Peau d’Âne

Il y a quelques temps, on m’a offert un livre. Rien de bien extraordinaire pour moi, vous allez dire. Sauf que voilà, cette fois, on m’a offert un livre pour enfants, alors que je n’en ai pas et suis une adulte depuis quelques années déjà. Un très beau livre illustré, qui reprend l’histoire d’une Princesse que j’ai découvert très jeune, au cinéma pour une fois. Peau d’Âne, le film sorti en 1970 avec Jean Marais et Catherine Deneuve. Bon, je n’étais certainement pas née en 1970, mais ça fait partie de ces films que mes parents nous ont montrés, à mes sœurs et moi, plus d’une fois.

Donc quand j’ai reçu ce livre illustré, j’étais ravie, et ça me donne l’occasion de vous raconter ici ce conte rendu célèbre par Perrault. Les illustrations sont toutes issues de ce livre.

Il y a bien longtemps de cela, dans un royaume si vaste que seul le ciel pouvait en connaître les frontières, vivait un roi dont la puissance et le bonheur n’avaient jamais eu d’égal à la surface de la terre. Ce roi, si terrible dans la guerre, avait à ses côtés la plus douce et la plus exquise des épouses et de leur amour était née une petite fille qui chaque matin se réveillait encore plus belle qu’à son coucher. Dans leur palais somptueux aux murs incrustés d’ivoire et de nacre, la vie s’écoulait avec la douceur d’une source d’eau claire. Chaque jour n’apportait que de nouvelles réjouissances et les jardins, où s’ébattaient en liberté les oiseaux les plus rares, ne résonnaient que de rires et de chansons.

Peau d'âne - Le Roi et la Reine

 

Parmi toutes les richesses que ce roi accumulait sans relâche, il était un bien pour lequel il eût, sans la moindre hésitation, sacrifié toute sa fortune. Ce trésor, qui lui était aussi précieux que les battements de son cœur, n’était pas dissimulé au fond d’une obscure cachette, mais s’offrait aux yeux de tous, au beau milieu des écuries du palais. A cette place, où l’on aurait pu s’attendre à a dmirer quelque fougueux pur-sang, ne se tenait pourtant qu’un âne, semblable dans l’allure à tous les autres baudets de la création. Or cet animal, dont l’oreille de velours avait été effleurée par la baguette d’un magicien, possédait une particularité bien extraordinaire : il ne salissait pas sa litière de vulgaire crottin, mais la couvrait chaque matin d’un amas d’écus et de louis d’or. Et le roi, que rien n’inquiétait plus que la santé de cet inestimable animal, passait chaque jour de longues heures à le promener sur les pelouses du parc de son château.

Peau d'âne - L'âne aux pièces d'or

Mais la course des jours n’est jamais aussi fidèle que celle du soleil, et il arrive parfois que le bonheur se brise aussi soudainement qu’un vase renversé par le vent. Ainsi, vint un matin funeste où la reine, frappée par une forte fièvre, ne put quitter son lit de tout le jour. Fou d’inquiétude, le roi fit alors chercher les plus grands médecins de son royaume, qui se précipitèrent aussitôt à son chevet. Hélas, malgré toutes leurs potions, le mal mystérieux ne cessa de s’aggraver d’heure en heure. Lorsque, à bout de force, la reine sentit s’approcher l’instant de ses adieux, elle fit venir son époux auprès d’elle et lui parla ainsi :

« Roi, mon époux, à la pâleur de mon visage, vous avez déjà compris que je vais m’en aller bientôt de cette terre où je fus si heureuse auprès de vous. Avant de vous dire au revoir pour toujours, je voudrais vous demander d’exaucer un dernier vœu : un jour viendra où le chagrin de m’avoir perdue vous mordra moins le cœur et où vous songerez à prendre une nouvelle compagne. Je vous demande de me faire le serment que vous n’épouserez qu’une femme qui puisse me surpasser en sagesse et en beauté. »

Le visage noyé de larmes, le roi protesta que, jusqu’à son dernier souffle, elle resterait, par-delà la mort, son épouse adorée. Mais la reine insista tant et tant qu’il lui jura tout ce qu’elle voulait. Quelques instants plus tard, elle s’éteignit dans les bras de son mari, persuadée que, par ce serment, ils resteraient liés jusque dans la mort.

