Perceval ou le Conte du Graal : l'initiation chevaleresque

C’est le titre d’un des romans de Chrétien de Troyes. J’avais déjà parlé de son Lancelot ou le chevalier de la charrette, et en voici un deuxième. Je l’avais étudié dans le cadre de mon programme de littérature, au bac, il y a de ça quelques années, mais je dois avouer que c’était devenu bien flou. Mais hier, je l’ai ressorti de ma bibliothèque, et je le redécouvre à présent. Il montre un des thèmes les plus prisés du Moyen-Âge : l’initiation et l’édification des chevaliers.

Perceval couverture

Perceval ou le Roman du Graal, par Chrétien de Troyes

Perceval est un Gallois, c’est-à-dire, dans la littérature de l’époque, un homme bien peu civilisé. Comment cette brute sans raffinement peut-elle devenir l’un des plus grands chevaliers de la Table Ronde, un des deux seuls qui réussira à approcher ce fameux Graal ?

Le contexte du roman

Chrétien de Troyes écrit une nouvelle fois sur commande, pour le comte de Flandres, qu’il n’hésite pas à comparer à Alexandre le Grand. On sent le changement de mécène entre Le Chevalier de la Charrette et le Conte du Graal. Le premier était commandé par une femme, et Chrétien avait placé au cœur de l’intrigue l’amour entre Lancelot et Guenièvre. Celui-ci, commandé par un homme, raconte l’évolution d’un jeune homme en chevalier. On peut imaginer que le comte réservait ce roman à l’édification de son fils ou des chevaliers l’entourant.

Cependant, on y retrouve de la même manière le merveilleux. Lancelot rencontrait des dames aux origines mystérieuses, Perceval rencontre le Roi-Pêcheur et visite des châteaux merveilleux.

La particularité du roman réside dans sa fin. Ou plutôt, son absence de fin. Comme pour le Lancelot, Chrétien de Troyes n’a pas fini son Conte. Cependant, on estime que ce n’est pas parce qu’il a abandonné le manuscrit, mais tout simplement parce qu’il est mort avant d’avoir pu le terminer. Du coup, d’autres narrateurs ont pris l’initiative de terminer l’histoire pour lui. L’édition que je possède rassemble quelques unes de ces continuations, j’aurai donc l’occasion de vous en parler.

La deuxième particularité est que le roman ne se concentre pas sur Perceval. Comme pour mettre en évidence son manque d’éducation chevaleresque, Chrétien de Troyes a choisi de raconter en parallèle les aventures de Gauvain, le chevalier courtois par excellence. Alors que le preux chevalier parvient à vaincre les épreuves demandant noblesse, courage et intégrité, Perceval échoue dans sa quête principale.

La quatrième de couverture

L’édition que je possède est celle publiée par Gallimard, dans sa collection Folio Classique, spécialement pour le bac de littérature (quelle chance, n’est-ce pas ?). La traduction du roman (la langue, pas le livre) est de Jean Pierre Foucher, réalisée en 1974.

Un ange descendit du ciel avec une épée flamboyante d’une toise de long, et Mordrain s’arrêta tout coi sous la parole qu’il entendit : « Mordrain ! Tes péchés sont si lourds que tu n’en seras délivré aucun jour de ta vie. Tes plaies ne se guériront pas ; elles dureront, toujours ouvertes et tu resteras sans mourir, jusqu’au jour où viendra le Chevalier aimé de Jésus-Christ, confessé de tous ses péchés, qui te soulagera de tes fautes, et tu mourras entre ses bras. D’ici à ce jour là, tu resteras couché entre deux draps, et tu ne goûteras nulle viande que tu ne désireras même pas, mais seulement le Pain de Vie. »

Le roi Mordrain est resté dans son lit, sans en sortir ni jour ni nuit, il y aura trois cent ans cet été.

Quelques uns disent que ce chevalier-là, dont je vous parle, est déjà sur la terre, et que même il a commencé la Quête du Graal et de la Sainte Lance. Le roi Mordrain sera guéri de tous ses maux quand Dieu les réunira tous les deux.

Un roman d’initiation

Le roman est initiatique : on commence avec un jeune Gallois naïf et crédule pour finir avec un chevalier accompli. Chrétien de Troyes marque bien les différentes étapes de la progression.

Le début de l’histoire raconte comment le jeune Perceval, bien que fils, petit-fils et frère de valeureux chevaliers, a été élevé par sa mère dans l’ignorance totale des armes et des valeurs de la chevalerie. Lorsqu’il rencontrera pour la première fois des chevaliers, il les prendra pour Dieu accompagné de ses anges !

