Le Monde Arthurien

Sur la route du roi Arthur, Jour 1 : Winchester

Je reviens d’un séjour en Grande Bretagne. Une petite semaine au pays qui se prépare à un jubilé royal qui promet d’être inoubliable (au moins pour les anglais) et aux jeux olympiques. Quelques jours dans des contrées pluvieuses et pleines de légendes. Et, si vous commencez à me connaître, vous comprendrez rapidement que j’ai préféré ce deuxième aspect au premier.

C’est pourquoi j’ai laissé pour quelques jours mes amis qui m’avaient accompagnée pour la route et qui voulaient rester à Londres, pour m’échapper dans le sud-ouest et voir trois des principaux lieux consacrés au roi Arthur : Winchester et sa Table Ronde, Salisbury et Stonehenge, et enfin Glastonbury, son abbaye et son Tor.

Trois jours, trois villes, et donc trois récits que je vais vous relater ici.

Et nous allons donc commencer par Winchester, qui fut ma première étape et une excellente entrée en matière, grâce à la Table Ronde accrochée dans son Grand Hall.

Note : vous m’excuserez la piètre qualité des photos intérieures, mais mon appareil photo, pour une raison mystérieuse, refuse obstinément de faire des photos nettes sans flash. Et n’hésitez pas à cliquer sur les images pour les voir en plus grand :)

La Table Ronde accrochée au mur du Grand Hall de Winchester

Arrivée à Winchester

Pour diverses raisons, je suis une grande utilisatrice des transports en commun. Je suis donc arrivée en milieu de matinée à Winchester avec le bus express qui relie Londres et Winchester. Le bus nous dépose non loin de la station de bus dans la grande rue, quasiment à l’entrée d’une jolie abbaye de brique rouge nichée dans un beau jardin bien entretenu (on est anglais ou on ne l’est pas ;) ). Au milieu de la rue, une immense statue d’un seigneur du haut Moyen-Âge, tenant bouclier et brandissant épée.

Arthur ? L’association est vite faite dans la ville qui héberge la Table Ronde…

Et pourtant… Il s’agit d’Alfred le Grand, roi d’Angleterre au Xè siècle, aussi connu des britanniques que Charlemagne ou Clovis chez nous (et ayant vécu à peine un siècle après ce dernier). L’histoire d’Alfred le Grand est intimement liée à celle de Winchester : il a récupéré le petit bastion qui se dressait déjà là et en a fait un grand château royal, qui subit de nombreuses modifications et resta occupé jusqu’à l’époque victorienne.

La ville est donc une ville très ancienne, et cela se voit partout : vieilles maisons à colombages ou en briques, toits de guingois, étages qui s’avancent sur la rue… Vieux remparts dont il ne reste plus qu’une porte… Vieux college (au sens anglais du terme : école supérieure) qui sert aujourd’hui de pensionnat à des enfants issus de familles aux revenus plus que confortables… Vieille cathédrale s’élevant haut vers le ciel… Tout rappelle le prestigieux passé de la ville.

Le Grand Hall de Winchester

Le Grand Hall est tout ce qu’il reste de l’ancien château. Le reste des bâtiments a été déconstruit au fur et à mesure du temps, pour former aujourd’hui les bâtiments du comté du Hampshire, dont Winchester est la capitale.

Le Grand Hall, lui, est resté tel qu’il l’était au temps où la Reine Victoria tenait encore ses conseils, avec ses fresques, ses vitraux, et sa Table Ronde. Le bâtiment est assez impressionnant par sa taille et porte bien son nom : les murs sont de pierre, la charpente sous le toit est apparente et noircie par les ans, et culmine à une quinzaine de mètres de hauteur. J’imagine très bien les longs étendards pendre des poutres à chaque grande réunion :) .

Du Grand Hall, on retient souvent uniquement la présence de la fameuse Table, et on oublie généralement de mentionner le contexte dans lequel elle se trouve. Le Grand Hall est un véritable symbole de la royauté, et des rois qui se sont succédés dans les lieux, en résidence principale ou d’été : sur le mur du fond, face à la Table Ronde, un immense arbre généalogique peint couvre tout le mur, et une période allant du XIIè siècle au XVIIIè siècle : les rois et leur famille sont représentés, les générations se succédant du coin haut à gauche jusqu’au coin bas à droite.

Pour compléter cet arbre généalogique, les vitraux affichent les blasons royaux et ceux des membres proches du cercle royal.