Après avoir pleuré et gémi pendant de longs mois, le roi s’avisa un beau matin qu’il souffrait beaucoup moins. Une gaieté, depuis longtemps oubliée, lui chatouillait maintenant le cœur, et l’envie lui vint de se remarier. Voulant rester fidèle au serment qu’il avait fait à la reine, il fit chercher dans tout le pays une femme plus sage et plus belle qu’elle. Mais c’est en vain que ses serviteurs visitèrent jusqu’au moindre hameau du royaume, car nulle femme ne parvenait à surpasser la reine défunte.

C’est alors que le roi s’aperçut que sa fille, qu’il avait délaissée dans son chagrin, avait bien grandi et qu’elle seule pouvait supplanter sa mère en beauté et en sagesse. Alors, renonçant à toute raison et n’écoutant que son désir, il annonça à sa propre fille qu’elle deviendrait son épouse avant que le printemps ne s’en revienne.

Peau d'Âne - La princesse

La fille du roi fut si épouvantée de la demande de son père qu’elle ne cessa de pleurer durant sept jours et sept nuits. Ne trouvant aucune solution à ce malheur qu’elle retournait en tous sens dans sa tête, elle résolut d’aller demander aide et conseil à la fée Lilas, sa marraine. Celle-ci, qui habitait un palais de corail et de marbre caché au plus profond de la forêt, la vit arriver sans étonnement.

Peau d'Âne - La princesse chez la fée Lilas

« Je sais le tourment qui t’amène à moi aujourd’hui et je comprends ta peine car ce que te dit ton cœur est vrai : jamais fille ne doit épouser son père. Voici ce qu’il te faudra accomplir pour échapper à un tel amour : tout en faisant semblant d’accéder à son désir, tu demanderas à ton père, comme condition de votre union, qu’il t’offre une robe couleur du temps. Sa puissance et sa richesse ne lui seront alors d’aucun secours, car une telle robe est impossible à confectionner, et tu seras déliée de ta promesse. Va et garde confiance.  »

De retour au château, la princesse alla trouver son père et lui demanda donc une robe couleur du temps. Ne perdant pas un instant, le roi convoqua ses meilleurs tailleurs et leur ordonna, sous la menace des pires châtiments, de se mettre au travail sur le champ.

Hélas, deux jours ne s’étaient pas écoulés que ceux-ci amenaient à leur souverain la robe demandée. Elle était de ce bleu azur dont la teinte jusque là n’appartenait qu’au ciel, et la princesse, bien qu’épouvantée par ce présent, ne put retenir un cri d’admiration en la voyant.

Peau d'Âne - Les tisseur de la robe du temps

Le soir-même, elle partit chez sa marraine pour lui demander conseil. Celle-ci l’attendait aux marches de son palais et lui parla ainsi :

« Certes, ma chérie, il faut bien avouer que ma ruse a échoué. Voilà ce qu’il te faut maintenant demander à ton père : tu exigeras une robe couleur de lune et, foi de fée Lilas, il n’y parviendra pas ! Va et garde confiance. »

A peine était-elle revenue au château que la princesse fit part à son père de son nouveau désir. Le roi appela alors ses meilleurs brodeurs et leur demanda, en les menaçant des pires tourments s’ils échouaient, de coudre une robe couleur de lune.

Peau d'Âne - La robe de lune

Hélas, cent fois hélas, la robe fut livrée trois jours plus tard et sa douce couleur d’argent était si belle que la lune, sans doute jalouse de tant d’éclat, refusa de se montrer plusieurs nuits durant. Désemparée par ce nouveau présent, la princesse courut s’enfermer dans ses appartements et attendit la tombée de la nuit pour se rendre une nouvelle fois chez sa marraine. Celle-ci l’attendait déjà et lui parla ainsi :

« Ma chérie, les pouvoirs de ton père sont bien plus étendus que je ne l’escomptais. Voilà ce qu’il te faut maintenant lui demander : tu le supplieras de t’offrir une robe couleur de soleil. Et cette fois, crois-moi, il échouera. Va et garde confiance. »

De retour au château, la princesse respecta en tous points les conseils de sa marraine et exigea de son père une robe couleur de soleil. Celui-ci, n’écoutant que la folie de son amour, fit immédiatement tisser une toile d’or et convoqua ses meilleurs joailliers. Hélas, mille fois hélas, quelques jours plus tard, le roi fit porter à sa fille une robe somptueuse, incrustée de tant de rubis et de diamants qu’elle en était plus brillante que le soleil à son zénith.

