Les Trésors de l'Autre Monde celtique

Cela fait un certain temps que je n’ai pas écrit de nouvel article. Manque d’inspiration, de sources, de temps… Bref, me revoilà, avec une nouvelle découverte.

Au début, je voulais parler du chaudron du Dagda, l’équivalent celtique de la corne d’abondance. En fait, je pense qu’il y aurait matière à en faire un article à part entière, mais en faisant quelques recherches, j’ai trouvé quelque chose de beaucoup plus intéressant à vous raconter.

Je savais déjà que ce chaudron était issu d’un ensemble de quatre artefacts magiques, chacun utilisé par un des dieux du Tuatha de Danann. J’en avais lu quelques phrases, pas plus, et j’ai donc décidé d’approfondir de ce côté.

Et il se trouve que ces quatre objets aux immenses pouvoirs magiques sont liés à l’origine même des Tuatha de Danann : Tir na nOg, dans l’Autre Monde celtique.

Tuatha De Danann

Les Tuatha De Danann venant de Tir na nOg, en conquête de lIrlande

J’avais déjà parlé de cet Autre Monde, lorsque j’avais raconté que les Tuatha de Danann, après leur défaite contre les Milésiens, avaient décidé d’y vivre, se servant des portes naturelles (cercles de terre, de pierre…) comme passage entre notre monde et cet Autre Monde invisible. J’ignorai alors que c’était aussi leur monde d’origine.

Cet Autre Monde était autrefois situé sur des îles, loin à l’ouest des terres celtiques. Comme les Romains ou les Grecs croyaient que la Terre était plate et que les eaux des océans étaient peuplées de monstres terrifiants et se déversaient dans le néant, les celtes croyaient qu’à l’ouest des terres connues se trouvait cet Autre Monde. Brendan le Navigateur aurait même essayé de le rejoindre en bateau, en partant d’Irlande, accomplissant ainsi en premier et presque dix siècles plus tôt la traversée qui allait faire entrer Christophe Colomb dans l’Histoire.

Puis cet Autre Monde est devenu une sorte de monde « parallèle » au nôtre, et les portes magiques, déjà connues, n’étaient plus des raccourcis pratiques entre les mondes pour les gens de Dana, mais bel et bien des portes à part entière.

Un cercle des fées, Irlande

Un cercle de terre, vu depuis le monticule formant ce cercle. Celui-ci est réputé en Irlande de l’ouest, car il est presque intact malgré le temps.
 

L’Autre Monde, comme le nôtre, comporte de nombreux pays. Le plus connu d’entre eux est Tir na nOg, ou Terre de l’éternelle Jeunesse. De ce pays où le temps n’a pas court viennent les Tuatha de Danann et leur puissance magique.On y trouve quatre villes mythiques : Finias, Gorias, Murias et Falias.

Chacune de ces villes empruntes de magie possédait deux trésors : un objet aux étonnants pouvoirs, et un grand druide, porteur de sagesse et de connaissance. Nous aurons peut-être l’occasion de reparler des druides plus tard. Comment ces quatre objets quittèrent l’Autre Monde pour entrer dans le nôtre, les légendes ne sont pas toutes d’accord à ce sujet. Mais par contre, elles s’accordent sur la nature de ces artefacts :

De Falias vient Lia Fail, la pierre de vérité, aussi connue sous le nom de la Pierre du Destin, parce qu’elle émettrait un bruit puissant de joie quand un roi véritable venait à la toucher. Les rois celtiques étant élus et non désignés de façon héréditaire, on peut deviner l’importance que revêt cette pierre dans l’élection du bon roi, celui qui ferait prospérer le pays et non sa propre fortune.

De Gorias vient Gae Assail, la lance magique de Lugh, celle qui lui a servi notamment à tuer son grand-père Balor et vaincre les Fomoires. Cette lance ne pouvait jamais manquer sa cible.

De Murias vient le Chaudron du Dagda, qui fournit en abondance nourriture, sans jamais s’épuiser. Ce Chaudron magique est ainsi parfaitement associé au dieu de l’exubérance. On retrouve dans la mythologie celtique de nombreux chaudrons d’abondance, légendes nourries (presque littéralement 😉 ) par la découverte de nombreux objets à usage symbolique, dont le fameux chaudron de Gundestrup, lui-même associé au mystérieux dieu gaulois Cernunnos.

celtic God Dagda or Daghda

Enfin, de Findias vient Freagarthach, « Celle qui a toutes les réponses »,  qui est, de façon assez inattendue, l’épée du roi Nuada, qui n’infligeait que des blessures mortelles. Elle porte aussi le nom de Claíomh Solais, l’Epée de Lumière, du fait qu’émanait d’elle en permanence une intense lueur blanche (qui à mon humble avis devait être aussi redoutable en combat que le tranchant de la lame, de part son pouvoir aveuglant).

Comment ces objets magiques ont-ils traversé les frontières entre les mondes ?

Certains racontent que les dieux les ont tout simplement emmené avec eux lorsqu’ils ont voulu s’installer en Irlande. Originaires de ces villes, ils se seraient répartis ces objets en fonction de leurs talents et/ou de leurs attributs, et les auraient emporté avec eux.

