Le Monde Germanique / Les frères Grimm

Blanche-Neige, selon les frères Grimm

Si vous suivez un peu l’actualité du cinéma, vous n’êtes pas sans savoir que 2012 est sans doute l’année de Blanche-Neige, avec deux grands films prévus pour ce premier semestre, le premier étant sorti il y a dix jours maintenant.

Deux films, deux interprétations complètement différentes d’un même conte : l’une plutôt grand public, avec humour, couleurs et une narration propre aux contes de fées, et l’autre beaucoup plus adulte, plus sombre, transformant Blanche-Neige en héraut des ennemis de la méchante Reine.

J’ai alors voulu reprendre dans ma bibliothèque mes livres des frères Grimm, et trouver le conte quasi original. J’avais oublié combien ce conte était en réalité cruel : une femme qui, par pure vanité, va tenter plusieurs fois de tuer une enfant, en utilisant la fourberie, la sorcellerie, et même le cannibalisme… J’ai compris en le relisant pourquoi je n’ai jamais accroché à ce conte.

Il existe d’autres versions de ce conte, avec des nains brigands par exemple (version reprise par la plupart des adaptations ciné et télé récentes), celle-ci étant issue d’un livre pour enfants (oui oui !) qui, à  trois ans près, a mon âge.

Illustration issue d’une traduction islandaise de 1852

Il était une fois, en plein hiver, quand les flocons descendaient du ciel comme des plumes et du duvet, une reine qui était assise et qui cousait devant une fenêtre encadrée de bois d’ébène, noir et profond. Et tandis qu’elle cousait négligemment tout en regardant la belle neige au dehors, la reine se piqua le doigt avec son aiguille et trois petites gouttes de sang tombèrent sur la neige. C’était si beau, ce rouge sur la neige, qu’en le voyant la reine songea : « Oh ! si je pouvais avoir un enfant aussi blanc que la neige, aussi vermeil que le sang et aussi noir de cheveux que l’ébène de cette fenêtre ! » Bientôt après, elle eut une petite fille qui était blanche comme la neige, vermeille comme le sang et noire de cheveux comme le bois d’ébène, et Blanche-Neige fut son nom à cause de cela. Mais la reine mourut en la mettant au monde.

Au bout d’un an, le roi prit une autre femme qui était très belle, mais si fière et si orgueilleuse de sa beauté qu’elle ne pouvait supporter qu’une autre la surpassât. Elle possédait un miroir magique qu’elle interrogeait quand elle allait s’y contempler :

Miroir, gentil miroir, dis-moi, dans le royaume, 
Qui est la femme la plus belle ?

Et le miroir lui répondait :

Vous êtes la plus belle, Madame la reine.

Alors la reine était contente, car elle savait que le miroir disait la vérité.

Blanche-Neige cependant grandissait et devenait toujours plus belle ; et quand elle eut sept ans, elle était belle comme le jour et bien plus que la reine elle-même. Et quand la reine, un jour, questionna son miroir :

Miroir, gentil miroir, dis-moi, dans le royaume, 
Qui est la femme la plus belle ?

Le miroir répondit :

Dame la reine, ici vous êtes la plus belle, 
Mais Blanche-Neige l’est mille fois plus que vous.

La reine sursauta et devint jaune, puis verte de jalousie ; à partir de cet instant, elle ne put voir Blanche-Neige sans que le cœur lui chavirât dans la poitrine tant elle la haïssait.  L’orgueil poussa dans son cœur, avec la jalousie, comme pousse la mauvaise herbe, ne lui laissant aucun repos ni le jour, ni la nuit. Elle appela un chasseur et lui dit : « Tu vas prendre l’enfant et l’emmener au loin dans la forêt ; je ne veux plus la voir devant mes yeux. Tu la tueras et tu me rapporteras son foie et ses poumons en preuve. »

