histoire en soi :

En Libye, dans un pays nommé Hespéretis, vivaient deux frères : Hespérus et Atlas. Tous les deux possédaient de merveilleux troupeaux de brebis, qui faisaient la renommée de la région. Les poètes appelant les brebis des pommes (d’après Diodore), et l’or étant la couleur du beau, on connaissait ces troupeaux sous le nom de pommes d’or. Point de fruits donc, mais des jolies brebis bêlantes. Hespérus eut une fille, Hespéris, qu’il donna en mariage à son frère Atlas. C’est d’elle que vient le nom du pays. Le couple eut sept filles, appellées Atlantides du nom de leur père et Hespérides du nom de leur mère. Elles étaient d’une grande beauté et d’une grande sagesse, et attirèrent la convoitise de nombreux seigneurs, dont le roi d’Egypte.

Or, rappelez-vous, Hercule, lors de son voyage autour de la Méditerranée pour trouver le troupeau de Geryon, avait pacifié plus ou moins militairement la partie sud de notre mer intérieure. Entre autres, il tua le roi d’Egypte, Busiris. Cependant, notre infatigable héros ne rattrapa les pirates que le roi avait envoyés qu’après qu’ils eurent capturé les charmantes demoiselles, au moment où lui-même se rendait au jardin des Hespérides, se demandant sans doute comment il allait pouvoir en soutirer trois pommes. Il ramena les jeunes filles saines et sauves à Atlas, ce qui facilita grandement sa dernière épreuve : Atlas lui donna volontiers en guise de remerciement les trois pommes demandées (ou brebis, comme vous le souhaitez), mais en plus il lui apprit l’astronomie. Diodore de Sicile, de ce fait, s’attarde beaucoup plus sur l’histoire des Hespérides que sur l’épreuve.

Hercule combat Busiris (amphore à figures noires, Vè s. avt JC)

Mais vous allez me dire : mais il est où, Atlas portant le monde sur ses épaules ? Nous y arrivons : c’est la version racontée par Apollodore.

Un cadeau divin

Selon Apollodore, le jardin des Hespérides se trouvait « non comme certains l’ont dit, en Libye » (y voir une référence à Diodore) mais bien au mont Atlas, chez les Hyperboréens. Les Hyperboréens ne se trouvent pas au Maroc, comme ce mont Atlas pourrait le laisser penser, mais… dans le Caucase. Et point de brebis ici, mais un cadeau de noces, de la part de Gaia (la Terre, Mère de tous les dieux) à Zeus et Héra. Le précieux jardin était gardé par un dragon immortel possédant cent cous, et sachant parler « avec les voix les plus variées et sur tous les tons« . On y trouvait aussi quatre nymphes des Hespérides, qui complétaient cette garde.

En route vers le jardin, Hercule délivra Prométhée (j’avais déjà parlé de cette libération dans la partie 4, mais Apollodore la place ici, et il a une bonne raison : ) celui-ci le prévint qu’il ne devait pas cueillir les pommes lui-même, mais qu’il devait soulager un temps Atlas du ciel qu’il portait sur ses épaules par châtiment divin, et le laisser cueillir les pommes.

Hercule parvint donc au pays des Hyperboréens et trouva Atlas au sommet de sa montagne, courbé sous le poids du ciel. Il le convainquit de lui laisser sa charge, le temps pour le géant d’entrer dans le jardin et d’en ramener les pommes. Mais lorsque Atlas revint, il refusa de lui donner les pommes, trop heureux d’être déchargé de son fardeau. Hercule rusa, et demanda alors au géant de porter le ciel une dernière fois, le temps qu’il enroule un bandeau autour de sa tête pour faciliter sa tâche. Naïvement, Atlas accepta, et Hercule s’enfuit avec les pommes d’or.

Atlas remet à Hercule les pommes d’or (détails d’une fresque, temple de Zeus à Olympie, Vè s. avt JC)

Apollodore mentionne que certains racontent qu’Hercule n’aurait rien demandé à Atlas, mais serait entré lui-même dans le jardin et aurait tué l’immortel dragon avant de cueillir les pommes.

Toujours est-il qu’Hercule revint triomphant à Mycènes, capitale du royaume d’Eurysthée, certain cette fois d’en avoir fini avec ces travaux. Il rendit ensuite les pommes à Athéna, qui les rapporta aux Hespérides, puisqu’elles n’auraient jamais du en sortir.

La fin des travaux, mais pas de l’histoire

En effet, ainsi se termine la partie principale des aventures d’Hercule, puisque le voilà libéré de ce qui a fait sa célébrité à travers les temps : les Douze Travaux. Cependant, son but premier (devenir un dieu aux côtés de son père) n’est pas encore atteint, et il nous reste donc encore quelques chapitres à parcourir ensemble.

En attendant, laissons-le savourer ce moment de grâce, les épreuves qui l’attendent sont sans doute plus dures encore que tout ce qu’a bien pu inventer Eurysthée pour le mettre à l’épreuve.

Navigation<< Les Douze Travaux d'Hercule – Partie 7 : La descente aux EnfersLes Douze Travaux d'Hercule – Partie 9 : Tout est bien qui finit bien ? >>

Laisser un commentaire