Dans un Monde ou l'Autre / Le Monde du Petit Peuple / Les Lutins

Le Feloutot amoureux

Je feuilletais un livre de légendes que j’ai eu récemment, et je suis tombée sur cette petite histoire. Je l’ai trouvée charmante à sa manière, bien que redoutable. Comme souvent, la morale est qu’il ne faut jamais se jouer d’une créature du Petit Peuple, aussi agréable semble-t-elle être.

 

La gentille Catherine, qui travaillait dans une ferme de Saint Hippolyte, dans le Doubs, avait à son service un lutin, que l’on appelait dans la région le Feloutot, sorte de feu follet qui faisait office de valet. Il l’aidait à rentrer les moissons, à traire les vaches et à tresser les crins des chevaux. Le soir, il plaçait les bûches dans l’âtre, allumait le feu et faisait bouillir la soupe. Le dimanche, tandis qu’elle allait à la messe ou bien au bal, il faisait le ménage, frottait l’argenterie et disposait des fleurs coupées dans des vases. Bref, le Feloutot était si serviable que Catherine ne pouvait plus s’en passer. De plus, il était si mignon et si brillant qu’elle passait des heures à lui dire :

« Follet, mon petit follet, mon Feloutot, que puis-je faire pour te montrer ma reconnaissance pour tant de bons offices que tu me rends jour et nuit ? C’est par toi que je brille, sans toi je ne serais plus rien.

- Être toujours chéri de toi, Catherine, ma bonne Catherine, voilà ma plus douce récompense.

- C’est grâce à toi que je suis sage, reprenait la candide jeune fille. Sans toi, je serais sans doute comme tant d’autres !

- Et moi, répliqua le Feloutot, moi qui suis le plus inoffensif des êtres, sans toi je deviendrais le plus méchant.

- Follet, follet, Feloutot, qu’arriverait-il si j’allais être amoureuse et songer au mariage ?

- Prends bien garde, Catherine ! Ma vengeance serait terrible ! Tu l’as dit tout à l’heure : c’est par moi que tu brilles, sans moi tu ne serais plus rien ! »

Mais bientôt, Catherine rencontra un jeune homme de la ville qui demanda sa main. Tout à son bonheur, elle ne songeait plus aux menaces du lutin. Mais ce dernier n’avait rien oublié et décida de laver l’affront qu’il avait subi.

Un jour que le fiancé de Catherine venait lui rendre visite à une heure très matinale, il vit un jeune homme descendre par la fenêtre de la chambre de sa promise au moyen d’une corde après avoir lancé :

« A ce soir, Catherine ! »

Se croyant trahi, le fiancé entra dans la ferme et réveilla Catherine qui dormait d’un profond sommeil.

« Qui est ce garçon qui est sorti de ta chambre par la fenêtre ? Aurais-je donc un rival ? »

La pauvre Catherine ouvrit de grands yeux et nia toute l’histoire.

« De plus, tu es menteuse ! Heureusement que je m’en aperçois avant le mariage ! Je ne désire pas épouser une femme de mauvaise vie, sache-le, Catherine ! »

Et sur ces paroles, le fiancé dépité quitta tout à la fois la ferme et la vie de Catherine, qui se mit à pleurer de chaudes larmes.

Le rival supposé, on l’aura compris, n’était autre que le Feloutot qui avait changé d’apparence, comme il en avait le pouvoir. Il s’était vengé, comme il l’avait promis, mais comme il s’estimait trahi lui aussi, il ne se montra plus jamais à Catherine, qui dut désormais s’acquitter toute seule de tous les labeurs de la ferme.

Source :

D’après Désiré Monnier et Vingtrinier, Croyances et traditions populaires recueillies dans la Franche-Comté, in La France enchantée d’Edouard Brasey, ed. La Martinière, 2011

9 commentaires

  1. Bonsoir Gwenn ,

    Voilà un Conte tout à Morale ,
    Chacun à l’Hors étant Perdant ,
    Adieu l’Ambiance , au Loin le Bal ,
    Parole Donnée paye non Content :(
    ~
    Un Feloutot sans sa Catherine ,
    Garde en son Coeur des Bleus de Peine ,
    La Belle Catherine sans Amoureux ,
    N’est plus que l’Ombre d’elle Même
    Bel Amoureux sans sa Divine
    Va Tenter l’Autre tout en Bohéme ,
    ~
    Il manque sûrement une Petite Strophe ,
    Du genre ils eurent Nombreux Enfants ,
    Sinon je crains la Catastrophe ,
    En le Lisant avant le Couchant.
    ~
    NéO~

    Becs en Lignes ;)

    • C’est sûr qu’il pourrait mieux se terminer. Mais il y a beaucoup de légendes et contes qui ne se terminent pas forcément bien. Et je trouve ça personnellement pas plus mal : Quelle leçon tirerions-nous de ces histoires, si elles se finissaient toutes bien ?
      Et puis, qui dit que Catherine n’a pas fini par trouver son bel amant ?
      Quant au premier fiancé, à la quitter sans même lui laisser le temps d’une explication, peut-être ne la méritait-il pas…
      Le plus malheureux de tous doit être le Feloutot, avec sa terrible vengeance, et son absence de deuxième chance. Peut-être faut-il en retenir qu’il faut apprendre à pardonner ? ;)

  2. J’aime cette histoire =D Ma mère me la racontait quand j’étais petite…oui j’habite à Saint-hippolyte ! ^^

    • Ravie que ce conte te rappelle des souvenirs ! C’est bien que les légendes soient encore transmises de génération en génération, je suppose que rien ne vaut la version orale. Sans doute as-tu connu une version légèrement différente de cette histoire, non ?

  3. Tiens, on m’a recemment offert un livre où cette histoire est présente…

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