Le chasseur obéit et emmena l’enfant : mais quand il tira son couteau de chasse pour le plonger dans le cœur innocent de Blanche-Neige, elle se prit à pleurer et lui dit : « Oh ! laisse-moi la vie sauve, mon bon chasseur : je m’enfuirai à travers bois et ne reparaîtrai jamais ! »

Elle était si belle que le chasseur s’apitoya et lui dit : « Sauve-toi, ma pauvre petite ! » Il était certain, au-dedans de lui-même, que les bêtes sauvages auraient tôt fait de la dévorer ; mais il n’en avait pas moins le cœur soulagé d’un gros poids en évitant ainsi de la tuer de sa main ; et comme un marcassin sortait des fourrés, il l’abattit et le dépouilla, rapportant son foie et ses poumons à la reine, en guise de preuve. Il fallut que le cuisinier les salât et les fît cuire, après quoi la mauvaise femme les mangea, croyant se repaître du foie et des poumons de Blanche-Neige.

Dans la vaste forêt, la malheureuse fillette était désespérément seule. Tant que ses petits pieds voulurent bien la porter, elle courut ainsi droit devant elle, et quand tomba la nuit, n’en pouvant plus de chagrin et de fatigue, elle aperçut une toute petite maison où elle entra pour se reposer. Tout était si petit dans cette maison en miniature, mais si propre et si charmant que c’était impossible de le dire. Il y avait une petite table qui était déjà mise, avec sa nappe blanche et sept petites assiettes ayant chacune son couvert : le petit couteau, la petite cuillère, la petite fourchette et le petit gobelet. Sept petits lits s’alignaient côte à côte le long du mur, bien faits, et tous avaient de beaux draps blancs et frais.

Blanche-Neige avait si grand-faim et si terriblement soif qu’elle prit et mangea un petit peu dans chaque petite assiette avec une bouchée de pain, puis but une gorgée de vin dans chaque petit gobelet, ne voulant pas priver un seul de sa part. Après, elle voulut se coucher, mais aucun des petits lits n’était à sa taille : celui-ci était trop long, celui-là trop court, un autre trop étroit ; bref, elle les essaya tous, et le septième enfin lui alla parfaitement. Elle y resta couchée, fit sa prière et s’endormit.

Les maîtres du logis ne rentrèrent chez eux que lorsqu’il faisait déjà nuit noire, et c’étaient les sept nains qui piochent et creusent les montagnes pour trouver l’or et l’argent. Ils allumèrent leurs petites bougies et s’aperçurent, avec la lumière, que quelqu’un était entré chez eux.

-Qui s’est assis sur ma chaise ? demanda le premier.
-Qui a mangé dans mon assiette ? fit le second.
-Qui a pris un morceau de mon pain ? dit le troisième.
-Qui m’a pris un peu de ma potée ? s’étonna le quatrième.
-Qui a sali ma fourchette ? questionna le cinquième.
-Qui s’est servi de mon couteau ? interrogea le sixième.
-Qui a but dans mon gobelet ? s’inquiéta enfin le septième.

Le premier, en regardant un peu partout autour de lui, vit alors qu’il y avait un creux dans son lit et il s’exclama : « Qui s’est allongé dans mon petit lit ? » Les six autres accoururent et s’écrièrent tous les uns après les autres : « Dans mon lit aussi quelqu’un s’est couché ! » Tous, sauf le septième, toutefois, qui arriva devant son lit et vit Blanche-Neige qui y était couchée et qui dormait. Il appela les autres qui galopèrent jusque là et poussèrent des cris de surprise et d’admiration en levant haut leurs petits bougeoirs pour éclairer Blanche-Neige.

-Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! s’exclamaient-ils tous, la belle enfant ! Comme elle est mignonne ! Comme elle est jolie !

Leur joie était si grande qu’ils prirent garde de ne pas l’éveiller et la laissèrent dormir dans le septième lit. Le septième nain s’en alla dormir avec ses compagnons, une heure avec chacun et la nuit fut passée.

