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Psyché et Eros, partie 4 : épreuves et apothéose

Voici le dernier chapitre de l’histoire de Psyché et Eros. Après avoir épousé en secret sa belle, Eros avait cherché à maintenir le secret de son identité, malgré la pression des sœurs de Psyché. La jeune fille finit par découvrir l’identité de son amant qui, sous la colère, la rejeta. Désespérée, elle se lança à sa recherche, tandis que Eros en voyait de toutes les couleurs auprès de sa mère, qui détestait cordialement la belle humaine. Tellement qu’elle lança un avis de recherche, et que Psyché, n’ayant de toute façon plus rien à perdre, décida de se rendre d’elle-même auprès de la déesse.

Voici donc la fin de cette histoire : Psyché va devoir réussir une série d’épreuves, de plus en plus difficiles, lancées par la furieuse Aphrodite. Va-t-elle les réussir ? Va-t-elle retrouver son dieu de mari ? Suite et fin du conte : 

A peine arrivée au domaine d’Aphrodite, l’Habitude l’accueillit durement : elle l’amena à la déesse en l’insultant et en la maltraitant. Aphrodite jubila en voyant Psyché s’avancer devant elle, comme battue d’avance :

« Enfin, dit-elle, en secouant la tête et se frottant l’oreille droite, vous daignez venir saluer votre belle-mère. N’est-ce pas à votre mari, malade par votre fait, que s’adresse l’honneur de votre visite ? Oh ! soyez tranquille; on vous traitera comme le mérite une aussi estimable belle-fille. »

Psyché devant le trône de Venus (peinture de Matthew Edward Hale)

Psyché devant le trône de Venus (peinture de Matthew Edward Hale)

Et elle la confia à deux autres de ses servantes : l’Inquiétude et la Tristesse, qui la firent souffrir de mille manières avant de la ramener devant leur maîtresse. Celle-ci remarqua alors que Psyché était enceinte, et fut très claire : un mariage contracté et consommer sans aucun témoin, sans l’accord du père (en l’occurrence Hephaïstos, le beau-père d’Eros), et dans une telle disproportion (une esclave et un dieu), ne pouvait être valide, et cet enfant n’était donc qu’un bâtard, si tant est que le châtiment réservé par Aphrodite à Psyché lui laissait la possibilité de naître.

Elle détruisit alors la robe de Psyché, lui arracha les cheveux, puis se fit apporter toutes sortes de graines et de céréales qu’elle mélangea en un tas. Une esclave si mal fagotée devait être particulièrement habile pour s’être attirée les faveurs d’un dieu. Trier ces graines d’ici le soir ne devait pas représenter un défi particulièrement conséquent. Elle lui donna la tâche et s’en alla à un mariage.

Psyché, stupéfaite devant l’étrange requête, ne songea même pas à s’y mettre. Heureusement pour elle, les fourmis, prises de pitié devant le cruel comportement d’Aphrodite, décidèrent de remplir cette tâche, bien simple à leur yeux. Prestement, elles s’organisèrent, et la tâche fut réalisée en un éclair.

Lorsque Aphrodite revint de la noce, un peu avinée et échauffée, et qu’elle vit que son apparente impossible tâche était parfaitement remplie, elle s’emporta :

« Ce n’est pas toi, coquine, cria-t-elle, qui as fait cette besogne. J’y reconnais la main de celui à qui tu as trop plu, pour ton malheur et pour le sien. »

Et elle lui jeta un morceau de pain et alla se coucher. Pendant ce temps, Eros était enfermé dans sa chambre, toujours aussi souffrant. On craignait même qu’il ne cherche à retrouver Psyché. Les amants passèrent donc la nuit sous le même toit, à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre, sans s’en rendre compte.

Le lendemain matin, Aphrodite convoqua Psyché et lui donna une nouvelle tâche : ramener un flocon de laine d’un troupe de brebis à la toison dorée, paissant au delà d’une rivière voisine. Psyché obéit immédiatement, espérant que les eaux profondes de la rivière mettraient fin à ses tourments. Mais alors qu’elle arrivait sur place, un roseau l’apostropha :

« Pauvre Psyché, déjà si rudement éprouvée, garde-toi de souiller par ta mort la sainteté de mes ondes, et n’approche pas du formidable troupeau qui paît sur ce rivage. »

Et il lui expliqua comment obtenir le précieux flocon de laine : il suffisait d’attendre midi passé, car à cette heure-là, les brebis étaient mortelles : dangereuses, agressives, aux dents venimeuses, il était impossible de s’en approcher. Par contre, une fois le zénith passé et l’air rafraîchi, il était très simple de grimper au platane voisin, de secouer les branches des autres arbres, et d’en ramasser en toute sécurité les flocons de laine qui en tombaient. Psyché écouta ses conseils, et ramena à Aphrodite une pleine brassée de flocons de laine dorée.

