Le monde arthurien

Après l’article sur Excalibur, voici une introduction sur le monde arthurien.

Arthur

Arthur

C’est un monde très riche en littérature, avec de nombreuses versions d’une même légende. Ces différents écrits produits au fil des siècles, influencés par les écrits antérieurs tout comme la mode de l’époque ont créé ce qui peut sembler de nombreuses histoires différentes. Pourtant, au travers des différents récits, la trame est la même, seules les histoires brodées autour et la façon de les raconter changent.

Le centre de cette trame est bien sûr le Roi Arthur, ce roi britannique ayant rassemblé pendant son règne les peuples de Grande Bretagne et assuré la victoire contre les Saxons et ainsi protégé la Grande Bretagne de la guerre pendant plus de cinquante ans.

Ces faits quasi-historiques sont émaillés de légendes et mythes difficilement vérifiables, comme les origines de ce roi : soldat romain, fils d’un seigneur local, ou véritable héritier d’une couronne de Grand-Roi, comme ce titre existait déjà en Irlande, pays voisin ? Certains même prétendent qu’il n’a jamais existé, et qu’il fut une invention de Guillaume le Conquérant pour légitimer sa prise de pouvoir, utilisant une légende locale racontant qu’un grand seigneur de guerre du passé reviendrait un jour assurer l’unité de tous les peuples de l’île de Grande-Bretagne. Il se fit aider en cela par l’historien Geoffroy de Monmouth qui, dans son Historia Regum Britanniae, fit remonter l’ascendance de la famille Plantagenêt jusqu’à Arthur de Bretagne.

Le couronnement d'Arthur - Illustration de l'Histoire des Rois de Bretagne

Le couronnement d’Arthur – Illustration de l’Histoire des Rois de Bretagne

La trame de la légende d’Arthur est par la suite assez simple à suivre dans ses grandes lignes, et la plupart d’entre nous la connaissent déjà :

Il est couronné alors qu’il vient juste de recevoir Excalibur, et épouse par la même occasion la belle Guenièvre qui, selon la plupart des légendes, est une fervente chrétienne. Puisque dans presque tout autant de récits, Arthur est d’origine païenne, cela va donner naissance à de nombreuses histoires ayant pour cœur les conflits entre ces deux modes de croyance, tantôt au travers d’une dispute conjugale, tantôt dans les nombreux doutes qu’éprouve Arthur lui-même face à ses croyances de naissance et celles qu’il a choisi littéralement d’épouser lors de son mariage.

Il crée ensuite l’ordre des Chevaliers de la Table Ronde, et les noms des chevaliers les plus connus apparaissent rapidement : Lancelot du Lac, éternel amant plus ou moins éconduit de Guenièvre, Perceval le Gallois et Gauvain ont tous trois été immortalisés par Chrétien de Troyes au XIIè siècle et sont les plus célèbres des chevaliers. Mais on trouve aussi Gala(h)ad, Bors, Geraint, Tristan… Ces chevaliers sont l’occasion pour les raconteurs d’élargir la geste arthurienne, sans pour autant parler d’Arthur lui-même. Tout un monde nait alors autour du roi, de ses chevaliers et des personnes de son entourage. Les légendes de ces chevaliers prennent parfois le dessus sur celles de la Table Ronde, comme celle de Tristan et Iseult, un autre couple impliqué dans un célèbre triangle amoureux.

Les Chevaliers de la Table Ronde

Les Chevaliers de la Table Ronde

Vient la bataille du Mont Badon, contre les Saxons, qui fut la victoire qui assura pour des décennies la paix dans le royaume. Peuvent alors prendre place des intrigues plus personnelles, comme le triangle amoureux Arthur-Guenièvre-Lancelot qui, selon de nombreuses légendes, va mener à la ruine du royaume et à la mort d’Arthur.

D’autres personnages  interviennent à différents moments de l’histoire, et notamment des personnages liés au côté païen d’Arthur : Viviane (qui, selon certains, est la mère ou du moins l’éducatrice de Lancelot), Morgane (tour à tour sœur, amante, les deux à la fois, d’Arthur), Gwydion (fils de Morgane – et d’Arthur ?- tuant Arthur), Merlin (conseiller préféré du roi)… Les légendes choisissant pour origines à Arthur une famille de seigneurs ajoutent la généalogie des Pendragon, et en premier lieu Uther et Ygerne (que certains disent la sœur de Viviane et, lorsque Morgane est la sœur d’Arthur, mère du roi et de la fée)… C’est cette version que l’on retrouve dans l’Histoire des Rois de Bretagne de Monmouth.

Personnellement, même si j’essaierai au fil des articles de maintenir une certaine objectivité, je préfère largement la version d’Arthur, fils d’Uther et Ygerne, frère de Morgane, et désigné à son couronnement comme roi de Bretagne et du Vieux Peuple, c’est à dire représentant aussi bien le christianisme naissant et les vieux cultes quasi-celtiques. Je trouve les légendes ornant cette version de la trame beaucoup plus riches, et le conflit de religions ajoute un aspect supplémentaire intéressant, montrant bien la difficulté de l’installation du christianisme dans les îles britanniques, alors profondément celtiques.

Image de couverture des Dames du Lac, roman de Marion Zimmer Bradley, représentant Morgane la Fée. Ce roman illustre très bien le conflit d'idées entre les anciennes croyances et la nouvelle religion.

Image de couverture des Dames du Lac, roman de Marion Zimmer Bradley, représentant Morgane la Fée. Ce roman illustre très bien le conflit d’idées entre les anciennes croyances et la nouvelle religion.

De plus, c’est sur cette trame que j’ai le plus de matière, et c’est aussi celle-là qui a fasciné le plus longtemps narrateurs en tout genre, des ménestrels et troubadours du moyen-âge aux scénaristes et romanciers de notre époque. Ne vous étonnez donc pas si le ton de mes billets prend souvent cette direction.

La geste arthurienne, même si historiquement, on ne lui trouve pas forcément de fondement, a le mérite de représenter cette arrivée progressive du christianisme, l’unification des différents royaumes, baronnies et autres terres seigneuriales sous une seule haute couronne, tout en abordant des thèmes chers à toutes les époques : l’amour (plus ou moins légitime), le pouvoir et son attrait, la guerre… Elle a aussi permis à de nombreux conteurs d’illustrer des valeurs fortes : le courage, l’intégrité, l’honneur, la foi (en une religion ou une autre…), la fidélité, l’humilité. Ces valeurs sont parfois dépeintes en creux, mais sont bel et bien présentes tout au long de la trame arthurienne.

Comme de nombreuses légendes ayant survécu à travers les siècles, la geste arthurienne contient un riche enseignement pour les générations successives, et il est important de s’en souvenir.

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