Psyché et Eros, partie 3 : le désespoir de Psyché

3Dans notre précédent chapitre, Psyché, sous la pression de ses sœurs cherchant à la blesser dans son mariage, avait  découvert que son mystérieux époux n’était autre qu’Eros, le dieu de l’Amour. Mais Eros n’avait que fort peu apprécié d’être découvert : il n’aurait jamais du tomber amoureux de la jeune fille, car il avait reçu ordre de sa mère de la tuer. Sous la colère, il décida donc de l’abandonner.

Nous retrouvons donc une Psyché seule, loin de son merveilleux palais, et finalement pas si gentille qu’elle en a l’air : 

Psyché eut beau supplier et l’appeler, Eros ne revint pas et disparut dans les airs. Bouleversée, elle se jeta dans le fleuve qui coulait non loin. Mais le fleuve, par respect ou par crainte pour le dieu, refusa de prendre la vie de Psyché et la déposa, tout à fait en forme, dans un pré plus loin.

Là se trouvait par hasard le dieu Pan, jouant de sa flûte. Il reconnut en la jeune femme une femme en peine d’amour, et l’encouragea à ne pas vouloir perdre la vie, mais au contraire à tout faire pour reconquérir l’être aimé. De plus, Eros étant un enfant gâté, il suffisait de jouer là-dessus pour s’attirer ses faveurs…

psyche chez une de ses soeurs

Psyché chez une de ses sœurs (gravure de Max Klinger)

Psyché, sans rien dire, salua le dieu et s’éloigna. Elle erra, jusqu’à trouver un sentier qui la mena chez une de ses deux sœurs. Celle-ci l’accueillit chaleureusement, et demanda très vite de ses nouvelles. Psyché raconta alors :

« Il vous souvient du conseil que vous me donnâtes, d’accord avec notre autre sœur. Abusée, disiez-vous, par un monstre qui venait, se donnant pour mari, passer les nuits avec moi, il fallait, sous peine de servir de pâture à cette bête vorace, le frapper d’un poignard à deux tranchants, et j’y étais bien décidée ; mais lorsque, toujours par votre conseil, j’approchai la lampe qui devait me découvrir ses traits, quel divin spectacle vint s’offrir à mes regards charmés ! c’était le fils de la déesse Aphrodite, Eros lui-même, endormi d’un paisible sommeil. Éperdue, ivre de volupté, je cédai au délire de mes sens. Tout à coup, ô douleur ! une goutte d’huile brûlante tombe sur son épaule; il se réveille en sursaut; et, voyant dans mes mains le fer et la flamme : Va, me dit-il, ton crime est impardonnable. Sors à jamais de mon lit; plus rien de commun entre nous. C’est ta sœur (et il prononça votre nom) que je veux désormais pour épouse. Il dit, et, sur son ordre, le souffle de Zéphyr me transporte hors du palais. »

La sœur, transportée de joie devant son succès, n’attendit pas longtemps avant de se décider à partir. Elle annonça à son mari que ses parents venaient de mourir et qu’elle se devait de se rendre à leur palais, et quitta rapidement sa ville pour rejoindre son île natale, non pas pour visiter ses parents en bonne santé, mais pour se rendre sur le rocher où Psyché avait été sacrifiée. Sans attendre la venue de Zéphyr, elle se lança dans un formidable saut, espérant que le vent la prendrait en vol. Mais point de Zéphyr, et elle s’écrasa dans le vide.

Psyché rendit ensuite visite à sa seconde sœur et lui raconta la même histoire. Comme la première, la seconde se précipita sur le rocher et connut le même destin funeste. Ainsi Psyché eut sa vengeance.

Pendant ce temps, Eros, malade de cette trahison et d’avoir du abandonner son épouse, gisait dans le lit-même de sa mère. L’oiseau blanc des mers fila vers Aphrodite, qui était en visite chez Océan, pour lui annoncer la nouvelle. L’oiseau lui raconta aussi que des rumeurs commençaient à courir sur la mère et le fils, comme quoi leur égoïsme, l’une au fond des mers, l’autre se consacrant à ses histoires personnelles, faisait disparaître chez les hommes toute notion d’amour, amical, filial ou amoureux. La nouvelle irrita profondément Aphrodite, qui demanda de qui son fils était ainsi épris pour en délaisser ses devoirs. L’oiseau lui annonça alors qu’il s’agissait d’une jeune femme répondant au nom de Psyché. On imagine la colère de la déesse, qui découvrait que non seulement son fils n’avait pas tenu sa promesse, mais s’était en plus entiché de celle qu’il devait tuer.

