Le Monde Arthurien

Sur la route du Roi Arthur, Jour 2 : Salisbury

Salisbury a été la deuxième étape de mon petit circuit dans le Sud-Ouest de l’Angleterre. On quitte le Hampshire pour entrer dans le Wiltshire, terre plus religieuse que royale (même si quelques rois ont aimé traîner leurs sceptres par là-bas).

Personnellement, je n’avais au début aucun intérêt particulier à visiter Salisbury, à part un, et de taille : Stonehenge. Je voulais voir Stonehenge depuis des années. Et encore plus depuis que j’ai été en Irlande et que j’ai visité Newgrange, son « équivalent » irlandais. Il était donc impossible pour moi de me rendre en Grande Bretagne sans passer par Stonehenge. Salisbury est  la ville de départ des bus qui desservent Stonehenge, et je devais donc passer par là pour arriver au point d’orgue de ma journée.

Et finalement, de fil en aiguille, en commençant 5 millénaires avant Jésus Christ (date de naissance de Stonehenge) et en remontant jusqu’à quasiment nos jours, j’ai fait une vraie traversée de l’Histoire d’Angleterre et du Royaume Uni, en passant par les Celtes, les Saxons, les Normands, la grande époque…

Et puisque je me sens d’humeur généreuse, je vous entraîne avec moi ! (clic sur les photos pour les voir en plus grand)

Stonehenge, côté Nord : on voit quasiment toute la structure : les trois cercles concentriques, la pierre d’autel au centre, les pierres bleues…

A mon arrivée à Salisbury (sous la pluie), j’avoue que je n’ai pas été charmée par la ville. La station de bus est en centre ville, mais isolée du très vieux quartier médiéval, au milieu de bâtiments de type après-guerre… Rien de bien époustouflant après la beauté de Winchester. J’ai manqué mon bus pour Stonehenge et j’en ai profité pour me promener à Salisbury et manger mon tout premier cupcake :) .

L’hyper-centre de la ville est très joli, autour de la cathédrale et du vieux centre médiéval : certaines rues sont pavées (de gros pavés bien arrondis sur lesquels les Anglaises marchent avec leurs talons aiguilles comme si de rien n’était), les maisons sont à colombages, s’avancent parfois sur la rue, et ont souvent un toit qui s’affaisse un peu avec le temps. Même sous la pluie, ça a un petit côté romantique que j’ai bien aimé.

Stonehenge

Les environs

Stonehenge est l’un des sites les plus visités de Grande Bretagne. C’est un site mégalithique vieux de 5000 ans, qui attire toujours les foules pour son histoire et les nombreuses légendes plus ou moins avérées qui l’entourent. On associe souvent Stonehenge aux Celtes et aux druides, mais le site est beaucoup plus ancien, et était certainement déjà un peu délabré quand les Celtes sont arrivés en Grande Bretagne. Il est toutefois fort probable qu’ils se sont servi du site.

Stonehenge est situé dans une plaine légèrement vallonnée, à quelques minutes de route de Salisbury. Aucune habitation à la ronde, juste des champs de moutons, des bois, et surtout des tumuli. Parce que Stonehenge (comme Newgrange d’ailleurs) n’est pas tout seul au milieu de sa plaine. C’est l’élément principal d’un vaste complexe mégalithique. Tout autour, de nombreux tumuli sont visibles, ces tombes préhistoriques, dans lesquelles étaient enterrés avec cérémonie les grands seigneurs ou bien toute une famille. On les voit avant même d’arriver à Stonehenge, il y en a partout dans la plaine.