Les sept nains autour de Blanche-Neige endormie (Illustration de Franz Jüttner, pour une publication allemande du conte, en 1905)

Au jour, quand Blanche-Neige s’éveilla, elle eut grand-peur en voyant les sept nains ; mais ils se montrèrent très amicaux et lui demandèrent :

-Comment t’appelles-tu ?
-Je m’appelle Blanche-Neige, leur répondit-elle.
-Comment es-tu venue dans notre maison ?

Elle leur raconta que sa marâtre avait voulu la faire mourir, mais que le chasseur lui avait laissé la vie sauve et qu’elle avait couru toute la journée sans s’arrêter, jusqu’au moment où elle avait trouvé leur maisonnette.

-Veux-tu prendre soin de notre ménage ? lui demandèrent les nains. Tu ferais la cuisine, les lits, la lessive, la couture, le tricot, et si tu tiens tout bien propre et en ordre, nous pourrions te garder avec nous et tu ne manquerais de rien.
-Oh ! oui, de tout mon cœur ! dit Blanche-Neige. Et elle resta avec eux.

Elle faisait le ménage et tenait la petite maison bien propre et rangée, et les nains s’en allaient le matin chercher l’or dans la montagne ; ils ne revenaient qu’à la nuit, et il fallait alors que leur souper fût prêt. Toute la journée, Blanche-Neige restait seule, et les gentils petits nains l’avertirent prudemment et lui dirent : « Tiens-toi bien sur tes gardes à cause de ta belle-mère : elle ne tardera pas à savoir que tu es ici. Ne laisse entrer personne ! »

La reine, en effet, quand elle crut avoir mangé le foie et les poumons de Blanche-Neige, ne douta plus d’être de nouveau la première et la plus belle du royaume. Elle s’en alla devant son miroir et lui demanda :

Miroir, gentil miroir, dis-moi, dans le royaume
Quelle est de toutes la plus belle ?

Alors le miroir lui répondit :

Dame la reine, ici, vous êtes la plus belle,
Mais Blanche-Neige sur les monts,
Là-bas, chez les sept nains,
Est plus belle que vous, et mille fois au moins !

Elle frémit, cas elle savait que le miroir ne pouvait dire un mensonge, et elle sut ainsi que le chasseur l’avait trompée et que Blanche-Neige vivait toujours. Alors la reine se mit à réfléchir et à réfléchir encore au moyen de s’en débarrasser, car tant qu’elle ne serait pas la plus belle de tout le pays, la jalousie la dévorerait et le lui laisserait aucun repos. Quand elle eut établi un plan, elle se barbouilla le visage et se rendit méconnaissable en s’habillant comme une vieille colporteuse. Ainsi déguisée, elle passa les sept montagnes jusque chez les sept nains et frappa à la porte en lançant le cri de la colporteuse : « De beaux articles à vendre ! Rien que du beau je vends ! »

Blanche-Neige vint regarder à la fenêtre et cria :

-Bonjour, ma bonne dame, qu’est-ce que vous vendez ?
-Du bel article, du bon article, répondit-elle, du lacet de toutes les couleurs !

En même temps elle en tirait un pour le montrer : un beau lacet tressé de soies multicolores.

« Cette brave femme, pensa Blanche-Neige, je peux la laisser entrer ! » Elle déverrouilla et la fit entrer pour lui acheter le beau lacet multicolore qu’elle voulait mettre à son corset.

-Mais mon enfant, de quoi as-tu l’air ? s’exclama la vieille. Viens ici, que je te lace un peu proprement !

Blanche-Neige, sans méfiance, vint se planter devant la vieille et la laissa lui mettre le nouveau lacet ; mais la vielle passa si vite le lacet et le serra si fort que Blanche-Neige, ne pouvant respirer, suffoqua et tomba comme morte.

-Me voilà de nouveau la plus belle, murmura la vieille colporteuse qui sortit précipitamment.

