Farinet, le Robin des Bois suisse

Ce n’est pas très ancien (fin des années 1800), mais j’ai découvert cette histoire lors d’un week end dans le Valais, un des cantons suisses francophones encaissé entre les Alpes, avec le contraste entre de très hauts sommets et la vallée du Rhône qui s’y écoule jusqu’à atteindre le canton de Vaud et le lac Léman.

En passant entre Martigny et Sion, un ami suisse avec qui j’avais passé le week-end me montre une étroite passerelle tendue dans le vide entre deux pans de montagne, et me dit : « C’est la passerelle de Farinet. C’était un faux-monnayeur, le Robin des Bois valaisan. »

Il n’en fallait pas plus pour m’intéresser. Et partager avec vous mes découvertes ;). Peut-être qu’une autre fois, je vous raconterai la véritable histoire de Robin des Bois 🙂

Fausse monnaie par Farinet (coins de 20 centimes de Francs suisses)

L’Histoire

Oui, avec un grand H, car c’est ce qui s’est vraiment passé. Ce n’est pas très reluisant, mais je commence par là avant d’aborder les aspects plus… légendaires.

Joseph-Samuel Farinet est né en 1845 dans la vallée d’Aoste, qui faisait alors partie des Etats de Savoie. Il est forgeron, et pour se tirer de sa misère, décide de fabriquer de la fausse monnaie. Pour des raisons pratiques, il fabriquera essentiellement des pièces de 20 centimes de franc (des coins, qui auraient aujourd’hui une valeur d’un euro cinquante environ), car elles sont très dures, et peuvent facilement faire l’objet d’un moulage pour la reproduction. Il est tout d’abord condamné pour un vol par contumace, puis poursuivi pour ses faits de fausse monnaie.

Bel homme et beau parleur, il obtient sans trop de peine la protection des villages qu’il traverse. Il est traqué par les polices italiennes, suisses et françaises, est arrêté plusieurs fois mais s’évade tout autant, et on finit par retrouver en 1880 son corps dans le Valais, près de Saillon où il avait trouvé refuge. Vous faites un rapide calcul : il avait 35 ans.

 

La légende

La légende a été créée principalement par la presse de l’époque et par l’émoi provoqué par sa traque. Les romanciers, poètes et chanteurs ont pris la suite, pour faire de ce faux-monnayeur un Robin des Bois suisse.

Aujourd’hui, il n’est pas rare d’entendre en effet parler de Farinet comme d’un pauvre ayant voulu aider les pauvres, injustement traqué par les autorités en place. Il aurait fabriqué pour plus d’1,5 millions d’euros de pièces, qu’il aurait pour la plupart distribuées aux pauvres dans le besoin. En effet, ses pièces parfaitement moulées (puisque faites à partir de véritables pièces) faisaient très bien illusion.

Ainsi, lorsqu’il est traqué par les forces de l’ordre de trois pays différents, la presse n’hésite pas à prendre son parti, et la population a suivi. L’opinion favorable dont il bénéficiait aurait grandement énervé les différents pouvoirs en place, ce qui n’aurait fait qu’accentuer sa traque. Les circonstances mystérieuses de sa mort (une simple chute ? une balle d’un policier ? ) ne font qu’ajouter à sa réputation.

En 1932, Charles Ferdinand Ramuz écrit Farinet ou la Fausse Monnaie, un roman qui prend le parti de raconter que ce Valaisan n’avait rien d’un faux-monnayeur, mais était un authentique vrai-monnayeur, puisqu’il disposait d’un filon d’or qui lui permettait de fabriquer des pièces de meilleure valeur que les pièces officielles, et donc plus recherchées par la population. La Banque Cantonale du Valais vient de s’effondrer, et il ne fait que reprendre, à son compte certes, la production de la monnaie nécessaire au fonctionnement de la vie quotidienne du canton.

Cette version, somme toute assez proche de celle relatée dans les informations d’alors, fera référence, et dès lors, Farinet est le Robin des Bois au grand cœur du Valais.

Pour en rajouter au mythe, 100 ans après sa mort, Jean-Louis Barrault (qui a joué Farinet en 1938 dans Farinet ou l’Or dans la montagne), Gilbert Bécaud, Léo Ferré et Pascal Thurre fondent ensemble, presque sur un coup de tête, les Amis de Farinet. Ils plantent une vigne, fondent l’association sans aucun statut juridique, et déclarent que chacun est libre d’y entrer, tant qu’on n’y recherche ni « parcelle de gloire ni centime rouge ». L’association existe toujours aujourd’hui et continue de répandre l’image d’un homme épris de liberté et de partage. De nombreuses personnalités ont participé à l’entretien de la vigne, qui appartient aujourd’hui au Dalaï Lama, après que l’Abbé Pierre lui l’a transmise il y a quelques années.

Farinet incarné par Jean Louis Barrault en 1938

Bref, la légende du Robin des Bois valaisan n’est pas prête de s’éteindre, quoi qu’en pensent certains historiens adeptes de faits plus probants.

Sources

Joseph Samuel Farinet sur Wikipédia

Farinet, sur Notre Histoire, site historique suisse

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