Quelques tumuli visibles depuis Stonehenge

Et surtout, Stonehenge n’est pas le seul cercle de pierre dans la plaine, même si c’est le plus grand. Il en existe en effet un autre, au bord de la rivière Avon, relié à Stonehenge par ce que les spécialistes appellent l’ « Avenue », une sorte de large voie qui se déroule dans la plaine, de Stonehenge à la rivière. Le petit cercle n’a jamais été oublié, même si, étant nettement moins impressionnant, il est également nettement moins célèbre que son grand frère. L’Avenue, elle, a été redécouverte grâce à des fouilles récentes et des études de terrain modernes, et c’est elle qui a permis d’établir un lien sûr entre les deux sites. Il n’y a encore aucune explication à cette construction, et l’Avenue ajoute encore une part de mystère : voie processionnaire ? simple chemin d’accès ? Je pourrais faire un article entier sur les pistes d’interprétation possibles :)

La construction de Stonehenge

Je vais traiter ceci de manière générale simplement, parce que là aussi, ça mériterait bien un article. La construction de Stonehenge s’est globalement déroulée en 3 phases, qui s’étalent environ de 3000 ans à 1700 ans avant notre ère.

La première phase consistait en un simple cercle de terre, accompagné d’un cercle de poteaux de bois (il en reste aujourd’hui les trous de Aubrey, du nom de leur découvreur). Ensuite, la deuxième phase voit disparaître ces poteaux, remplacés par d’autres, qui servent aussi de lieu funéraire : on y a retrouvé des os humains brûlés et des petits objets. Enfin, vers 2550 av. JC, commence la dernière phase, la construction du monument en pierre : plusieurs cercles concentriques de différentes pierres taillées de différentes manières, dans un chantier qui a sans doute duré un millénaire.

Les pierres bleues sont les « petites » pierres de Stonehenge (elles font entre un et deux mètres de haut). Elles sont disposées sur deux cercles, un à l’extérieur et l’un enchâssé entre les deux cercles de pierre plus hauts. Ces pierres sont un véritable mystère : leurs propriétés minérales leur confèrent une chaleur légèrement plus élevée que celle des autres pierres. De ce fait, elles ont longtemps été considérées comme pouvant guérir ceux qui les touchaient. Est-ce la raison pour laquelle on les a amenées du Pays de Galles, à 250 km de là ?

Les pierres bleues sont ces petites pierres, largement dominées par les plus grandes. Ce sont aussi les plus nombreuses à l’intérieur du site.

On trouve aussi deux cercles beaucoup plus élaborés, qui font la célébrité de Stonehenge avec leurs pierres couchées posées au sommet de pierres debout, le tout formant un ensemble si différent des dolmens apparaissant à la même époque :

Le cercle extérieur des pierres debout. Le cercle était à l’origine fermé, parfaitement rond.

Contrairement au cercle extérieur, le cercle intérieur n’était pas complet : c’était un ensemble de cinq trilithes taillés (ensemble de deux pierres debout soutenant une pierre couchée, sur le même principe que les dolmens) disposés en fer à cheval. Le trilithe à la pointe du fer était encore plus haut que les autres, il n’en reste plus qu’une seule des deux pierres debout aujourd’hui.

Enfin, quelques pierres étaient placées à des endroits stratégiques : au centre du site dans l’alignement des solstices, et aux points cardinaux, entre les cercles de pierre et celui de terre. L’une d’elle, la dernière restant debout d’ailleurs, est celle qui se trouve dans l’alignement du solstice d’été, et qui fait la continuité avec la « pierre d’autel » au centre et le grand trilithe, le long de l’axe du solstice.

En bref, ce site est une merveille d’ingéniérie pour l’époque, puisque la plupart des constructions, y compris en pierre, remontent à une période où le métal n’était pas encore façonné en outils et où la roue n’existait pas encore.

Les légendes de Stonehenge

Forcément, une telle prouesse a nourri les légendes. Et nombreuses sont celles qui tentent de donner un sens à la construction du site.

Pour aujourd’hui, je ne reviendrais pas sur celle de Merlin, que j’avais abordée déjà sur ce blog, mais sur une autre, que j’ai découvert sur place :

Une vieille femme irlandaise possédait de grandes pierres, parfaites pour la construction du site, mais refusait de les céder. Le Diable fut appelé à l’aide, et alla trouver la vieille femme. Il posa un sac rempli de pièces d’or devant elle, et lui dit : « Prends autant de pièces que tu pourras le temps que j’emmène les pierres avec moi, cela sera mon prix ». La vieille femme se dit qu’il mettrait certainement un long moment avant de tout emmener, et accepta le marché. Mais elle eut à peine le temps de porter la main au sac que le Diable fit disparaître toutes les pierres. Il repartit donc avec les pierres et tout son or. Joyeux de cette belle affaire, il s’amusait avec les pierres en chemin, et quelques unes tombèrent avant d’arriver à Stonehenge. C’est pour cela qu’on trouve des pierres similaires aux hautes pierres de Stonehenge dans la campagne environnante.