Détail d’un vitrail du Grand Hall

La Table Ronde

La Table Ronde est souvent la raison principale de la visite du Grand Hall (y compris pour moi). Elle est accrochée à un mur, ce qui peut sembler surprenant pour une table. En réalité, elle n’a pas du servir souvent comme table, parce que bon nombre de représentations et de photos anciennes la montrent à son emplacement actuel, face à l’arbre généalogique royal.

Cette table n’est pas la Table Ronde telle qu’elle existait (aurait existé ?) au temps d’Arthur. Elle date du XIè siècle, à l’époque ou l’Angleterre et surtout la monarchie redécouvre le mythe arthurien qui parle du retour d’un grand roi pour unifier le pays et le porter vers un nouvel âge d’or. Ce qui lui fait quand même presque un millénaire… On a longtemps pensé que la table était peinte depuis sa naissance, avec seulement la fameuse correction d’Henri VIII pour représenter Arthur à son image.

La Table Ronde et Henri VIII

Des découvertes récentes ont montré que la première couche de peinture était celle apposée à l’époque d’Henri VIII. Le roi assis sur son trône, représentant Arthur, est effectivement à l’image d’Henri VIII.

Au centre, la double rose Tudor, symbole d’Henri VIII, rassemblant la rose rouge des Lancastre (dont il est héritier par son père) et la rose blanche des York (dont il est héritier par sa mère), marque encore plus le rattachement d’Henri VIII à Arthur : héritier par sa mère des Plantagenêt (qui en fut la dernière représentante avant l’avènement de la dynastie Tudor) eux-même s’étant affiliés à Arthur grâce à Geoffroy de Monmouth, il se sert sans vergogne des symboles arthuriens pour légitimer sa place en Grande Bretagne.

Les chevaliers de la Table Ronde

Les chevaliers les plus célèbres sont presque tous représentés sur cette Table Ronde. Contrairement aux légendes où chacun était à égalité autour de la table, sans rien pour distinguer le roi du dernier des chevaliers, la représentation du roi et la place de chaque chevalier sont soigneusement pensées : par exemple, Galahad, le pur chevalier qui a trouvé le Graal, vient immédiatement à droite d’Arthur. Mordred, lui, qui mena le Roi à sa perte, est assis à sa gauche. Au total, ce sont vingt quatre chevaliers qui sont représentés (voir la représentation ci-dessous).

L’inscription au centre signifie   »Voici la table ronde du roi Arthur avec vingt quatre de ses chevaliers nommés ».

Voici les chevaliers de la Table Ronde, selon l’ordre dans le sens des aiguilles d’une montre, en partant de la droite d’Arthur (Le « S » rouge devant chaque nom signifie « Sir » (Seigneur)) :

 

 

  1. Galahad
  2. Lancelot du Lac
  3. Gauvain
  4. Perceval
  5. Lionel
  6. Tristan
  7. Gareth
  8. Bedivere
  9. Blioberis
  10. Breunor le Noir (ici : La cote mal taillée, selon le surnom que lui a donné Kay)
  1. Lucan
  2. Palamedes
  3. Lamorak
  4. Bors
  5. Saphar
  6. Pellinore
  7. Kay
  8. Hector
  9. Dagonet
  10. Degore
  11. Brunar
  12. Guinglain
  13. Alymore
  14. Mordred

On remarque qu’il manque certains noms, comme Yvain, qui fait pourtant l’objet d’un roman par Chrétien de Troyes, et son cousin Calogrenant. Mais l’inscription le précise bien : seuls un certain nombre d’entre eux sont représentés sur cette table.

Entre Moyen-Âge et Romantisme

Ce que j’ai aimé, à Winchester, c’est le mélange des époques. Personnellement, je n’y allais que pour la Table Ronde, en espérant que d’autres lieux sur place aborderaient les légendes arthuriennes. Ce ne fut pas le cas. J’ai juste trouvé à la boutique du Grand Hall le Morte d’Arthur de Mallory, en anglais. De quoi me permettre de comprendre comment les anglo-saxons connaissent le mythe, car c’est souvent sur ce texte que sont basées les différentes adaptations qu’on peut voir à la télévision ou au cinéma.

