Les nymphes, ou la Nature faite séduction

Créatures féminines et mystérieuses, d’une grande beauté et inspirant les plus ardentes passions, les nymphes servent aujourd’hui de parabole à beaucoup de choses, souvent très éloignées de la réalité. Entre  nymphes des soirées (ou encore pire, les « nymphettes »…), les nymphomanes et autres phénomènes de société, on en vient à oublier ce que furent vraiment les nymphes. Alors partons ensemble à leur découverte, entre bois et eaux vives.

La Nymphe surprise, Edouard Manet (Huile sur toile)

Les nymphes sont des créatures originaires de la mythologie grecque. En effet, nombre d’entre elles ont une parentèle avec les grands dieux de l’Olympe ou les Titans qui les précédèrent. Leurs fonctions et leurs lieux de vie sont aussi variés qu’elles. En effet, les nymphes ne sont pas seulement liées à l’eau des rivières et des fontaines, mais aussi aux cieux, aux bois, aux rochers, à la mer, aux montagnes, aux vallées… selon le rôle de leurs parents.

Mais toutes ont en commun leur grande fratrie (on trouve régulièrement des fratries de plus de cinquante nymphes), leur grande beauté, leur propension à attirer les mâles autour d’elles (qu’ils soient hommes ou dieux) et leur prestigieuse ascendance.

Les origines des nymphes

Comme je l’ai dit, les nymphes sont d’origine grecque. Qu’elles soient filles de dieux ou de Titans, ou que leur beauté aient attiré les faveurs de ces immortels, elles ont souvent eu affaire à un ou plusieurs dieux.

Leur parentèle variée leur permet de régner sur presque toutes les forces vives de la nature :

Les Uranies, sœurs des Muses, sont des nymphes célestes.

Les Hyades sont maîtresses de la pluie. Filles d’Atlas et d’Aethra, elles sont au nombre de sept (Ambrosia, Aesylé, Coronis, Phaesylé, Cleia, Phaeo et Eudora). Lorsque leur frère Hyas fut tué à la chasse, leur chagrin fut si grand que Zeus en fit des étoiles. C’est pourquoi l’apparition des Hyades, à l’aurore ou au crépuscule, annonce toujours la pluie.

Les sept Héliades (Phoetuse, Phébé, Méropé, Haia, Aethéria, Dioxippé et Lampétie) pleurèrent aussi violemment la mort de leur frère Phaéthon. Leurs larmes devinrent de l’ambre et elles furent changées en peupliers.

Parmi les nymphes terrestres, on retrouve aussi Egérie, qui vit aussi dans les peupliers et préside aux enfantements (Diane la transforma plus tard en fontaine), les Epigées, les Méliades (pour les pommiers) et les Méliae (pour les frênes). Toujours dans les arbres, on trouve les dryades, les hamadryades.

La légendaire Daphnée, fille de Pénée (dieu-fleuve de Thessalie) et de Gaïa (la Terre), fut si assidûment poursuivie par Apollon qu’elle demanda à sa mère de la protéger et elle fut transformée en laurier. C’est pour cela que cet arbre est un attribut du dieu solaire.

Dans les montagnes et les vallées, on trouve les Orestiades, Oréades des montagnes ne craignant pas le vide et amies d’Artémis (la Diane grecque), les Napées et Auloniades des vallées, les Corycides des grottes…

Enfin, le royaume le plus connu des nymphes, l’eau : les Ephydriades vivent dans les eaux douces, les Crénées et les Pégées dans les fontaines (la plus célèbre d’entre elles, Œnone, fut aussi aimée d’Apollon, qui lui enseigna la médecine), les Potamides dans les fleuves, les Linnades dans les lacs…

Les Carmentes étaient prophétesses des sources : Pastvorta lisait l’avenir et Antévorta le passé.

Les très connues Danaïdes était les filles de Danaos, lui-même petit-fils de Poséidon. Après avoir régné sur l’Egypte, il emmena ses cinquante filles en Argolide pour les offrir en mariage à ses cinquante neveux qu’il détestait. Sur ses ordres, elles égorgèrent leurs époux pendant la nuit de noces. Punies, au plus profond des enfers, elle remplissent maintenant de leurs larmes un tonneau percé .

Les Danaïdes, par John William Waterhouse (1903, huile sur toile)

Les Naïades, Silènes et Satyres sont aussi des nymphes des eaux.

Elles aussi par cinquante, les Néréides vivaient dans la mer. Filles de l’onde Nérée, elles chevauchaient des hippocampes et des tritons, dansaient, batifolaient, accompagnaient à l’occasion les cours de Téthys ou Amphitrite…

Encore plus nombreuses, on ne compte pas moins de trois mille Océanides, filles d’Océanos et de Téthys. Lorsque Prométhée fut enchaîné à son rocher par Zeus, elles l’accompagnèrent pour apaiser de leur chant sa douleur.