Peau d'Âne - La robe de soleil

Ravalant ses larmes avec peine, la princesse attendit le soir pour courir à nouveau chez sa marraine. Celle-ci la vit venir de loin et lui parla ainsi :

« Ma chérie, ton père est décidément le souverain le plus puissant et le plus riche de la terre. Mais tu n’es pas sans savoir que toute sa fortune lui vient de cet âne qui dépose, chaque matin sur sa litière, plus d’or qu’il ne peut en tenir dans ses deux mains. Il te faut donc maintenant lui demander ce qu’il refusera de te donner : la peau de cet âne qui accroît chaque jour sa richesse. Crois-moi, il ne le voudra pas. Va et garde confiance. »

Peau d'Âne - La fée réconfortant sa filleule

Toute tremblante de la terrible demande qu’elle devait lui faire, la princesse se rendit chez son père.

Son cœur fut alors saisi d’horreur et de désespoir en l’entendant, sans protester, donner ordre à ses serviteurs d’abattre l’animal sur-le-champ. Et elle fut bien plus horrifiée encore quand, ensuite, on lui porta la peau de l’âne aux pièces d’or.

Peau d'Âne - La peau de l'âne

De retour dans ses appartements, elle eut la surprise d’y trouver sa marraine qui l’attendait. Eperdue de chagrin, elle se jeta dans ses bras et lui raconta tout ce que la fée Lilas savait déjà.

Celle-ci lui parla ainsi :

« Ma chérie, il faut maintenant admettre que rien ne pourra détourner ton père de sa folie. Voici ce que tu dois faire : tu vas te déguiser au point de te rendre méconnaissable et fuir aussi loin que tes pas te porteront. Cette répugnante peau d’âne fera parfaitement l’affaire car personne ne pourra imaginer qu’elle dissimule la plus belle et la plus noble des princesses. Nous allons mettre dans ce coffre les trois robes offertes par ton père ainsi que ton miroir, tes diamants et tes rubis. Tant que tu tiendras à la main la baguette que je te donne, ce coffre te suivra sous la terre, partout où tu iras. Et lorsque tu voudras l’ouvrir, il te suffira d’effleurer le sol avec la baguette ; aussitôt, le coffre apparaîtra sous tes yeux. Quel que soit le fardeau de ta peine aujourd’hui, n’écoute que les raisons de ton cœur, car lui seul sait la vérité. Va et garde confiance. »

Peau d'Âne - La princesse s'enfuit

Le lendemain, alors que le jour paraissait à peine, la princesse s’enfuit par un souterrain dont la porte s’ouvrait dans la forêt, à plus d’une lieue du château. Dissimulée sous la peau de l’âne que son père avait fait tuer, elle s’engagea sur le premier chemin qui se présenta à ses pas. Il faisait si froid que les larmes qui perlaient à ses paupières se changeaient aussitôt en autant de petits diamants qui roulaient sur ses joues de satin.

Pendant ce temps, le roi, qui ignorait tout du départ de sa fille, veillait aux derniers préparatifs de la noce. Jamais le palais n’avait connu une telle effervescence ni accueilli autant de courtisans accourus des quatre coins du royaume.

Alors que les cloches carillonnaient à toute volée et que les invités se pressaient déjà aux marches de l’église, le roi commença à s’impatienter du retard de sa fille. Il fit alors appeler son premier chambellan et lui demanda d’aller la chercher. Celui-ci revint quelques instants plus tard et lui annonça en tremblant que la princesse n’était pas dans ses appartements. On eut beau fouiller de fond en comble tout le château et lancer des cavaliers sur tous les chemins à la ronde, nul ne retrouva trace de la fille du roi, qui semblait s’être évaporée plus sûrement qu’une goutte de rosée sous le soleil de midi.