Elle se précipita donc en son palais pour sermonner Eros : elle ne supportait pas que son fils ait choisi pour compagne son ennemie jurée, sans compter qu’elle le trouvait beaucoup trop jeune pour s’engager de cette façon. Dans sa colère, elle le menaça même de lui reprendre ses attributs pour les offrir à l’un de ses serviteurs, qui lui serait plus loyal que son propre sang, tout juste capable de bafouer l’amour maternel.

Finalement, elle se décida à aller demander conseil à Héra et Déméter qui, même si elle avait un certain mépris pour elles, étaient suffisamment connues pour leur sagesse pour qu’elle croit en leur capacité à punir cet enfant vaurien.

Elle finit par les rencontrer. Toutes deux avaient déjà entendu l’histoire et les rumeurs, et essayèrent de la raisonner : contrairement à ce que pensait Aphrodite, Eros était tout à fait en âge de contracter union, et comment, pour un Dieu de l’Amour, résister à une aussi jolie fille de Psyché ? Comment pouvait-elle lui reprocher ce qu’elle même ne se refusait jamais ? Ne pouvait-elle pas comprendre qu’il ait lui aussi envie de rencontrer des femmes ? Mais Aphrodite n’entendit rien à ces arguments et décida de retourner vers la mer.

Pendant ce temps, Psyché s’était remise à sa quête pour retrouver son époux. Plus le temps passait, plus sa conviction s’affirmait, et il lui était de plus en plus indispensable de retrouver son mari. Après avoir longtemps erré en vain, elle vit en haut d’une montagne un temple. Pleine d’espoir qu’il soit consacré à Eros, elle s’y précipita. Elle y trouva des brassées d’épis d’orge et de froment, certains tressés en couronne. Il y avait également un amoncellement d’outils posés en vrac, désordonnés. Dans sa détresse et se disant que la bienveillance d’aucun dieu n’était à négliger, Psyché commença à ranger les outils. Elle était occupée à cette tâche quand la maîtresse des lieux, Déméter, déesse de la nature, arriva.

Elle sembla surprise d’y trouver Psyché, qui aurait du se cacher d’Aphrodite par tous moyens. Psyché implora Déméter de lui accorder sa bienveillance et sa protection, mais la déesse refusa : Aphrodite était sa sœur et son amie, elle ne souhaitait pas la contrarier. Tout au plus pouvait-elle la laisser partir sans la retenir prisonnière.

Psyché, désespérée, quitta le temple et reprit sa route. Elle tomba alors sur un autre temple, au fond d’un bois sacré dans un vallon. Ce temple était riche et faisait l’objet de magnifiques offrandes, toutes portant le nom de la déesse à qui elles étaient consacrées : Héra. Psyché se dit qu’elle avait peut-être une chance d’obtenir la protection de la déesse du mariage, et décida d’entrer pour prier Héra.

Pendant ses supplications, la déesse apparut dans toute sa splendeur, et lui répondit :

« Je ne demanderais pas mieux, dit-elle, que d’accueillir ta demande ; mais me mettre en opposition avec Aphrodite ma bru, que j’aime comme ma fille, le puis-je vraiment avec convenance ? Et puis il y a des lois qui défendent de recueillir les esclaves fugitifs, et je n’irai pas y porter atteinte. »

Psyché appelant Junon en vain

Psyché appelant Junon en vain (fresque de Giulio Romano, 1526-1528)

Psyché, après ce second refus, se laissa complètement démoraliser, et en vint à se dire que si même deux déesses lui refusaient leur protection, qui était-elle pour prétendre rattraper un mari ailé et se protéger seule d’une autre déesse à la violente colère ? Elle décida donc de se rendre à Aphrodite pour essayer à la fois d’apaiser la colère de la déesse et de voir son fils qui, peut-être, était au palais de sa mère.

Pendant ce temps, Aphrodite, qui ignorait encore cette décision, décida de faire appel à son dernier recours : Hermès. Elle demanda la permission à Zeus d’employer le messager divin pour diffuser son avis de recherche, permission qui lui fut rapidement accordée. Hermès se retrouva donc bientôt à diffuser sur la terre entière le message de sa sœur : qui retrouverait Psyché et la lui ramènerait aurait droit à huit baisers de la déesse. La récompense était de taille, et tout le monde se mit en devoir de retrouver la princesse devenue esclave. La volonté de Psyché de se rendre s’en retrouva affermi, et son désespoir encore plus grand.

Source :

Le conte d’Amour et Psyché, Les Métamorphoses, Apulée (consulter la version en ligne)

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