De la séductrice à la nymphomane

Le mot « nymphe » signifie « femme féconde ». Ce sont des créatures fondamentalement bienfaisantes, mais qui ont besoin de séduire les hommes pour assurer leur pérénité. En effet, elles ne sont pas immortelles, mais jouissent d’une très longue vie. Lorsqu’elles décident de se donner à un homme afin de procréer, elles renoncent alors à leur longue vie, et s’engagent dans une union indissoluble avec cet homme.

C’est cette façon de choisir leur époux, dans des sociétés où c’était généralement l’inverse qui était de mise, qui a donné naissance à la « nymphomanie ». Mais contrairement au sens de « dévoreuse d’homme » qu’on donne à ce mot aujourd’hui, les nymphes ne s’engagent qu’une fois et sont fidèles. Et attendent la même chose de leur époux.

Leur jalousie est féroce. Et de créatures bienfaisantes et généreuses, elles peuvent devenir particulièrement cruelles si elles se sentent bafouées. Ainsi, l’Abbé de Villars donne l’exemple d’une nymphe trompée :

Un philosophe avec qui une nymphe était entrée en commerce d’immortalité, et dont il avait reçu les plus précieuses faveurs, fut assez malhonnête pour aimer une femme… Comme il dînait avec sa nouvelle maîtresse et quelques-uns de ses amis, on vit en l’air la plus belle cuisse du monde ; l’amante invisible voulut bien la faire voir aux amis de son infidèle, afin qu’ils jugeassent du tort qu’il avait de lui préférer une autre femme. Après quoi la nymphe indignée le fit mourir sur l’heure.

Abbé Montfaucon de Villars, Le Comte de Gabalis.

Les nymphées

Ce sont ces lieux où l’on rendait hommage aux nymphes : une grotte aménagée, une fontaine sacrée… A Athènes, on trouve ainsi le Nymphéon, sur la colline des Nymphes. Plus récemment, entre la Renaissance qui amena la redécouverte des mythes grecques et l’époque romantique, de nombreuses grottes ou alcôves aménagées ont fait leur apparition, pour honorer ces créatures protégeant notre environnement, ou bien simplement pour s’assurer de leur bienveillance à notre égard…

Nymphée du château de Gerbéviller, en Lorraine (photo de François Bernardin © )

Aujourd’hui, les nymphes, naïades et autres créatures des eaux et des forêts, peuplent nos légendes. A nous de faire en sorte que leur histoire soit toujours connue, et pas déformée par le spectre de notre société contemporaine.

Sources :

La Petite Encyclopédie du Merveilleux, Edouard Brasey, Ed. Le Pré aux Clercs

La Grande Encyclopédie des Fées et autres petites créatures, Pierre Dubois, Ed. Hoëbeke

9 reflexions sur “Les nymphes, ou la Nature faite séduction

  1. Drenagoram Auteur de l'article

    Bonsoir Gwenn , Je suis en Campagne sous les Verts ,
    A quelques Pas d’une Grande Lausanne ,
    Bon Séjour à Toi en Aurifère ,
    Qui sait Peut être , on se Croisera .
    NéO~
    Belle Nuit.

  2. Drenagoram Auteur de l'article

    Un Monde de Nymphes à Charme des Fées ,
    D’essences Divines , tout Porte à l’Onde ,
    Leurs Ascendant , Hâlant de Formes ,
    Les Mâles Passant courant le Monde ,
    Trouveront la Soie , couchant sous l’Orme ,
    Le Chant des Dames au Sein des Blés.
    NéO~
    Il est d’usage de s’en Aller.
    belle Nuit en Etoiles.

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Les mâles trouveront la soie, mais pas forcément la chair en dessous 🙂
      Belle nuit à toi aussi, avec une soirée de retard 😉 !
      Et si j’ai bien compris, je suis à présent sous les mêmes cieux (helvétiques) que toi !

        1. Gwenn Auteur de l'article

          ah ah, je chercherai alors lors de mes promenades dans les hauteurs ou les campagnes un haut chapeau ! 🙂 Surtout que je ne suis apparemment pas très loin : dans la jolie Riviera Suisse.

  3. A l'Ecole D'une Médium

    Joli article… J’aime beaucoup.
    Cela me rappelle les histoires de Harems, de femme par 50 qui séduisent. Quoi que ça n’a rien à voir tu me diras, mais c’est ce que ça m’inspire.

    Merci ! Biz

    1. Gwenn Auteur de l'article

      Je ne dirais pas que ça n’a rien à voir 😉
      Des femmes qu’on choisit pour leur beauté et leur pouvoir de séduction… Quel homme n’a-t-il pas rêvé d’en avoir cinquante rien que pour lui 😉
      Ravie que ça te parle !

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