Les Douze Travaux d'Hercule – Partie 6 : le tour de Méditerranée

Ce billet, dans la continuité des Travaux d’Hercule que j’ai commencé depuis quelques semaines, ne parlera aujourd’hui que d’un seul travail. En effet, ce dixième travail représente un long voyage, rempli d’aventures annexes de plus ou moins grande importance. J’ai déjà tendance à faire des billets plutôt longs, autant limiter cette longueur autant que possible… 🙂

Voici donc le dixième travail d’Hercule, ramener le troupeau de Geryon à Eurysthée.

Hercule affronte Geryon (amphore à figures noires, 550-540 avt. J.C.)

Il faut savoir quelques petites choses sur Geryon et son troupeau avant de commencer notre histoire. Si Eurysthée tient à posséder ce troupeau, c’est parce qu’il est réputé être le plus beau du monde connu. Cependant, Eurysthée ne demande pas de simplement se rendre auprès de Geryon et de ramener les bêtes : ce troupeau se trouve aux confins de la Méditerranée, au niveau du détroit de Gibraltar. De plus, Geryon n’a rien d’un paisible gardien de troupeau : c’est une créature dotée de deux jambes, mais au niveau des hanches, son corps se sépare en trois, pour former trois torses, avec trois têtes et trois paires de bras. C’est un géant, fils de Chrysaor, alors roi de la péninsule ibérique, et de Callirhoé, elle-même fille du titan Océan. Il était assisté d’un autre fils de titan : son chien à deux têtes, fils de Typhon. Enfin, ce qu’Eurysthée savait mais que Hercule allait découvrir sur le tard, c’était que Chrysaor avait trois autres fils, qui commandaient chacune une puissante armée, et qu’il n’était absolument pas prêt à laisser partir son beau troupeau.

De la Grèce à l’Ibérie

Bref, la tâche ne s’annonçait pas comme une simple promenade pour notre héros, qui avait pour obligation de partir seul. Il prit donc la mer dans un petit bateau facilement maniable. Mais nous l’avons découvert dans la partie 5 de cette série que Hercule n’est pas vraiment adepte de ces traversées en mer.

Il commença son long voyage par la Crète, qu’il connaissait déjà pour y avoir affronté le taureau de Crète. Là, pour honorer son père Zeus qui y avait grandi, il débarrassa l’île de tous les animaux dangereux : serpents, loups, ours… C’est pour ça qu’encore aujourd’hui, on ne croise pas d’animaux sauvages dangereux en Crète.

De la Crète, il se rendit ensuite en Libye (qui, d’après ce que j’ai compris du récit, couvre l’Afrique du Nord de la Libye actuelle au Maroc), où il continua sa purge de bêtes féroces, mais surtout affronta Anthée, qui avait pour habitude de tuer tous les voyageurs qu’il rencontrait. Mais cette fois le géant tomba sur plus fort que lui, et Hercule le tua, avant de continuer sa route en direction du couchant.Tout au long de son voyage, il pacifia ainsi les régions qu’il traversait, les débarrassant aussi bien des bêtes sauvages que des bandits de toute sorte. Il aida aussi les habitants à fertiliser leurs terres et à protéger leurs villes pour renforcer le commerce. Diodore de Sicile n’hésite même pas à dire qu’il fit ainsi de la Libye un royaume riche et prospère.

Hercule affronte Anthée (peinture sur bois, Antonio Pollaiolo, fin 15è s.)

Il arriva enfin à la jonction entre les continents africains et européens. Là, les récits divergent. Certains racontent qu’Hercule, après avoir passé l’étroite bande de terre qui reliait les deux continents, chercha à laisser sa trace aussi loin de son pays natal, et d’un grand coup de ses poings dans le sol, provoqua un tremblement de terre qui brisa cette digue naturelle entre l’Océan et la Méditerranée. Cette dernière, jusqu’alors un grand lac, devint ainsi une mer. D’autres versions, comme celle d’Apollodore, expliquent que les deux continents étaient autrefois beaucoup plus distants l’un de l’autre et qu’au contraire, Hercule, avec ses colonnes, les rapprocha tant qu’il en empêcha les gros animaux vivant dans l’Océan de jamais entrer dans la Méditerranée, protégeant par là-même tous les pays qui la bordaient. Toujours est-il que ces colonnes portent depuis son nom, encadrant le détroit de Gibraltar.