Peu après, la tombée du jour ramena les sept nains à la maison : quel ne fut pas leur effroi en voyant leur chère Blanche-Neige étendue sans vie sur le sol ! Il la redressèrent tout d’abord, et voyant comme elle était sanglée dans son corset, ils se hâtèrent d’en couper le lacet ; avec le souffle, la vie lui revint peu à peu. Lorsque les nains apprirent ce qu’il lui était arrivé, ils lui dirent : « Cette vieille colporteuse ne peut être que la maudite reine. A l’avenir, garde-toi bien et ne laisse entrer nul être vivant quand nous n’y sommes pas. »

La méchante femme, de son côté, aussitôt rentrée chez elle courut à son miroir et le questionna :

Miroir, gentil miroir, dis-moi, dans le royaume
Quelle est de toutes la plus belle ?

Et le miroir lui répondit comme devant :

Dame la reine, ici, vous êtes la plus belle,
Mais Blanche-Neige sur les monts,
Là-bas, chez les sept nains,
Est plus belle que vous, et mille fois au moins !

Son sang s’arrêta quand elle entendit ces paroles : Blanche-Neige, une fois encore, avait pu échapper à la mort. « A présent, pensa-t-elle, je vais inventer quelque chose à quoi tu n’échapperas pas ! » Recourant alors aux artifices des sorcières qu’elle connaissait bien, elle fabriqua un peigne empoisonné. Ensuite elle se grima et s’habilla en vieille femme, mais avec un autre air que la fois précédente. Ainsi travestie, elle passa les sept montagnes pour aller jusque chez les sept nains, frappa à la porte et cria : « Beaux articles à vendre ! Beaux articles ! »

Blanche-Neige regarda dehors et cria :

-Allez-vous-en plus loin ! Je ne dois laisser entrer personne dans la maison !
-Il n’est pas défendu de regarder ! répondit la fausse vieille en tirant le peigne empoisonné pour le lui faire voir à travers la fenêtre.

La petite le trouva si beau qu’elle ne put résister et qu’elle ouvrit la porte pour acheter le peigne.

-Et à présent, laisse-moi faire, lui dit la vieille, je vais te peigner un peu comme il faut !

La pauvre Blanche-Neige, sans réfléchir, laissa faire la vieille, qui lui passa le peigne dans les cheveux ; mais à peine avait-elle commencé que le poison foudroya Blanche-Neige, qui tomba de tout son long et resta là, sans connaissance.

-Et voilà pour toi, merveille de beauté ! ricana la vieille qui s’éloigna bien vite.

Par bonheur, la nuit ne tarda pas à venir et les sept nains à rentrer. En voyant Blanche-Neige évanouie, ils pensèrent tout de suite à l’affreuse marâtre, cherchèrent ce qu’elle avait bien pu faire, et trouvèrent le peigne empoisonné ; dès qu’ils l’eurent ôté de ses cheveux, Blanche-Neige revint à elle et leur raconta ce qu’il lui était arrivé. De nouveau, ils la mirent en garde et lui recommandèrent de ne jamais plus ouvrir la porte à qui que ce soit.

Quant à la reine, dès son retour, elle alla s’asseoir devant son miroir et demanda :

Miroir, gentil miroir, dis-moi, dans le royaume,
Quelle est de toutes la plus belle ?

Et le miroir lui répondit encore comme devant :

Dame la reine, ici vous êtes la plus belle,
Mais Blanche-Neige sur les monts
Là-bas, chez les sept nains,
Est plus belle que vous, et mille fois au moins !

Quand le miroir eut ainsi parlé, la reine trembla de rage ou de fureur et s’écria : « Il faut que Blanche-Neige meure, même si je dois y laisser ma vie ! »

Alors elle alla s’enfermer dans une chambre secrète où personne n’entrait jamais, et là, elle confectionna un terrible poison avec lequel elle fit une pomme. Extérieurement, elle était très belle, bien blanche avec des joues rouges, et si appétissante que nul ne pouvait la voir sans en avoir envie ; mais une seule bouchée, et c’était la mort.