Quelques mois plus tard, alors que le roi avait cessé d’espérer son retour, la princesse poursuivait encore sa route en mendiant ici et là un peu de pain ou de paille pour y coucher sa fatigue. Dans toutes les fermes et les auberges, elle demandait en vain une place de servante, mais personne ne voulait lui ouvrir sa maison tant elle paraissait repoussante sous cette peau d’âne qu’elle ne quittait jamais. Partout, elle ne recevait que moqueries et insultes pour le prix de sa peine et même les chiens errants montraient les crocs sur son passage.

Peau d'Âne - Le voyage de la princesse

Il arriva pourtant un jour où une fermière, qui cherchait une souillon juste bonne à nettoyer l’auge de ses cochons, accepta de la laisser entrer dans son logis. Dès les premières lueurs de l’aube jusqu’au plus sombre du crépuscule, celle que tous appelaient désormais « Peau d’Âne » accomplissait sans relâche les plus basses besognes de la ferme. Toute la semaine, elle ne vivait que dans l’attente du dimanche où sa maîtresse lui laissait quelques heures de répit.

Peau d'Âne - La souillon

Elle s’enfermait alors dans sa pauvre chambre, et là, se saisissant de la baguette de sa marraine, elle faisait surgir son coffre des profondeurs de la terre. Après s’être soigneusement lavée des souillures de son labeur, elle se parait, selon son humeur, de l’une ou l’autre de ses robes.

Durant ces moments où elle retrouvait intacte sa beauté, elle se plaisait de rêver d’un prince qu’elle avait quelquefois aperçu alors qu’elle gardait les oies sur le pré. Un jour, alors qu’il chevauchait à la poursuite d’un renard, il était passé si près d’elle qu’elle avait pu admirer la perfection de son visage et la noblesse de son allure.

Or, un dimanche, il arriva que le prince, qui chassait dans les alentours de la ferme, décida de s’y arrêter pour prendre quelque repos et se désaltérer. Avant de s’en retourner au château, il se promena au hasard, visitant cours et basses-cours, écuries et volières.

Alors qu’il venait d’admirer de splendides poules de Barbarie, son attention fut attirée par une humble cabane de planches adossée au mur d’une impasse, d’où s’échappait une douce mélodie. Intrigué, il s’approcha et ne put s’empêcher de mettre son œil à la serrure.

Ce qu’il vit alors le troubla tant et tant qu’il faillit en perdre l’équilibre. Dans cet endroit misérable, au lieu de quelque souillon en train de repriser, il vit la plus belle des femmes, occupée à lisser ses cheveux d’or. Il en tomba aussitôt si follement amoureux que cent fois il songea à ouvrir la porte qui le séparait d’elle ; mais cent fois son bras faiblit tant il craignait de voir disparaître, à tout jamais, celle qu’il prenait alors pour une apparition.

De l’instant où il vit Peau d’Âne, le jeune prince ne connut plus de repos. De retour au château, il demanda si l’on connaissait cette beauté sublime qu’il avait aperçue au fond d’une impasse de la ferme où il avait fait halte pendant la chasse. On lui répondit qu’à cet endroit ne vivait qu’une misérable pauvresse aussi répugnante que la peau d’âne qu’elle ne quittait jamais. A cette réponse, le prince sombra dans une profonde mélancolie dont plus rien ne parvenait à le divertir.

Tout le jour, il traînait avec lui sa peine, et la nuit qui lui refusait tout sommeil ne l’épargnait pas davantage. Ne voulant plus désormais ni chasser ni danser ni même se nourrir, il ne quittait plus son lit, et sa mère, assise à son chevet, se désolait un peu plus chaque jour.

Un matin pourtant, elle le trouva moins triste qu’à l’accoutumée. Il lui dit qu’il avait faim et qu’il désirait manger. Comme elle lui proposait langouste, chevreuil ou sanglier, il lui répondit qu’il n’aurait d’appétit que pour un gâteau fait de la main de Peau d’Âne. Bien qu’étonnée par ce souhait, la reine accéda immédiatement à sa volonté et envoya ses serviteurs à la ferme où vivait Peau d’Âne. Celle-ci se retira aussitôt dans le secret de sa chambre où elle se lava soigneusement avant de revêtir un corsage d’argent pour faire honneur à son ouvrage. Alors qu’elle pétrissait, un anneau orné de rubis glissa de son doigt et tomba dans la pâte. Lorsque le gâteau fut cuit, les serviteurs de la reine s’empressèrent de l’emporter encore tout chaud jusqu’au château.