En Ibérie

Une fois en Ibérie, Hercule se rendit jusqu’au rivage de l’Océan, cherchant à gagner l’île sur laquelle Geryon gardait son troupeau. Mais le soleil andalou l’écrasait de sa chaleur. N’en pouvant plus, il menaça Hélios (le dieu du soleil) de son arc. Admiratif devant son courage, le dieu promit de ne plus l’accabler, et lui proposa même sa coupe d’or pour naviguer. Hercule accepta, et grimpa dans l’étrange embarcation pour se rendre sur à Erythie, l’île de Geryon.

Hercule dans la coupe d’Hélios (céramique à figure rouge, Vè s. avt. J.C.)

Arrivé là, il grimpa sur le mont Abas. Le chien de Geryon le repéra et se précipita sur lui. Mais Hercule maniait sa massue comme un virtuose et assomma sans tarder l’animal. Ménoétès, qui faisait paître non loin les troupeaux d’Hadès, vit la scène et la rapporta à Geryon. Furieux d’avoir perdu son valeureux chien de garde, le géant s’avança à la rencontre du héros. Les deux combattants s’affrontèrent sans plus tarder, et Geryon se trouva mortellement blessé. Hercule n’hésita pas longtemps avant de faire embarquer le troupeau dans la coupe d’Hélios et de ramener les bêtes en Ibérie. Une fois sur le continent, il rendit la coupe au dieu, et continua sa route, prêt à rentrer par un long voyage chez Eurysthée.

Mais en Ibérie, les trois fils de Chryséor l’attendaient, désireux de récupérer le troupeau que Géryon gardait pour leur père. A lui seul, Hercule parvint à défaire leurs trois armées, et donna les terres au plus vertueux des chefs indigènes.

Le retour

Il reprit son chemin, décidé à contourner la Méditerranée plutôt que s’aventurer une nouvelle fois dessus. Le détroit de Gibraltar n’étant pas praticable avec le troupeau, il choisit de passer par le Nord, et donc les terres celtiques. De même qu’en Libye, Hercule pacifia la région, et chercha à civiliser les autochtones en changeant certaines coutumes, notamment celles qui les faisaient tuer les étrangers qui venaient à s’aventurer sur leur territoire.

Diodore de Sicile raconte qu’il fédéra une armée autour de lui et qu’il fonda la ville d’Alésia, qui eut rapidement une excellente réputation parmi le peuple celte. Elle resta, comme chacun le sait, imprenable jusqu’à l’arrivée d’un certain Caius Julius Caesar. De même, l’historien explique qu’en passant de la Gaule à l’Italie pas encore romaine en traversant les Alpes, il pacifia le peuple de brigands qui vivaient dans les montagnes et pratiqua une route confortable pour toute une armée avec ses bagages (j’ai comme l’impression que cette route manqua terriblement à Hannibal, quelques siècles plus tard… ).

Enfin, il arriva dans la péninsule italienne, en Ligurie. Diodore de Sicile fait une description amusante de ce pays, avec une petite anecdote étrange :