Lorsque ces préparatifs furent achevés avec la pomme, la reine se brunit la figure et se costuma en paysanne, puis se rendit chez les sept nains en passant par les sept montagnes. Quand elle eut frappé à la porte, Blanche-Neige passa la tête par la fenêtre et lui dit :

-Je ne peux laisser entrer personne au monde : les sept nains me l’ont défendu.
-Cela m’est égal, dit la paysanne, je saurai bien quand même me débarrasser de mes pommes. Tiens, je vais t’en donner une !
-Non, merci, dit Blanche-Neige. Je ne dois rien accepter non plus.
-Aurais-tu peur du poison ? dit la paysanne. Regarde : je coupe la pomme en deux ; la moitié rouge est pour toi, et la blanche, je la mange, moi.

Car la pomme avait été faite si astucieusement que la moitié rouge était seule empoisonnée. Blanche-Neige avait grande envie de cette belle pomme, et quand elle vit la paysanne croquer à belles dents dans sa moitié de pomme, elle ne put résister et tendit le bras pour prendre l’autre moitié. Mais à peine eut-elle mordu dedans qu’elle tomba raide morte sur le plancher. La reine l’examina avec des regards cruels et partit d’un grand éclat de rire, en s’écriant : « Blanche comme neige, rouge comme sang, noire comme le bois d’ébène, ce coup-ci les nains ne pourront plus te ranimer ! »

Et dès qu’elle fut devant son miroir, elle le questionna :

Miroir, gentil miroir, dis-moi, dans le royaume
Quelle est de toutes la plus belle ?

Alors et enfin, le miroir lui répondit :

Vous êtes la plus belle, Madame la reine !

Et là, son cœur envieux fut apaisé, autant que puisse être apaisé un  cœur envieux.

Les nains, quand ils revinrent le soir à la maison, trouvèrent Blanche-Neige étendue sur le plancher ; mais cette fois elle n’avait plus de souffle ; elle était vraiment morte. Ils la relevèrent ; ils cherchèrent bien partout s’ils ne trouvaient pas quelque chose d’empoisonné ; ils lui défirent son corset ; ils peignèrent ses cheveux ; il la lavèrent avec de l’eau, puis avec du vin ; mais rien de tout cela n’y fit ; morte elle était, la chère petite, et morte elle resta.

Ils la couchèrent dans un cercueil et tous les sept, ils s’assirent autour et la pleurèrent pendant trois jours. Puis ils pensèrent à l’enterrer ; mais elle était encore aussi fraîche que si elle eût été vivante et elle avait encore toutes ses couleurs et ses belles joues rouges.

-Nous ne pouvons pas l’enfouir comme cela dans la terre noire ! dirent-ils.

Alors ils lui firent faire un cercueil de verre afin qu’on pût la voir de tous les côtés, puis ils l’y couchèrent et écrivirent dessus son nom en lettres d’or, en grandes, belles lettres capitales, sous lesquelles ils écrivirent encore qu’elle était une princesse, fille de roi. Ensuite, ils portèrent le cercueil au haut de la montagne ; et depuis ce moment-là il y eut toujours l’un des sept nains pour la garder. Et les bêtes y venaient aussi et pleuraient Blanche-Neige : d’abord ce fut une chouette, puis un corbeau, et une colombe en dernier.

Longtemps, longtemps Blanche-Neige resta là, dans son cercueil de verre, sans changer du tout ; le temps passa et passa, mais elle était toujours aussi blanche que neige, aussi vermeille que le sang, aussi noire de cheveux que l’ébène poli, et elle semblait dormir.