La dernière porte des anciens remparts se visite, et fait l’objet d’une exposition permanente sur le Moyen-âge, très tournée vers les enfants, qui peuvent essayer des costumes, et même enfiler une armure. Du haut de la porte, une fois dehors, on a une très belle vue de la ville. Comme beaucoup de monuments en Angleterre (c’était le cas aussi du Grand Hall), l’entrée est gratuite, et j’ai même rencontré sur ce qui reste du chemin de ronde des personnes habitant Winchester, venant profiter un peu du soleil.

Fresque présentée dans le petit musée du rempart

Avec mes hôtes (des habitants de Winchester qui ont accepté de m’héberger pour la nuit et qui m’ont fait visiter la ville), nous avons été manger dans le plus vieux pub d’Angleterre : un très vieux bâtiment, dont l’entrée est cachée dans une petite ruelle, simplement annoncé depuis la grande rue par un panneau ornementé. Le genre de petite perle pas forcément indiquée dans les guides touristiques, mais qui fait la fierté de la ville, et où on peut rencontrer des personnes… hautes en couleur.

Nous avons ensuite été visiter la cathédrale de Winchester. C’est un très beau bâtiment, rempli de petites (et pas si petites) chapelles, avec un choeur magnifique. Et, pour ma première visite d’un lieu chrétien en Grande Bretagne, les tomettes caractéristiques qu’on peut retrouver dans de nombreuses églises :

Un griffon – Tomette de la cathédrale de Winchester

En réalité, il y avait d’autres motifs : des étoiles, des soleils, des félins (panthère, je suppose). Toute la cathédrale n’en était pas pavée, l’immense majorité du sol est composée de pierre grise et de tombes. Mais certains endroits présentent toujours un assemblage de ces petits carreaux de terre. Celui-là était à la croisée des transepts, juste devant l’autel.

Enfin, Winchester est aussi le lieu de repos définitif de Jane Austen, dont on peut voir la tombe dans la cathédrale. A mon plus grand désarroi, elle attire plus de monde que le Roi Arthur :) . D’ailleurs, la boutique de la cathédrale propose essentiellement ses romans et quelques souvenirs à son sujet, à côté des objets en lien avec le jubilé de la Reine.

Conclusion de cette première journée :

Winchester est une ville classique. Par là, j’entends qu’elle a un lourd passé, et qu’elle le met en avant. Bien qu’il y ait une université réputée, ce n’est pas une ville bouillonnante de culture. Elle m’a semblée calme, romantique, riche de son passé royal. Les parcs sont attenants à des lieux religieux : la cathédrale, l’abbaye, les maisons sont très anciennes, et la plus grande école privée n’accueille que des garçons de très bonne famille. Bref, si vous voulez une bonne expo d’art contemporain ou des scènes alternatives, ce n’est pas à Winchester que vous les trouverez, mais sans doute à Southampton, à une demi-heure de route.

J’allais justement à Winchester pour son histoire, et j’ai été servie.

Le lendemain, j’étais en route pour Salisbury, et Stonehenge, lieu très touristique s’il en est. Après le calme de Winchester, ça allait me changer :)

Voici d’autres photos de Winchester, pour vous plonger d’avantage dans l’ambiance (cliquez sur l’une d’elles pour afficher en diaporama) :


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5 commentaires

  1. Merci Gwenn , pour l’Hors de cette Visite ,
    En Matières elle Invite , de par ses Liens en Chaînes ,
    A prendre le Temps sans Peines , Pour Arthur et sa Suite ,
    Prolonger la Poursuite , de sa Quête Souveraine .
    ~
    Bon Voyage outre Manche , chez nos Voisins bretons ;)
    Sur l’Ether d’Avalon , Salue la Dame Blanche ,
    Elle Repose sous les Branches , des Blancs Pommiers dit~on ,
    Son Chant donne des Frissons , pour peu qu’une Âme s’épenche.
    ~
    NéO~
    ~
    Becs Vaillant ;)

  2. Encore encore :)
    Une visite qui semblait magique visiblement ! Arthur était avec toi, nul doute qu’il veillait sur toi ! J’ai envie de dire que Gauvain était avec toi… Ou Léon mais… :P

    • Vi, ça vient, ça vient… Laisse-moi le temps d’écrire :)
      Quant à Gauvain et Léon, non, ils n’étaient pas là… Léon n’est même pas sur la Table Ronde, le pauvre, pour te dire… Un esprit d’Arthur, cependant, peut-être, et quelque chose de magique, certainement… :)
      Je te dis pas le lendemain avec Stonehenge, sous la pluie, en écoutant des légendes « merliniennes » :)
      Bisous ma belle

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