La région qu’habitent les Liguriens est âpre et stérile. Cependant, grâce aux travaux et aux immenses efforts de ses habitants, elle produit quelques rares fruits. Les Liguriens sont de petite taille ; mais ils deviennent vigoureux par la suite de continuels exercices ; éloignés du luxe de la vie, ils acquièrent une force et une agilité remarquables dans les combats. Le sol qu’ils cultivent demande beaucoup de fatigues et de labeur ; les femmes mêmes sont accoutumées à partager avec les hommes les travaux des champs. Les hommes et les femmes louent leurs bras moyennant salaire. Il arriva de nos jours une chose fort singulière, relativement à une femme de ce pays. Quoique enceinte, elle travaillait à la journée avec des hommes. Atteinte des douleurs de l’enfantement, elle se retira sans bruit dans quelques buissons. Là, étant accouchée, elle couvrit son enfant de feuilles et l’y cacha. Elle revint ensuite se mêler aux travailleurs et partagea leurs fatigues, sans rien dire de ce qui était arrivé ; mais les cris de l’enfant découvrirent la chose. Cependant le chef des ouvriers ne put obtenir de la mère qu’elle quittât son travail ; elle ne se retira que lorsque son maître, ayant pitié d’elle, lui eut payé son salaire.

Le passage d’Hercule dans la péninsule italienne ne se fit pas sans heurt. En Ligurie, il dut affronter Ialébion et Dercynos, deux fils de Poséidon, qui voulurent lui voler son troupeau. Il descendit ensuite la côte thyrrhénienne, jusqu’au Tibre. La ville de Rome n’existait pas, et ce pour encore quelques siècles. Cependant, on trouvait une petite ville sur le mont Palatin. Hercule fut chaleureusement accueilli par ses habitants et promit que, lorsqu’il aurait atteint l’immortalité, tous ceux qui lui donneraient en offrande un dixième de leur fortune en retireraient bien d’avantage et auraient une vie particulièrement heureuse. Cette pratique s’est longtemps perpétuée à Rome, où l’on honorait donc aussi Hercule.

Du Tibre, il descendit ensuite jusqu’aux champs Phlégréens, les champs de lave qui entourent le Vésuve. Là, il dut affronter les Géants qui s’étaient unis en ordre de bataille. Pour cela, il reçut l’aide des dieux, et il put continuer son chemin. Il voulut reprendre vers le Nord afin de contourner la mer Adriatique, mais un de ses bœufs s’échappa et parvint à rejoindre à la nage la Sicile. Il se mêla alors aux troupeaux du roi Eryx, qui gouvernait sur l’île. Hercule, ne voulant laisser s’échapper aucune bête, fit traverser à tout son troupeau l’étroit bras de mer qui sépare la Sicile de l’Italie, et chercha à récupérer son bœuf fugueur.

Le troupeau de Geryon

Mais le roi Eryx voulait le garder, afin de l’accoupler avec son troupeau. Hercule et lui convinrent donc d’un duel, avec pour enjeu pour le roi son royaume et pour le héros ses bêtes. Eryx fit remarquer qu’un troupeau de bœufs, même aussi remarquables que ceux-là, ne valaient pas un royaume, mais Hercule expliqua alors que s’il n’accomplissait pas ce travail, il perdrait tout droit à prétendre à l’immortalité, et que donc les bêtes avaient une valeur très importante. Le roi accepta donc le défi. Il le perdit trois fois, refusant d’avouer sa défaite. Finalement Hercule le tua et donna le royaume au peuple, avertissant toutefois qu’un jour, lui ou un descendant viendrait réclamer cette terre. Avant de retourner sur la péninsule italienne, il prit le temps de fonder la ville d’Héraclée.

De retour en Italie, il gagna la côte Adriatique et commença enfin à reprendre vers le nord, pour rejoindre la Grèce. Cependant, au nord de la mer Adriatique, Héra estima que le voyage devenait trop facile pour son beau-fils tant haï, et lança un taon pour exciter le troupeau. Cela fonctionna parfaitement, puisque les bêtes se dispersèrent dans les montagnes thraces. Hercule, furieux de ce contretemps, rassembla tant bien que mal l’essentiel de son troupeau, mais dut renoncer à quelques bêtes, décidément introuvables.

La fin du voyage se passa tranquillement, et il put enfin présenter les magnifiques bœufs de Geryon à Eurysthée. Celui-ci, satisfait, sacrifia toutes les bêtes à… Héra.

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