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Psyché et Eros, partie 1 : Le mariage

Lorsque j’ai recherché quelques illustrations pour mon précédent article sur le papillon et sa symbolique, j’ai découvert que Psyché était presque tout le temps, dans ses représentations classiques, associée à Eros, le dieu de l’Amour (son nom romain est Cupidon). Et j’ai découvert que son histoire est en effet intimement liée à celle du dieu. On trouve l’histoire de Psyché dans les Métamorphoses, d’Apulée. Je ne vous reprend pas le texte exact, car, comme beaucoup de textes anciens, il est riche en métaphores, circonvolutions, détails… que même moi trouve pas forcément utiles à reprendre sur un blog.

Donc voici l’histoire de Psyché et d’Eros, un conte où la beauté devient presque une malédiction pour celle qui la porte, surtout si elle est accompagnée par la curiosité.

Je l’ai divisée en plusieurs chapitres, comme l’épopée d’Hercule. Point de crainte, cependant : tout est déjà rédigé, vous aurez un nouveau chapitre par semaine. Pour cette première semaine, découvrez comment Psyché se retrouva mariée à… un invisible inconnu.

Psyché était la fille d’un roi. Elle avait deux grandes sœurs à la très grande beauté, qui ne recevaient que des louanges. Mais la beauté de Psyché dépassait celle de ses sœurs, tant qu’on ne pouvait trouver de mots pour la décrire sans la déprécier. Rapidement, le peuple commença à la considérer comme l’incarnation d’Aphrodite sur Terre, la déesse réputée pour son inégalable beauté cherchant le temps d’une vie humaine à se mêler aux mortels.

Psyché vénérée par le peuple (gravure de Max Klinger)

Psyché vénérée par le peuple (gravure de Max Klinger)

Psyché fit alors, de son vivant, l’objet d’un véritable culte. On lui rendait les mêmes hommages qu’à Aphrodite, avec une ferveur renouvelée devant son éclatante beauté. Ce culte se répandit à travers toute la Grèce et au-delà, et nombreux furent les visiteurs qui vinrent au royaume de son père juste pour la voir et lui rendre hommage, telle une déesse. Cet engouement était si important que les temples des dieux commencèrent à être délaissés, et en premier lieu ceux d’Aphrodite.

Lorsque la déesse découvrit qu’elle était remplacée par une mortelle dans les croyances des gens, elle en conçut une violente jalousie et une profonde tristesse. Elle décida de faire appel à Eros, son fils, n’ayant pas une excellente réputation (il était plus doué pour détourner les ménages l’un de l’autre qu’inspirer un bel amour…), et lui demanda de faire en sorte que Psyché tombe éperdument amoureuse d’un homme particulièrement misérable, pauvre, sans foi aucune ni honneur. Eros, troublé par le malheur de sa mère, accepta.

Cependant, Psyché n’était pas heureuse de sa beauté : ses sœurs, belles mais pas autant que leur petite sœur, trouvèrent rapidement un roi pour mari, et firent des mariages heureux. Pendant ce temps, Psyché restait au palais paternel, seule, vénérée par tous comme une magnifique œuvre d’art, sans que jamais aucun homme ne la demande comme épouse. Sa beauté et le culte qu’elle entraînait commencèrent à lui peser terriblement, et elle en vint à les détester.

Désespéré de ne point lui trouver d’époux, son père consulta l’oracle d’Apollon. La réponse fut terrible : Psyché devait épouser un monstre tel que même les Enfers le craignaient. Et pour cela, elle devait être amenée sur un rocher, préparée comme pour le jour de son mariage. Le père, bouleversé, rentra chez lui et annonça la nouvelle.

Commencèrent alors les préparatifs de mariage les plus lugubres qui soient. La douleur de la famille était telle que même le peuple décréta le deuil. Le jour où Psyché fut amenée au rocher ressemblait à une véritable pompe funèbre : Psyché assistait à ses propres obsèques.

Enfin, elle n’y tint plus : elle exhorta ses parents à reprendre souffle et courage, car de toute façon, son destin était ainsi tracé depuis qu’on avait commencé à la comparer à Aphrodite. Une telle vengeance divine ne pouvait que survenir, et, malheureuse de sa beauté et de sa solitude, elle l’acceptait volontiers, si cela pouvait apaiser tout le monde.

Psyché abandonnée sur la montagne (Maurice Denis, 1908)

Psyché abandonnée sur la montagne (Maurice Denis, 1908)

On l’abandonna alors à son rocher, et sa famille et le peuple rentrèrent chez eux, l’âme en peine. Elle pleurait à chaudes larmes, attendant le monstre qui devait l’emporter, quand Zéphyr, le doux vent chaud, apparut, et l’emmena dans un joli vallon caché au sommet de la montagne. Il la déposa sur un gazon fleuri, sur lequel, apaisée par l’atmosphère de l’endroit, elle s’endormit.

Lorsqu’elle se réveilla, détendue et reposée, elle commença à découvrir les environs. Il y avait un bois dans lequel coulait une source aux eaux cristallines. Elle vit également une fort belle demeure, si gracieusement bâtie et décorée qu’elle ne pouvait être que celle d’un dieu, une résidence d’été qu’il aurait voulu se construire sur Terre. Psyché hésita mais ne tarda pas à s’enhardir et à franchir le seuil de la demeure. Elle découvrit le palais à son envi, admirant les décors somptueux tels qu’elle n’en avait jamais vus, d’or et de pierreries les plus précieuses, des draps les plus fins… Elle ne croisa personne lors de sa visite, ni serviteur ni gardien pour protéger les lieux. Elle était seule.

