Morgane, de la lumière à l'ombre

Voilà un moment que je n’avais pas fait d’article sur la matière de Bretagne. Mais j’ai lu sur un autre blog un article consacré à Morgane, et j’ai eu envie de faire de même. Dans le blog en question, l’article était profondément tourné vers les croyances païennes de la rédactrice, et c’est pour ça que j’ai décidé de refaire des recherches.

Car Morgane est un des personnages les plus mystérieux de la matière de Bretagne (à mes yeux, seule Viviane est encore plus difficile à déchiffrer) : son ascendance et sa descendance changent selon les récits et les époques, sa personnalité évolue… Seul point stable au fil des siècles : Morgane est une fille d’Avalon.

Morgane la fée

La fée Morgane (Anthony Frederick Sandys, huile sur panneau, 1864)

Comment est-elle passée d’une innocente sœur à la puissante magicienne œuvrant contre Arthur ?

La prêtresse d’Avalon

Car c’est bien là tout le problème avec Morgane : son rôle est un de ceux qui évoluent le plus au fil du temps et des narrateurs. Chez Monmouth et son Histoire des Rois de Bretagne, elle est la sœur Anne, simplement mentionnée sans précision aucune. Dans sa Vie de Merlin, on parle d’une Morgane, prêtresse de la mystérieuse île d’Avalon, qui viendrait prendre soin d’Arthur mourant. Ce sont bien deux personnages distincts, et pourtant, dès Chrétien de Troyes, dans Yvain et le Chevalier au Lion, elles seront amalgamées pour n’être que Morgane, la demi-sœur d’Arthur, prêtresse d’Avalon.

Cette prêtresse est un personnage positif, qui soigne et aide, savante et respectée. Elle aide les chevaliers en détresse, et surtout, à ce moment du cycle, elle reste encore la magicienne qui transporte Arthur mourant après sa défaite contre Mordred à Avalon, pour qu’il y soit, selon la légende, soigné avant de revenir soutenir les Bretons.

L’intrigante

Le tournant vers la magicienne sombre telle qu’on la connaît aujourd’hui va se faire lorsque le personnage se précisera, principalement dans le Lancelot-Graal, un des plus grands cycles de la matière de Bretagne. Elle y est alors demi-sœur d’Arthur par leur mère, Ygerne, puisqu’elle est la fille du duc de Gorlois, le premier mari d’Ygerne. Lorsque celle-ci sera mariée à Uther et mère d’un deuxième enfant, Arthur, Morgane sera envoyée au couvent. Suivant les versions, c’est là qu’elle découvrirait la magie, dont elle continuera l’apprentissage avec Merlin. Elle sera mariée ensuite contre son gré à Urien, roi des terres du Nord (l’Ecosse ?), qu’elle trompera sans état d’âme. On lui prête des aventures avec de nombreux chevaliers, le plus célèbre d’entre eux étant Accolon.

Elle complotera régulièrement contre Arthur, sa femme Guenièvre et ses Chevaliers de la Table Ronde, en cherchant notamment à exposer l’amour adultère entre la Reine et Lancelot du Lac. Certaines versions prêtent même à Morgane une relation (très) brève avec ledit Lancelot.

Elle est aussi régulièrement la mère de Mordred, celui qui amènera la perte d’Arthur et dont la haine envers le Roi est le résultat de l’éducation de sa mère. Morgane, selon cette version, voulait en effet détruire Logres, le royaume d’Arthur, de manière bien plus efficace qu’avec Accolon. Certains racontent même que Mordred n’est autre que le fils incestueux de Morgane et d’Arthur, né au cours de rituels païens.

Une magicienne puissante

Cependant, qu’elle soit bonne ou mauvaise, on constate que Morgane reste toujours liée à la magie d’Avalon. Elle est la principale opposante à Guenièvre, qui représente elle les couleurs du christianisme. C’est la présence de Morgane, plus que de Viviane, qui assure la représentation des traditions païennes bretonnes dans le mythe arthurien.

Son nom, Morgane la Fée (ou Lefey, en anglais, par assimilation du nom français), lui vient de cette présence permanente de la magie autour d’elle. Femme de la mystérieuse Avalon, est-elle toujours vraiment humaine ? Sa vie sur cette île quasiment introuvable, sa puissance magique, sa capacité à ensorceler les gens, ne sont-elles pas la preuve que Morgane, plus que la demi-sœur du Roi, est devenu une créature magique, au même titre que les Dames fées qui peuplent les châteaux isolés et les forêts reculées dans les récits chevaleresques de la même époque ?