Blanche-Neige dans son cercueil de verre. Le texte reprend en anglais le paragraphe juste ci-dessus (Illustration de Marianne Strokes, 1880-1890)

Et puis un jour, il arriva qu’un prince, qui s’était égaré dans la forêt, passa la nuit dans la maison des nains. Il vit sur la montagne le cercueil dans lequel était exposée Blanche-Neige, il l’admira beaucoup, et il lut aussi ce qui était écrit dessus en grandes lettres d’or. Alors il dit aux nains :

-Laissez-moi l’emporter : je vous donnerai en échange ce que vous voudrez.
-Pour tout l’or du monde, tu ne pourras pas nous l’acheter ! répondirent-ils.
-Alors, donnez-le-moi, reprit le prince, parce que je ne puis vivre sans contempler Blanche-Neige, et je la traiterai et la vénérerai comme ma bien-aimée, comme ce que j’ai de plus cher au monde !

Les bons nains, en entendant ses paroles, s’émurent de compassion pour lui et lui donnèrent le cercueil. Le prince le fit prendre par ses serviteurs, qui le chargèrent sur leurs épaules et l’emportèrent. Mais voilà qu’ils trébuchèrent contre une racine en le portant, et la secousse fit s’échapper de la gorge de Blanche-Neige le morceau de pomme qui y était resté. Ainsi libérée, elle ouvrit les yeux, souleva le couvercle de verre et se redressa, bien vivante.

-Oh ! mon Dieu, mais où suis-je ? s’exclama-t-elle.
-Tu es près de moi ! lui répondit le prince, tout heureux, avant de lui raconter ce qui s’est passé.

Puis il dit : « Je t’aime et tu m’es plus chère que tout au monde. Viens, accompagne-moi au château de mon père : tu seras mon épouse. »

Alors Blanche-Neige s’éprit de lui et elle l’accompagna, et leurs noces furent célébrées dans la magnificence et la somptuosité.

Mais à ce grand mariage princier, la reine terrible, et maudite marâtre de Blanche-Neige fut invitée aussi ; et quand elle fur richement habillée et parée, elle alla devant son miroir pour lui poser la question :

Miroir, gentil miroir, dis-moi, dans le royaume,
Qui est la femme la plus belle ?

Et le miroir lui répondit :

Dame la reine, ici vous êtes la plus belle,
Mais la nouvelle reine est mille fois plus belle.

Un juron échappa à l’horrible femme qui fut prise d’effroi, d’un tel effroi qu’elle ne savait que devenir. Pour commencer, elle pensa ne pas aller du tout aux fêtes du mariage ; mais elle ne put y tenir et il fallut qu’elle y allât, dévorée par la jalousie, pour voir cette jeune reine.

Lorsqu’elle fit son entrée, elle reconnut immédiatement Blanche-Neige, et la peur qu’elle en eut la cloua sur place. Mais on lui avait déjà préparé des souliers de fer qui étaient sur le feu, à rougir : on les lui apporta avec des tenailles et on les mit devant elle, l’obligeant à s’en chausser et à danser, à danser dans ces escarpins de fer rouge jusqu’à ce qu’elle tombât raide morte.

Source :

Contes de Grimm, volume 1, Editions Hatier, 1990

3 commentaires

  1. De mémoire, les contes originaux sont souvent cruels, de même que la petite sirène… Mais loin de me décourager, j’ai bien envie de les relire, et de comparer avec ce dont on se souvient et avec les nouvelles versions… Car maintenant, on ne dit plus aux enfants que la méchante marâtre a été torturée à mort, on s’arrête au baiser du prince….

    • C’est vrai que la fin m’a particulièrement choquée : les « gentils », ceux sur lesquels l’enfant doit prendre exemple, qui se vengent aussi cruellement… Je trouve que l’idée de souffrance est bien plus forte dans ce châtiment que dans les tentatives de la reine, qui somme toute sont assez immédiates dans leurs conséquences. D’ailleurs, je suppose que si Blanche-Neige avait un peu plus souffert, elle ne recommencerait pas de sitôt :)

  2. koukou ^^ sympa l’post :)

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