Peau d'Âne - La princesse cuisine

Devant ce gâteau aussi doré qu’une plaine de blé, le prince retrouva, comme par enchantement, son bel appétit perdu. Il en mangea tant et tant et si goulûment, qu’il faillit avaler tout rond l’anneau de rubis de Peau d’Âne. Lorsque l’objet fut dans sa main, son cœur ne put se retenir de bondir d’amour dans sa poitrine. Il se hâta de regagner sa chambre où, des heures et des heures durant, il s’abandonna à la contemplation du précieux bijou.

Hélas, cette joie fut de bien courte durée et le prince sombra à nouveau au plus noir de sa mélancolie. Au château, nul ne savait plus que dire ni quelle distraction inventer pour arracher un sourire à un jeune homme dont les soupirs auraient fendu l’âme d’un ogre.

Pourtant, un beau matin, la reine se leva de fort bonne humeur, car elle était sûre d’avoir trouvé le remède qui guérirait enfin le cœur de son enfant : elle allait, sur-le-champ, lui faire prendre épouse.

Le prince n’opposa pas de résistance à la décision de sa mère. Il demanda seulement que l’élue soit celle qui puisse passer à son doigt l’anneau de rubis qu’il lui montra. La reine accepta cette condition en se disant qu’aucune femme ne pourrait enfiler une bague si étroite et que la lubie de son fils serait vite oubliée devant les beautés qui se succéderaient à la cour.

On fit donc convoquer sur l’heure tout ce que le pays comptait de princesses, de duchesses et de marquises à marier. Mais aucune d’elles, même au prix des efforts les plus douloureux, ne put passer l’anneau. Vinrent ensuite les baronnes et les comtesses dont certaines s’étaient même, sans succès, entaillé le doigt pour l’amincir. Arrivèrent ensuite les filles de marchands, celles des juges et des médecins, puis les servantes, les cuisinières et les gardeuses d’oies.

Peau d'Âne - Le prince et ses prétendantes

Lorsque la plus humble des souillons, venue du plus pauvre des hameaux, échoua à son tour, la reine, alors au comble de la tristesse, dit à son fils que toutes les filles à marier du pays s’étaient présentées à lui et qu’il lui fallait maintenant renoncer à sa folie. Sans prêter attention aux paroles de sa mère, le jeune prince dit seulement qu’il restait encore une jeune femme qui n’avait pas essayé l’anneau et demanda que l’on aille chercher Peau d’Âne. N’écoutant ni les protestations, ni les ricanements de ceux qui l’entouraient, le prince ordonna, gronda, tonna et fut enfin obéi.

Lorsque Peau d’Âne franchit les grilles du château, chacun pensa que le jeune prince avait maintenant tout à fait perdu la raison puisqu’il envisageait d’épouser la plus répugnante des femmes.

Arrivée dans le grand vestibule, la jeune fille entrouvrit les pans de la peau qui la recouvraient entièrement et tendit au prince sa main délicate. Le jeune homme reconnut immédiatement la main de celle qui seule pourrait se parer de l’anneau de rubis. Avec émotion, il passa la bague au doigt de Peau d’Âne puis, l’attirant vers lui, il fit glisser à terre la dépouille dont tous s’étaient tant moqués.

Peau d'Âne - Le prince et la princesse réunis

Et là, devant la cour assemblée, se montra enfin au grand jour la plus belle femme qui fut jamais.

Le mariage de Peau d’Âne et du prince fut aussitôt décidé. Des messagers s’en allèrent porter l’invitation à tous les plus grands seigneurs du monde, et jamais la noce ne compta dans ses rangs autant de têtes couronnées.

Au matin de la cérémonie, la jeune princesse reconnut son père parmi la foule des souverains assemblés.

Peau d'Âne - Le mariage

Tremblant un peu, elle s’approcha de lui et vit, aux larmes de joie qui baignaient ses paupières, qu’il avait enfin renoncé à la folie de son ancien amour. Ainsi délivrée du chagrin qu’elle portait depuis si longtemps, elle put, l’âme sereine, épouser celui que son cœur seul avait choisi.

Source :

Peau d’Âne, d’après Charles Perrault, adaptation d’Anne Jonas, illustrations d’Anne Romby, chez Milan Jeunesse, 2011

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