De nouveau, la déesse l’accueillit durement, croyant encore une fois qu’Eros l’avait aidée en cachette. Alors elle lui donna une autre épreuve : puiser l’eau de la source même du Styx (le fleuve des Enfers), au sommet d’une montagne impossible d’accès.

Psyché, désespérée, ne put qu’obéir et se mit en route vers la montagne, souhaitant secrètement que cette périlleuse mission la précipite (plus ou moins littéralement) vers sa fin. Quand elle arriva au sommet de la montagne, elle comprit qu’elle n’était qu’au début du périple : un rocher encore plus haut s’élevait, et c’était à bonne hauteur sur son flanc abrupt et inaccessible que l’eau jaillissait de la roche, pour plonger de crevasse en crevasse jusqu’à un ravin escarpé et gardé par des dragons vigilants. De plus, les eaux étaient parlantes et adressaient foule de menaces à ceux qui les approchaient. Psyché en resta pétrifiée, incapable de trouver une solution à cette tâche.

L’aigle de Zeus vit la détresse de la jeune femme et vint à son aide. En effet, il avait gagné sa place à la cour du roi des Dieux grâce à Eros, et il souhaitait rendre la faveur au dieu de l’Amour en aidant sa femme. Il proposa donc à Psyché de remplir lui-même le flacon donné par Aphrodite : ses ailes lui permettaient sans peine d’accéder à la source du Styx. Psyché, ravie, le laissa faire. Il s’envola jusqu’à la source bouillonnante qui se mit à l’accabler d’insultes. Sans se laisser perturber, il expliqua qu’il agissait sur ordre d’Aphrodite, et les eaux se laissèrent embouteiller.

Psyché rapporta avec joie le flacon plein à Aphrodite, qui n’en fut pas particulièrement heureuse : la jeune fille gagnait encore ! Elle lui proposa donc une dernière tâche, la plus dure sans aucun doute : se rendre aux Enfers pour rencontrer Perséphone et lui demander de remplir une boite de l’équivalent d’un jour de beauté, car Aphrodite avait épuisé sa réserve en veillant sur son fils. Psyché devait remplir cette mission dans la journée : la déesse avait besoin de cette précieuse ressource le soir-même.

Psyché fut cette fois complètement abattue : Aphrodite l’envoyait tout simplement à sa mort : aucun vivant ne pouvait pénétrer dans le royaume d’Hadès et en ressortir. Histoire de trouver rapidement le chemin du monde souterrain, elle grimpa dans une tour avec la ferme intention de se jeter du sommet. Mais la tour se mit à lui parler : il existait un accès non loin, qui permettait à Psyché d’entrer vivante dans l’Hadès. Une route partait de cet accès et conduirait la jeune fille à travers le royaume des morts, directement chez le dieu et sa femme. Mais il y aurait des épreuves en chemin : il lui faudrait tout d’abord ignorer un ânier boiteux lui demandant de l’aider, franchir le Styx en payant Charon, et en ignorant soigneusement le vieillard mort qui voudra l’attirer dans les eaux du fleuve. Elle devra renoncer à aider de vieilles femmes en train de tisser, et nourrir Cerbère pour pouvoir entrer dans le palais. Enfin, quand elle rencontrera Perséphone, elle ne devra manger rien d’autre que du pain noir et ne s’asseoir que par terre. Une fois sa boite remplie, elle devra refaire le chemin inverse, en se comportant de la même façon lors de chacune de ses rencontres. Et seulement ainsi Psyché pourra entrer et ressortir du royaume des morts saine et sauve.

Ce fut donc munie de deux pièces d’argent et deux gâteaux que Psyché se rendit jusqu’à l’accès dont lui avait parlé la tour. Comme prévu, à la moitié du chemin, elle rencontra un vieil ânier boiteux qui lui demanda de l’aider à ramasser les brindilles tombées des fagots qu’il transportait. Bien conseillée, elle l’ignora et continua sa route. Sur la rive du Styx, elle donna à Charon la pièce d’argent indispensable pour passer. Une fois embarquée, elle vit un vieil homme surnager et tendre ses bras vers elle pour l’attirer dans l’eau, mais elle resta sourde à ses appels. Le groupe de vieilles femmes la laissa indifférente, et elle donna un de ses gâteaux à Cerbère qui la laissa passer. Enfin, elle rencontra Perséphone.

