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Les Douze Travaux d’Hercule – Partie 9 : Tout est bien qui finit bien ?

On l’a vu ensemble dans notre dernier chapitre, Hercule a enfin terminé ses travaux. De dix, ils étaient devenus douze après l’invalidation de deux épreuves, mais notre héros en est venu à bout. Il a passé une dizaine d’années sur ces tâches, et il espère enfin pouvoir en être récompensé : sa seule préoccupation est désormais de savoir quand il sera élevé aux rangs des dieux.

Cependant, Hercule ne serait pas tout à fait Hercule si, le long de cette dernière étape importante, il n’y avait pas d’autres rencontres, d’autres épreuves… Tant que cet épilogue n’en est pas tout à fait un, et que je vous livre aujourd’hui non pas le dernier, mais l’avant-dernier chapitre de cette grande épopée.

On découvrira notamment qu’Hercule est victime soit d’une extraordinaire malchance, soit de son (très) mauvais tempérament, et que le prix à payer se comptera cette fois non en années de service (quoique), mais en humiliations plus ou moins prononcées.

Hercule et Omphale, huile sur toile de François Lemoyne, 1724

Pour la première fois depuis plusieurs chapitres, la narration sera assez simple, puisque les deux grands historiens que je suis depuis le début, Apollodore et Diodore de Sicile, sont relativement d’accord sur les faits.

La Sicile

Vous vous souvenez ? Dans le tout premier chapitre, je racontais qu’Hercule, alors tout jeune homme, avait eu  cinquante fils de cinquante femmes, suite à l’indécision du père de ces dernières quant à celle qui devait épouser le héros. J’avais alors rapidement raconté que ces cinquante fils, les Thespiades, allaient coloniser la Sicile.

C’est juste après la fin des douze travaux qu’Hercule décida de les envoyer en Sicile, suite aux conseils d’un oracle. Ces fils étant encore très jeunes, Hercule les confia à son neveu Iolaüs, celui qui l’avait aidé lors du travail de l’Hydre de Lerne. Pour faire bonne mesure, Hercule lui donna aussi sa femme, Mégara. Apollodore reste pudique et explique simplement que notre héros souhaitait se remarier, mais Diodore de Sicile va plus loin en racontant qu’Hercule soupçonnait Mégara de ne pas être tout à fait étrangère au destin malheureux de ses fils, et qu’il espérait qu’une autre femme lui permettrait d’avoir d’autres enfants, dont il puisse profiter.

Toujours est-il que Iolaüs, accompagné des jeunes fils et de la femme d’Hercule devenue sienne, se rendit en Sicile pour y accomplir l’oracle entendu par son oncle. Sur les cinquante fils, deux restèrent à Thèbes, la ville de leur père, et y jouirent, ainsi que leur descendance, d’une heureuse réputation. Sept autres restèrent sur les terres de leur grand père maternel, et eurent un futur tout aussi heureux.

Les quarante-et-un derniers, sous la gouverne du sage Iolaüs, s’installèrent en Sicile. La jeune colonie décida de civiliser l’île et les populations, et réussirent sans trop de peine à s’installer à la tête du pouvoir. Iolaüs y fit venir l’architecte Dédale, et ensemble, ils bâtirent gymnases et tribunaux. Iolaüs jouit d’une si belle réputation qu’il fut rapidement élevé par la population au rang de dieu protecteur, et Diodore, natif comme son nom l’indique de Sicile, précise que les rites lui rendant hommage avaient toujours lieu à son époque.

Le concours

Hercule, satisfait après avoir accompli ses douze travaux, obéi à l’oracle et s’être séparé de Mégara, s’embarqua pendant un temps avec les Argonautes (dont j’espère avoir la chance de raconter l’épopée plus tard). Cependant, il ne resta pas tranquille bien longtemps, puisqu’il entendit rapidement parler d’un concours d’archerie, organisé par le roi d’Oechalie, Eurytus. Le grand gagnant du concours ne remporterait pas moins que la main de la princesse Iole, la fille du roi. Il n’en fallait pas plus pour convaincre un Hercule célèbre mais célibataire de participer.

Maître dans toutes les armes, il remporta sans difficulté ce concours. Eurytus, néanmoins, finit par reconnaître en ce valeureux champion le demi-dieu qui avait tué ses fils sous un coup de folie et qui s’était séparé de sa femme sans remord apparent. En accord avec ses fils, il décida donc d’annuler la victoire, et refusa catégoriquement de donner la main de sa fille à Hercule. Seul l’aîné, Iphitos, fervent admirateur d’Hercule, soutint ce dernier en arguant qu’il avait gagné honnêtement et qu’il venait passer de longues années à expier sa faute. Sans succès. Hercule dut quitter la ville, sans s’être vu reconnaître sa victoire.

Hercule, Iole et Iphitos (©Musée du Louvre)

Etrange concours de circonstance ? La nuit suivante, des bœufs  parmi les plus chers du roi disparurent. Aussitôt, les soupçons se portèrent sur Hercule, si prompt à se venger. C’est l’un des rares points sur lesquels divergent Apollodore et Diodore de Sicile.