Comme vous pouvez l’imaginer, Stonehenge a occupé une bonne partie de ma journée et de mes pensées.

Mais c’est loin d’être le seul lieu intéressant que j’ai visité de la journée :

Old Sarum

J’avoue que je n’y allais pas avec beaucoup de volonté. Mais l’entrée à Old Sarum était comprise dans le pack navette + entrée à Stonehenge, alors je me suis dit pourquoi pas ? Et j’ai bien fait de m’y arrêter :)

Old Sarum, c’est l’ancêtre de Salisbury. Un fort, situé en haut d’une colline, qui a du voir toutes les civilisations depuis les premiers hommes jusqu’au Moyen-Âge, avant d’être abandonné pour le carrefour des rivières en contrebas, qui allait devenir Salisbury.

Mais en son temps, Old Sarum avait une splendeur digne des plus grands rois. Le fort a même eu sa propre cathédrale, et sa maison seigneuriale était, selon les écrits de l’époque, d’une très grande beauté.

Selon les écrits, parce qu’il n’en reste aujourd’hui absolument plus rien. C’est presque aussi désertique qu’à Tara, en Irlande, autrefois siège des Hauts-Rois d’Irlande et aujourd’hui colline venteuse. A Old Sarum, il reste encore l’enceinte de terre, et quelques murs qui ne dépassent que difficilement la moitié du rez-de-chaussée. Pour la cathédrale, c’est bien simple : c’est le English Heritage, gestionnaire du site, qui a retracé artificiellement les fondations, pour laisser voir au visiteur d’aujourd’hui la taille du bâtiment d’alors.

Quand tout le monde a déménagé à Salisbury, ils se sont dit que les pierres pourraient bien resservir en bas. En quelques décennies, la splendeur de plusieurs siècles avait disparu, simplement à cause de difficultés d’acheminement d’eau.

Old Sarum, protégé par son enceinte de terre

Salisbury et la cathédrale

Dernière étape de la journée : la cathédrale de Salisbury. J’avais encore un peu de temps devant moi en rentrant sur Salisbury avant de retourner chez mes hôtes de la nuit, alors je me suis promenée jusqu’à la cathédrale. Comme pour Old Sarum, je savais que c’était un des sites touristiques les plus importants de la ville, mais au début, ça ne me tentait pas trop. Une visite un peu décevante du musée de Salisbury juste en face (très riche en objets mais assez avare en détails explicatifs) et la pluie m’ont finalement convaincue de me mettre à l’abri pendant une heure.

La cathédrale de Salisbury possède le plus haut clocher de Grande Bretagne. Ça en fait le plus haut sommet des environs. D’ailleurs, ce clocher a sans doute sauvé la ville, pendant la seconde guerre mondiale : à Amesbury, deux kilomètres plus loin, se trouvait un centre militaire rassemblant toutes les troupes arrivant des divers pays du Commonwealth en partance pour la France et le continent. C’est de là que sont parties les troupes ayant effectué le débarquement de Normandie, entre autres. Vous pouvez imaginer que les forces allemandes n’avaient qu’une idée en tête : détruire ce vivier de forces fraîches. Et ils se sont servi de la cathédrale de Salisbury comme point de repère lors des frappes aériennes. Le but étant aussi stratégique, il était hors de question de perdre un repère visuel aussi vital, et donc par extension, hors de question de bombarder Salisbury…

En dehors de cette anecdote (par rapport à l’histoire de la cathédrale, j’entends), la cathédrale à la hauteur de son clocher : grandiose. Pour supporter un poids pareil, il a fallu rivaliser d’imagination. La charge est telle que, malgré tous les arc-boutants intérieurs et extérieurs censés soulager le poids dans les piliers de la croisée des transepts, ces piliers plient lentement. La hauteur à l’intérieur est vraiment impressionnante. A côté, le cloître, pourtant de taille respectable, donne une impression de confinement et d’isolement.