Une voix vint lui murmurer alors à l’oreille :

« Pourquoi cet étonnement, belle princesse ? Tout ce que vous voyez est à vous. Voilà des lits qui vous invitent au repos, des bains à choisir. Les voix que vous entendez sont vos esclaves : disposez de nos services empressés. Un royal banquet va vous être offert, après les premiers soins de la personne, et ne se fera pas attendre. »

Psyché, comprenant qu’elle bénéficiait d’un traitement inattendu et docile, obéit aux conseils de la voix invisible : elle se reposa, puis prit un bain, et découvrit ensuite un festin digne des plus beaux et riches royaumes. Le service était assuré à la perfection, bien qu’elle ne vit toujours personne : les plats semblaient être portés par des souffles d’air quasi invisibles.

Le soir venu, elle se retira dans ses appartements. Au cœur de la nuit, elle fut réveillée par la venue de son époux. Effrayée, elle l’accueillit néanmoins, et il partit avant le lever du jour.

Les jours se suivirent ainsi, chaque jour elle était accompagnée par les voix mystérieuses qui brisaient sa solitude, et chaque nuit, elle recevait la visite de son tout aussi invisible mari, qui partait à chaque fois avant qu’elle ne puisse voir son visage.

Pendant ce temps, ses parents se lamentaient sur sa mort. La réputation de la jeune femme était telle que la nouvelle de sa disparition parvint bientôt aux oreilles de ses sœurs, qui se dépêchèrent de rejoindre leurs parents pour porter le deuil avec eux, et bien décidées à savoir comment leur jeune sœur avait disparu.

L’époux, en apprenant ceci, en informa Psyché :

« Ma Psyché, ma compagne adorée, la cruelle Fortune te prépare la plus périlleuse des épreuves. Ta prudence, crois-moi, ne saurait être trop éveillée. On te croit morte, et tes deux sœurs, affligées de ta perte, sont déjà sur ta trace. Elles vont venir au pied de ce rocher. Si leurs lamentations arrivent jusqu’à ton oreille, garde-toi de leur répondre, de leur donner même un coup d’œil. Sinon, il en résultera pour moi les plus grands chagrins, pour toi les plus grands malheurs. »

Psyché se résigna, mais comprit que désormais, elle serait privée de toute présence humaine, et ne pourrait partager son bonheur avec personne, y compris sa propre famille. Elle en pleura toute la journée et jusqu’au soir, où son mari arriva plus tôt que d’habitude, désolé de la voir ainsi. Il finit par céder et lui accorda la visite de ses sœurs, lui permit même de les couvrir de cadeaux, à la condition expresse qu’elle ne cherchât jamais à le voir, quelle que soit la pression qu’y mettaient ses sœurs. Heureuse, Psyché accepta de bon cœur la condition.

Le lendemain, comme prévu par l’époux, les deux sœurs se rendirent au rocher où elle avait été enlevée et se perdirent en lamentations, s’arrachant les cheveux et se frappant la poitrine. Psyché, troublée par leur malheur, se dépêcha d’ordonner à Zéphyr de les ramener au palais, afin qu’elles constatent que non seulement leur petite sœur était bien vivante, mais qui plus est heureuse. Le doux vent s’exécuta, et toutes les trois se retrouvèrent rapidement, heureuses d’être réunies.

Psyché gâtant ses sœurs (Jean Honoré Fragonard, huile sur toile)

Psyché gâtant ses sœurs (Jean Honoré Fragonard, huile sur toile)

Psyché tint à leur faire partager son bonheur et leur montra le palais, les richesses, leur fit entendre les voix mystérieuses… Elles prirent un festin ensemble, et les deux sœurs en profitèrent pour chercher à découvrir qui était le mystérieux époux qui gâtait tant leur cadette. Mais Psyché tint parole et ne trahit rien de son invisible mari. Elle s’en tira avec un mensonge, racontant qu’il était un beau jeune homme avec encore du duvet au menton, passionné par la chasse, ce qui expliquait ses nombreuses absences. Et pour éviter de se trahir, elle se dépêcha de terminer le repas, gâta ses sœurs à profusion et les renvoya sans attendre en bas de la montagne avec l’aide de Zéphyr.

Source :

Le conte d’Amour et Psyché, Les Métamorphoses, Apulée (consulter la version en ligne)

2 commentaires

  1. Hey ! C’est Audrey :)
    Juste une petite remarque : je sais pas si ton blog est encore en travaux, mais certaines images ne s’affichent pas (ton avatar, et dans le formulaire juste en dessous, à coté de « Adresse de contact »)
    Voila !!
    Sinon, bien la légende, j’ai hâte de lire la suite !
    Bises !

    • Salut !

      Je crois que c’est une option que j’ai activée qui est un peu trop invasive… J’ai vu hier que j’avais des erreurs d’images, je n’en avais pas eu avant. Je l’ai désactivée, on va voir ce que ça donne.
      Sinon, merci ;)

      Bisous

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