Apollodore raconte qu’Hercule n’était point coupable de ce crime, commis par un autre roi. Iphitos fut le seul à en être convaincu et rejoignit le héros pour l’aider à retrouver les bêtes volées. Hercule lui garantit une excellente hospitalité. Cependant, il fut pris d’un nouvel accès de démence, et précipita du haut des murs de Tirynthe le jeune prince.

Diodore de Sicile, lui, explique qu’Hercule était bel et bien coupable du forfait. Iphitos, bien que conscient de son crime, décida d’agir en médiateur  et alla retrouver Hercule pour lui demander de rendre les bêtes. Hercule l’emmena en haut d’une tour et lui demanda s’il voyait les précieux boeufs paître alentours. Le prince ne vit pas le bétail de son père, et répondit que non. Le demi-dieu lui reprocha alors de l’avoir accusé injustement de vol, et en « représailles », le jeta du haut de la tour.

Tous les deux sont néanmoins plus ou moins d’accord sur la suite : ce nouveau crime injustifié rendit Hercule littéralement malade. Il se rendit chez le roi Nélée de Pyros pour se purifier, mais celui-ci s’y refusa, car c’était un ami du roi d’Oechalie. Hercule alla alors chez Deiphobe, le fils d’Hyppolité, qui accepta de le purifier, mais ce ne fut pas suffisant pour guérir Hercule. En désespoir de cause, le héros se rendit à Delphes pour entendre les conseils de la Pythie. Celle-ci refusa de lui répondre. Hercule s’emporta et commença à détruire le temple, tant et si bien qu’Apollon lui-même décida de s’en mêler. Le combat entre les deux hommes fut si violent que Zeus en personne dut intervenir, et jeta un éclair entre les deux adversaires. Il annonça alors à Hercule le prix de son crime : s’il voulait guérir, il devait se laisser vendre comme esclave pour une durée de trois ans et reverser le prix de la vente au roi Eurytos.

Esclave

Hercule n’avait plus le choix. Il suivit Hermès qui le vendit sur un marché aux esclaves en Asie Mineure. On dit qu’Eurytos refusa l’argent de la vente, trop éprouvé par la perte de son plus valeureux fils. Hercule, lui, fut acheté par Omphale, reine de Libye. Si vous suivez ce blog depuis longtemps, vous avez déjà entendu parler d’elle, puisque je vous ai raconté une de leurs « escapades » en péninsule italique lors des Lupercales romaines.

Hercule et Omphale, Bartholomeus Spranger, vers 1600

En effet, les trois années d’esclavage d’Hercule ne seront pas de tout repos pour notre héros. Il purifiera le royaume de sa maîtresse des différents brigands, notamment les Cercopes, qui terrifiaient la région. Il tua également Sylée, qui avait pour mauvaise habitude de retenir tous les étrangers qui croisaient son chemin en les faisant travailler dans ses vignes. Pour faire bonne mesure, Hercule brûla ses vignes jusqu’à leurs racines. Il reconquit également une partie du royaume de la reine, qui s’était laissée envahir par les Itons. Pour le remercier, elle lui accorda ses faveurs, non sans l’avoir libéré, et ils eurent un enfant, Lamus. La vertu d’Hercule reste somme toute discutable, puisqu’entre temps, il eut un autre enfant, Cléolaüs, d’une esclave cette fois.

Une fois ses trois années de service terminées, Hercule quitta sans trop de regret la belle Omphale et retourna en Grèce, impatient d’enfin accomplir sa vengeance contre Augias et Laomédon. Que nous découvrirons dans le dernier chapitre de cette aventure…

6 commentaires

  1. Merci Gwenn l’ Eclair Âge , de la Lumière en Nombre ,
    Hercule a sa part d’Ombres , au Gré de Mille Voyages ,
    Homme Libre en Esclavage , Par Foi sa Folie Sombre ,
    Un Tableau sous Décombres , Nul Demi Dieu naît Sage :(
    ~
    NéO~
    ~
    Becs en Arbre de Vie

    • En effet, mais les dieux grecs ne brillent pas par leur sagesse… Arès le violent, Héra la jalouse, Apollon le narcissique, chaque dieu a ses qualités, mais aussi et surtout ses défauts… Ils ont décidément bien besoin d’Athéna, déesse entre autres de la sagesse :)
      J’aime bien les dieux grecs pour leur « humanité », et Hercule, fils de Zeus, héros acclamé des foules, et pourtant colérique, violent et vengeur, illustre bien à mes yeux ce principe, même si je n’aime pas beaucoup ce personnage.

  2. Merci de nouveau pour cet article très éclairant. Je ne connaissais que la version vulgarisée du mythe. Cela me donne envie de me plonger dans cette analyse !

    • La version vulgarisée ? Laquelle ? J’aime bien ces versions là, elles contiennent souvent des passages inédits, ajoutés au gré des romanciers et de leurs époques :)

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