La nef de la cathédrale, et ses trois étages

En sortant de la cathédrale, je suis allée m’installer dans un café qui ne payait pas de mine : la façade avant, bleu vif, semblait moderne, voire issue d’une franchise. Finalement, après s’être servi au comptoir au rez-de-chaussée, on découvre dans les étages des petites salles typiques des vieilles maisons médiévales : les plafonds bas décorés de bois, les murs blanchis à la chaux, le vieux parquet… Les meubles de récupération s’intégraient parfaitement, et c’était une note finale très agréable pour en terminer avec Salisbury.

La prochaine fois, je vous emmène à Glastonbury. On va découvrir notre âme, et rendre visite à la dépouille du roi Arthur et de sa femme Guenièvre…

Et vous ? Avez-vous déjà été à Salisbury ou à Stonehenge ? Qu’avez-vous retenu comme expérience ou comme légendes ?

Et de nouveau, d’autres photos prises sur place (cliquez pour afficher en diaporama) :

4 commentaires

  1. Salut, Gwen,

    N’ayant pas encore eut l’occasion de « passer le canal », j’ai vraiment beaucoup apprécié cet article.

    Pour stonehenge, il y a quelques mois, si tu t’en rappeles, j’avais glissé un mot dans ton e-box au sujet d’un documentaire sur stonehenge que j’avais vu sur arte; on y parlait des fouilles récentes et de nouvelles hypotheses, entre autres les « 2″ stonehenge le petit et le grand reliés par l’avenue, l’un le petit aurait représenté les vivants et le grand, les morts.

    Autre hypothese interessante concernant le transport des pierres; des sillon ayant ete mis a jour, on a émis l’hypothese d’une sorte de chemin de fer (en bois) avec des traverses de bois dans les sillons, sur lesquelles etéient placees des billetes un peu comme un roulement a billes, sur ces billets une plate forme supportant les pierres;

    Amities

    Christian

    • Oui, je m’en souviens, j’avais pu voir le documentaire grâce à toi.
      Je n’ai malheureusement pas réussi à le capturer pour le rediffuser au moins en partie ici.
      Dommage, je l’avais trouvé particulièrement intéressant…
      En plus, certaines de ces théories sont reprises dans un livre qui fait référence sur place, que je me suis achetée, et donc je crois que j’aurais l’occasion d’en reparler sur ce blog.

      Concernant les deux Stonehenge, autant je soutiens le fait qu’ils soient « connectés » et reliés par cette avenue, c’est physiquement quasiment indéniable. Autant je prendrais beaucoup de pincettes avec cette interprétation du passage du monde des vivants au monde des morts. J’aime bien cette symbolique, mais à quel point est-elle emprunte du mysticisme contemporain, qui se veut celtique mais qui ne l’est peut-être pas ?
      Je ne dis pas que c’est faux, comme ça, en bloc. Je n’ai pas les connaissances pour émettre un avis aussi tranché. Je suis juste prudente : on a déjà eu tant d’interprétations du site, qui semblaient très belles de prime abord, et qui ont finalement été abandonnées…

      Merci en tout cas pour ton soutien, le troisième jour arrive bientôt :)

  2. j’ai toujours été emerveillée par « stonehenge », et ça me fascine jusqu’a maintenant, et ça le restera tjrs, j’aime bcp votre article ,c’est si genereux, si merveilleux, chimerique…

  3. Augustus Roberson dit :

    Malgré les nombreuses photos que vous avez vues de Stonehenge, la première vue de ce cercle de pierre massif sera à couper le souffle. Vous commencerez à poser des questions : Qui ont mis ces pierres là ? Quel âge ont-elles ? Pour quoi ont-t-elles été employées ? Comment ont-t-elles été construites ?

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