Psyché obtient de Proserpine l'elixir de beauté (Natoire, huile sur toile, 1735)

Psyché obtient de Proserpine l’elixir de beauté (Natoire, huile sur toile, 1735)

Son hôtesse lui offrit un accueil chaleureux, avec des sièges confortables et des mets raffinés, mais Psyché s’entêta à s’asseoir par terre à ses pieds et à ne manger que du pain noir. Elle délivra le message d’Aphrodite. Perséphone remplit la boite et la ferma hermétiquement, et Psyché fit la route en sens inverse pour retrouver le monde des vivants. Une fois dehors, sa curiosité l’emporta : elle voulait absolument voir la beauté contenue dans la boite, voire en garder un peu pour elle. Elle ouvrit donc le récipient.

A l’intérieur, point de beauté, mais une vapeur léthargique qui terrassa aussitôt la jeune femme et la laissa inconsciente, ou plutôt morte, au milieu du chemin.

Pendant ce temps, Eros avait récupéré sa forme, et avec elle, l’envie de revoir Psyché. Il s’échappa du palais maternel et n’eut aucun mal, avec sa nouvelle énergie, à retrouver son amante. Il comprit rapidement ce qui s’était passé, et replaça la vapeur de sommeil avec soin dans la boite qu’il referma. Il toucha ensuite d’une de ses flèches Psyché, qui se réveilla. Il l’encouragea alors à accomplir sa dernière tâche pour Aphrodite, pendant que lui-même s’occuperait du reste. Sans attendre, il repartit et Psyché, ravie de l’avoir retrouvé, se dépêcha de porter à Aphrodite la boite de Perséphone.

Eros, lui, toujours fou d’amour et craignant que sa mère ne fasse intervenir Athéna, prit une décision radicale : rencontrer directement Zeus pour résoudre le conflit. Le roi des dieux est hésitant : le dieu de l’Amour l’a souvent pris pour cible de ses flèches, et entraîné dans des amours adultères et déshonorantes, avec des humaines, des hommes ou mêmes des animaux. Cependant, Zeus avait vu grandir le jeune dieu, et il se laissa attendrir, à condition que Eros ne le touche plus jamais de ses flèches et ne représente plus jamais une requête de ce genre.

Il convoqua alors le conseil des dieux pour annoncer la nouvelle : ce jeune dieu trublion allait prendre femme, ce qui serait aussi un excellent moyen de l’assagir et de le rendre plus sensible à la fidélité conjugale. Cette femme était déjà choisie, dans le cœur et dans les faits : Zeus ne faisait que rendre l’alliance publique. Et pour ne pas accabler Aphrodite d’une mésalliance de son fils, le père des dieux ordonna à Hermès d’enlever Psyché et de l’amener. Il lui présenta alors une coupe d’ambroisie, le nectar des dieux, ce qui la rendit immortelle. Ainsi, elle devenait l’égale de son mari, et leur lien serait à jamais noué.

Un grand festin fut organisé pour l’occasion, tous les dieux célébrant le mariage.

Les noces de Psyché (détail, fresque de Giulio Romano)

Les noces de Psyché (détail, fresque de Giulio Romano)

Psyché mit au monde une fille, qui s’appela Volupté.

Source :

Le conte d’Amour et Psyché, Les Métamorphoses, Apulée (consulter la version en ligne)

2 commentaires

  1. Guyraölte dit :

    Joli blog chère Gwenn, très joli même.

    Je ne sais si tu l’as vu, je supprime le Creux du Sac, j’ai lancé à sa place : http://lesannalesduguyraolte.wordpress.com/. D’ici quelques mois, je veux en créer un autre, très particulier, genre site/blog interactif. Pour ne rien te cacher, mon fils est ingénieur en informatique, mais n’a pas le temps de m’aider. Donc, je pensais me tourner ailleurs. En lisant ton parcours, j’ai trouvé ce qui m’intéressait ! De plus, j’ai vu que tu étais stéphanoise… une référence ! Si, si, j’y ai passé une partie de mon enfance, et je vais à St E assez souvent.
    Je peaufine mon projet, je te l’envoie, et nous regardons ce que nous pouvons faire avec.
    A bientôt. Bien cordialement, Guyrault

    • Ton nouveau site est très sympa et ça fait plaisir de retrouver ta plume !
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      A bientôt!

      Amicalement,
      Gwenn

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