Dès le 18è siècle, cette ambiguïté va prendre de l’importance, jusqu’à faire de Morgane le symbole d’un certain féminisme, revendiquant de façon romantique (au sens littéraire du terme) son indépendance et sa puissance, diabolisée pour les uns pour cette raison, adorée (non, le mot n’est pas trop fort) par les autres.

Morgane aujourd’hui

C’est pour cela qu’aujourd’hui, elle est souvent reprise par les mouvements néo-païens, comme inspiratrice ou comme modèle. Il est intéressant de remarquer que ce modèle n’est pas toujours sombre, et que ses adeptes ne se tournent pas forcément vers la version la plus connue de Morgane. D’autres, au contraire, tirent ce trait encore plus loin, en l’associant avec la Morrigan celtique, présente dans les panthéons irlandais et bretons, déesse de la passion (guerrière comme charnelle).

Bref, à partir de cette trame littéraire que je viens de raconter, de nombreuses interprétations sont possibles.

J’aimerai juste mentionner deux de ces interprétations contemporaines : une qui respecte le mythe tardif de la fée mauvaise, et une autre qui nuance cette version.

La première est le personnage de Morgane dans la série anglaise Merlin, commencée en 2008 (c’est donc vraiment tout récent). Elle y est au début un personnage plutôt positif, quoiqu’un peu transparent, mais lorsqu’elle prendra de l’ampleur, elle révèlera sa nature plutôt haineuse. Une autre série concernant le mythe arthurien sortira prochainement, s’appelant Camelot, mais j’ignore encore quel rôle aura Morgane (elle y est cependant présente, jouée par la belle Eva Green).

La deuxième est le roman de Marion Zimmer Bradley, les Dames du Lac. Ce récit est centré sur Morgane, et même s’il respecte tous les détails donnés dans le mythe arthurien, on peut y voir la volonté de rétablir une certaine noblesse à cette fée, en montrant qu’elle n’est pas si mauvaise, et qu’elle avait ses raisons d’agir, voire que parfois, contrairement aux apparences, la situation échappait complètement à son contrôle.

Morgane la Fée

Image de couverture des Dames du Lac, dans son édition de 1986

C’est cette version que j’aimerais retenir pour conclure cet article, car elle permet de nuancer le personnage de Morgane, sans lui retirer ses méfaits, mais en montrant aussi qu’elle a fait du bien, ce qui était son rôle, après tout, chez les premiers narrateurs.

3 reflexions sur “Morgane, de la lumière à l'ombre

  1. Drenagoram Auteur de l'article

    Bonsoir ,
    Comme Toute les Femmes de Pouvoir ,
    Ayant attraits de la Magie ,
    Morgane était à bon Vouloir ,
    Tantôt en Ombres dans les Ecrits ,
    Tels Les Sorcières nées du Mépris ,
    Ou de Lumières par son Savoir ,
    Quand elle Savait veiller une Vie ,
    Son Âme venait d’une île Jadis ,
    Intemporelle dans Toute l’Histoire ,
    Le Berceau Mère Tissant les Fils ,
    De Toutes les Trames , qu’on aiment à Voir ,
    Celles d’Une Etoffe aux Liens Subtils ,
    D’où se Croisent l’Hors de nos Destins ,
    Et les Rencontres d’un Autre Chemin .
    Qui donnent au Monde une Onde de Sens ,
    Une Quête à Vivre en Connaissances ,
    Parlant d’une Voie , Contre le Vain ,
    Et d’un Repos , près d’une Dame ,
    Pour Ceux qui Rêvent de ses Charmes.
    NéO~

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Le chemin de Morgane à travers la littérature est un chemin initiatique en soi ! De la sagesse ancestrale aux pratiques magiques occultes, on peut y voir le destin des croyances magiques à travers les âges.
      Je préfère la version neutre, celle d’une femme cultivée et sans doute avec une certaine sagesse, mais aussi une grande détermination à accomplir ses buts. Sans doute le côté romantique qui ressort… 😉
      Mais, en effet, chacun y voit ce qu’il veut, c’est ce qui est bien avec ces légendes !

      1. Drenagoram Auteur de l'article

        Oui , et la plupart des Anciens écrits à l’époque ,
        Etait l’Oeuvre de Moines qui étaient Erudits ,
        Déjà pas très tendre avec la Magie ,
        Encore Moins avec les Femmes ,
        Tout de suite Taxée de Mauvaise Âme ,
        Il ne Faut s’étonner des Traits de Dame Morganne ,
        Certainement exagérer , ou bien Deformer ,
        Et voir dans l’Ombre en Filigrane ,
        Celle d’un Combat de Toute une Vie ,
        Une Lutte marquer à la Culotte ,
        Pour Avoir Droits et Mot à Dire ,
        Dans les Coulisses d’Anciens Empire.
        NéO~

        Be Article et belle Soirée

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