Comme pour le Lancelot, on ne connaît pas le nom du personnage principal, qu’on ne découvrira qu’à la moitié du récit, dans des circonstances très particulières. Au début de l’histoire, il est désigné sous le nom de garçon (ce qui montre bien son inexpérience), le Gallois (titre péjoratif puisque ce peuple était considéré comme rustre par les cours françaises et anglaises du Moyen-Âge), puis, un peu plus tard, lorsqu’il aura gagné son armure et se sera fait adoubé par un prudhomme (un chevalier sédentaire), on le désignera sous le nom de chevalier.

Comme dans tout roman initiatique, il y a des « épreuves » de passage. S’il réussit glorieusement à celles qui feront de lui un chevalier respecté, il échoue à celles qui en feront un chevalier exceptionnel : il échoue à l’épreuve du Graal, puis il apprendra plus tard que sa mère est morte de son départ. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’on apprend son nom : Perceval le Gallois, tourné alors en « Perceval le Chétif » par sa cousine qui lui relate la mort de sa mère.

Perceval chez le Roi-Pêcheur

Perceval voit la Lance qui Saigne et le Graal défiler devant lui, chez le Roi Pêcheur

Bien que chevalier de titre, l’initiation n’est donc pas terminée. Il lui faudra d’abord réparer sa faute survenue chez le Roi-Pêcheur, puis s’élever spirituellement. Ce roman consacre de fait la chevalerie célestielle.

C’est sans doute pour affirmer les qualités de la chevalerie célestielle que Chrétien de Troyes a choisi de montrer en parallèle des aventures de Perceval celles de Gauvain. Celui-ci aura aussi une quête à mener, mais elle n’est en rien initiatique : il a déjà honneur, gloire, intégrité, courage, et surtout, la foi.

En effet, on quitte Perceval alors qu’il retrouve tout juste le chemin de la foi, après cinq ans d’errance sans but véritable. A Pâques (la date est symbolique, tout de même), il reçoit d’un oncle ermite l’absolution de ses pêchés et l’explication de son échec. Perceval décide alors de repartir dans sa quête.

Malheureusement, l’auteur n’a pas terminé son livre, et on ne saura jamais quel destin il avait vraiment réservé à son Gallois. Aurait-il retrouvé le Roi-Pêcheur, aurait-il enfin accompli la simple tâche qu’on lui demandait ? Ou Gauvain, plus accompli sur le chemin de l’honneur et de la foi (et les deux sont liés chez Chrétien de Troyes, qui était chanoine, ne l’oublions pas), l’aura-t-il devancé dans cette quête ? Qu’est-ce vraiment que le Graal ?

On comprend, avec de telles interrogations, que les continuateurs ont été nombreux à proposer leur version de la suite de cette histoire. Le mythe du Graal est né.

5 reflexions sur “Perceval ou le Conte du Graal : l'initiation chevaleresque

  1. Drenagoram Auteur de l'article

    Une Parabole à l’Escalier ,
    Un Monde en Marches ,
    Toutes Reliées ,
    Il faut s’élever ,
    Sous plusieurs Angles ,
    Rechercher l’Arche ,
    Pour perçevoir une Vue d’ensemble. 🙂
    NéO~

  2. Drenagoram Auteur de l'article

    Bonjour Darboria ,
    Une Quête Intemporelle ,
    Gauvain et Lancelot en Chemins ,
    Un Roi~Pêcheur montrant la Voie ,
    Et des Enigmes pour Trouver Celle ,
    L’Hors que Contient un Graal en Soi ,
    Quand l’âme Découvre dans le Vain ,
    L’Esprit qui Veille au Coeur du Bois.
    NéO~

      1. Drenagoram Auteur de l'article

        N’oublis pas de me le Dire ,
        Au fil qui tisse tes Recherches ,
        La Quête d’une Vie en Aventures ,
        Entre Mémoires et à venir ,
        Parfois une Dame nous tend la Perche ,
        Si tu perçois un Jour l’Essence 😉
        Le Souffle du Graal est en Nature ,
        Au Coeur du Val d’Echo Naissance.
        NéO~

        1. Gwenn Auteur de l'article

          Peut-être que cette quête de connaissances perpétuelle est mon Graal à moi, qui sait ? 😉 Mon chemin est encore bien long à parcourir avant de prétendre pouvoir ne serait-ce l’entrapercevoir…

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