Dans le Livre des Invasions, un des grands recueils de la mythologie celtique irlandaise, qui raconte entre autres comment Lugh a permis la victoire des Tuatha de Danann sur les Fomoires lors de la Seconde Bataille de Magh Tuired, on raconte que ces quatre artefacts ont été apportés par ce dieu omnipotent, qui avait grandi chez son père adoptif, le dieu des mers Lir, dans l’Autre Monde justement, bien qu’il soit né dans le nôtre.

Quelle destinée pour ces objets ?

La légende entourant ces quatre artefacts traverse les époques, puisqu’on reparle de certains d’entre eux dans des contextes tout à fait différents. Si la lance de Gorias, si fortement liée à Lugh, ne reparaît pas plus tard dans les mains d’autres héros, ce n’est pas le cas de l’épée de Nuada ou du chaudron du Dagda.

Ainsi, le Chaudron Magique resurgit lors des interprétations du Graal de la matière de Bretagne. Pour certains, en effet, ce graal ne serait pas la coupe du Christ, ni même un basique objet du quotidien, mais le chaudron d’abondance du Dagda. Après tout, la matière de Bretagne n’a-t-elle pas toujours été très fortement liée à la matière celtique, dont elle tire ses origines mêmes ?

Mais la plus spectaculaire renaissance concerne l’épée de Nuada : par une formidable évolution étymologique et mythologique, on passe de Claíomh Solais, l’Epée de Lumière à Caladbolg, Dur-Tranchant, pour devenir finalement… Excalibur, l’épée d’Arthur, celle qui lui permettra de vaincre tant qu’il l’aura à ses côtés.

La Pierre du Destin est celui des quatre objets qui garde une trace historique à travers les siècles : utilisée par les rois d’Irlande, qui se mettaient debout dessus pour montrer leur légitimité, elle fut ensuite utilisée par les premiers rois écossais qui la rapportèrent dans leurs terres et l’inclurent dans leur trône. Elle prend alors le nom de Pierre de Scone, du nom du monastère où elle est située. Elle est ensuite prise par Edouard 1er comme butin de guerre et emmenée à Westminster. Mais les moines de Scone racontèrent avoir caché la véritable pierre, l’échangeant contre une autre pierre, tout à fait banale, dans le trône royal écossais. Si cette version est vraie, la Pierre du Destin est donc perdue, encore à ce jour. Mais les Templiers prétendirent aussi, pendant un temps, posséder cette pierre aux pouvoirs étranges.

Le trône et la Pierre de Scone, gravure anonyme, 1855

Crédits :

Le cercle de terre : moi-même via Flickr

Le Chaudron de Gundestrup : Petrus.agricola via Flickr

6 reflexions sur “Les Trésors de l'Autre Monde celtique

  1. Drenagoram Auteur de l'article

    Bonsoir Gwenn ,

    Quatre Portes ou Piliers d’Arches
    Quatre Artefacts d’un Autre Monde ,
    Quatre Saisons ou Vents Divers
    Quatre Raisons au Coeur de l’Onde ,

    Tu Approches de la Source du Graal ,
    Il te manque le Cinquième Elément ,
    L’Essence d’une Mère Haut Végétal ,
    Le Coeur qui Lie tout le Vivant.

    NéO~

    belle Nuit.

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Merci, c’est très encourageant ! 🙂 Je continue à chercher, et même si je ne trouve pas, le chemin aura été beau !
      Je n’avais jamais remarqué la répétition du nombre 4… On se focalise sur 3 ou 7… Mais en effet, je vais lui accorder plus d’attention, ça peut être très intéressant !

  2. A l'Ecole D'une Médium

    Je suis pas sur de tout comprendre, mais je m’accroche et j’aime assez.
    Je crois que j’ai pas mal de retard, je vais rattraper cela !

    Merci pour tes recherches, c’est comme entrer dans un monde férique (disney où es tu ?)

    😉

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Merci ! Si je te fais entrer dans un monde féérique, un de mes objectifs est rempli alors ! 😀
      Qu’est-ce que tu ne comprends pas ? Que je sache quoi améliorer la prochaine fois, ce blog n’est pas destiné à des initiés… Pour moi, ça me semble évident, et j’ai parfois du mal à savoir ce qui l’est pour vous ou non. ça me sert bien, ce genre de réponse ! 🙂

  3. marjorie m.

    C’est passionnant! Et en te lisant on voit bien que la tradition chrétienne et la littérature qui y puise s’inspire des traditions païennes. Toujours pour faire un petit parallèle avec ce que je vois en Afrique de l’Ouest : il règne ici un syncrétisme entre les religions : tout chrétien ou musulman conserve des croyances animistes. Il y a une continuité, même. Il n’y a pas eu de rupture comme en Europe, entre les anciennes traditions et la religion chrétienne.

    1. Gwenn Auteur de l'article

      J’aime bien cette évolution naturelle des religions, dans la continuité plutôt que dans la rupture. C’était aussi le cas en Irlande, où la religion chrétienne s’est bien mêlée aux traditions celtiques. Il n’est pas rare de voir dans des églises des motifs celtiques (les spirales, les nœuds, les animaux…) et les saints perpétuent les traditions celtiques (Brigid au 1er février, par exemple).
      C’est en effet assez rare (en Europe du moins…) pour être souligné ! 🙂 Ainsi, c’est aussi le cas en Afrique ? Voilà une raison supplémentaire de me pencher sur ce continent ! 🙂

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